‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 9 sur 78 · DE LA MAIN · texte numérisé non relu

DE LA MAIN

C’est Villermé qui le premier, à la suite d’observations faites sur le champ de bataille et dans les salles des morts des hôpitaux, a appelé l’attention sur ce nouveau signe. Il l’a décrit dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale (1830) : « Quand la mort est réelle, dit-il, les quatre premiers doigts de la main

sont rapprochés et fléchis, et le pouce, recouvert par eux, est presque toujours dirigé dans le creux de la main, vers la racine du petit doigt; les deux phalanges , dont la première se trouve seule dans la llexion, sont ordinairement étendues l’une sur 1 autre. » Yillermé lui-même reconnaît que ce signe manque souvent et qu’il suffit, pour le faire disparaître, qu une force extérieure accidentelle écarte le pouce des autres doigts ou étende ceux-ci. Devergie a vérifié par de nombreuses observations quelle pouvait être la valeur de ce signe; il assure qu'il n’est pas constant et qu il n’accompagne que les cas de mort dans lesquels il y a serrement de la main, contraction des fléchisseurs des doigts dans les derniers moments de la vie. Lorsque la mort survient sans entraîner des mouvements convulsifs, le pouce est relevé et les autres doigts sont tendus, ce qui explique pourquoi la llexion du pouce manque presque toujours dans les cas de mort qui arrivent par suite d’affections chroniques. Ce signe fait défaut sept fois sur dix dans les cas de mort réelle, et se présente par contre dans les mêmes proportions alors que la mort n’est pas encore confirmée.

Art. VIII. — Paralysie simultanée des sphincters.

Le relâchement des sphincters est un phénomène général dû à la cessation des fonctions du cerveau. Presque toujours, au cours de nos expériences, nous avons observé, sur les nombreux cobayes que nous avons sacrifiés, une émission spontanée de l’urine et du sperme, la sortie des matières fécales, ainsi qu’un écoulement de mucosités se faisant quelques minutes après la mort par le nez, la bouche et l’urètre : toutes ces incontinences se rattachent évidemment tant à la paralysie des sphincters qui ferment les grands réservoirs qu’à la paralysie des fibres circulaires qui se trouvent à l’orifice de toutes les glandes et glandules

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de l’organisme. 11 n’est pas rare de voir, au moment de la mort, une larme mouiller l’œil et rouler sur la joue. Les principaux sphincters dont on peut facilement constater la paralysie, sont ceux de l’orbiculaire des lèvres, de l’orbiculaire des paupières, de l’anneau vulvaire, de l’urètre, mais surtout le sphincter de la pupille et celui de l’anus.

1° Paralysie du sphincter de la pupille. — La pupille

est contractée pendant l’agonie; après la mort, elle se dilate immédiatement et prend un diamètre qui peut aller jusqu’à 7 millimètres. Ce fait est connu depuis fort longtemps, mais c’est Bouchut qui, le premier, l’a signalé comme pouvant servir à la constatation des décès. La dilatation de la pupille est un excellent signe de mort; dans certains cas pourtant, comme l’hydrocéphalie et la méningite chronique, l’apoplexie, l’empoisonnement par la belladone, la présence de synéchies, la cécité, le phénomène existe pendant la vie, ou bien ne peut se produire après la mort. Ajoutez à cela que la pupille revient à son état normal quelques heures après la mort, et vous comprendrez pourquoi certains auteurs ne reconnaissent à ce signe aucune valeur.

2° Paralysie du sphincter de Faims. — Les Turcs accordent une grande importance au relâchement de ce muscle. Ils s’en assurent par des lavements réitérés, et lorsqu’ils trouvent ce muscle paralysé, ils considèrent l’individu comme mort réellement; dans le cas contraire, ils le regardent comme en état de mort apparente. L’orifice de l’anus est quelquefois si largement béant qu’on peut y introduire sans effort deux ou trois doigts. Au moment de la putréfaction, quand celle-ci est un peu avancée, l’anus non seulement est dilaté, mais présente encore souvent une hernie de la muqueuse qui forme au dehors un bourrelet volumineux.

La paralysie simultanée des sphincters est un bon

signe de mort, mais ne présente pas, croyons-nous, toute la certitude que semble lui accorder Bouchut. C’est aussi l’avis de presque tous les médecins et celui de la commission chargée d’examiner le travail de Bouchut. Le relâchement de tous les sphincters a lieu dans l’agonie et plus particulièrement dans l’agonie des cholériques, alors que l’auscultation permet encore d’entendre les battements du cœur; certaines affections cérébrales — et les morts apparentes résultent le plus souvent de troubles cérébraux — peuvent entraîner le relâchement simultané de tous les sphincters. On peut, du reste, en quelques minutes, produire sur un animal la paralysie de la pupille et celle des autres sphincters, en coupant les nerfs optiques, les deux nerfs de la septième paire et la moelle épinière dans la région dorsale, sans que la mort s’ensuive immédiatement.

Art. IX. — Immobilité de la pupille sous l’action

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