‹ La Mort Subite par les Corps Étrangers du Larynx: Suffocation ImmédiateChapitre 13 sur 16 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Constatations anatomo-pathologiques sur les lésions causées par des corps étrangers

du larynx.

Dans tous les cas de mort par suffocation que nous avons rapportés dans ce travail, nous constatons que la pénétration du corps étranger s’est le plus souvent limitée à l’extrémité supérieure de l’arbre respiratoire.

Tantôt, encastré dans l’arrière-gorge, le corps étranger coiffe l’entrée du larynx, relevant l’épiglotte; il s'engage le plus souvent légèrement, dans l’orifice supérieur du larynx.

Ailleurs il s'engage à fond, témoignant de la violence avec laquelle il a été aspiré.

Une partie du corps se retrouve dans la trachée où il fait saillie, et seul son volume, trop considérable pour les dimensions du larynx, l'empêche de traverser complètement cet organe. Il s'arrête alors au niveau des cordes vocales, obstruant la lumière de la glotte.

Parfois encore, le bol alimentaire est à cheval sur le larynx et l’œsophage dans lesquels il s'engage à la fois. Des morceaux erratiques peuvent se détacher du morceau principal et tomber dans la trachée ou

l’une des grosses bronches, obstruant plus ou moins ces Canaux.

Il arrive aussi fréquemment que l’on retrouve dans l'estomac des morceaux semblables aux précédents qui ont été déglutis.

Les lésions locales déterminées dans le conduit respiratoire par les corps étrangers sont ordinairement nulles, sauf le cas où les corps présentent des aspérités qui blesseraient le larynx; le plus souvent ces substances sont molles et leur introduction se fait sans violence.

Par contre, des lésions générales existent presque toujours; elles sont cependant d'intensité variable et, dans un grand nombre de cas, il ne faut pas s’attendre à trouver au complet toutes les lésions de l’asphyxie.

Pourtant, si les lividités cadavériques n’ont aucune valeur et peuvent se rencontrer dans un très grand nombre de cas autre que les suffocations, si la cyanose du visage, symptôme habituel que lon voit dans les asphyxies mécaniques, n’est pas un signe certain, on constate le plus souvent à l’examen du cadavre de nombreuses sugillations sanguines qui siègent à la peau ou aux muqueuses extérieures ; elles font parfois défaut. Quand elles existent, elles peuvent former un ponctué hémorragique plus ou moins dense qui s'étend sur le front, la face, le cou, le devant du thorax et les épaules.

Parfois même ces ecchymoses se voient sur les muqueuses palpébrale et oculaire, formant dans certains cas un véritable chemosis. II semble pourtant que leur valeur séméiologique soit réduite, car, selon Hoffmann, et avec lui d’autres auteurs, des ecchvmoses semblables peuvent se former à la faveur de lhypostase; enfin, d’autres états morbides peuvent provoquer les ecchymoses que détermine lasphyxie mécanique.

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Les constatations anatomiques pratiquées sur le cadavre permettent de constater que les poumons présentent tantôt un aspect normal, tantôt une coloration brunâtre généralisée. Mais toujours on observe des congestions partielles, accompagnées parfois d’œdème ou même de noyaux d’apoplexie.

On note assez fréquemment des lésions d’emphysème sous-pleural, mais surtout Tardieu a insisté longuement sur la présence d’ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques caractéristiques, pour lui, de la suffocation.

« On trouve à la surface du poumon des petites « taches d’un rouge très foncé dont les dimensions « varient sur les poumons depuis la tête d’épingle « jusqu’à celle d’une petite lentille. Leur nombre est « essentiellement variable. Tantôt réduit à 5 ou 6, il « peut s'élever jusqu'à 30 ou 40 et devenir, dans « certains cas, si considérable que le poumon offre « exactement l’apparence du granit; on les voit par- « fois réunies entre elles et agglomérées de manière « à former des plaques ou des espèces de marbrure. « En tout cas elles sont très exactement circonserites « et leur contour très arrêté se détache du poumon.

« Leur siège n’est pas moins irrégulier que leur « nombre, cependant on les trouve le plus souvent « à la racine du poumon, à la base et principalement « sur le tranchant du bord inférieur. »

Ces taches de Tardieu sont constituées histologiquement par des épanchements de sang coagulé, elles siègent immédiatement au-dessous de la screuse : plèvre ou péricarde.

Selon la même description, les ecchymoses souspéricardiques sont des suffusions sanguines développées sous le péricarde, principalement à l’origine des vaisseaux, et en tout cas semblables à celles qui existent sur le poumon.

Pour Tardieu, ces ecchymoses étaient vraiment

pathognomoniques de la suffocation. « La seule pré- « sence de ces altérations, à quelque degré et en si « petit nombre que ce soit, écrit-il en 1870, suffit « pour démontrer d’une manière positive que la suf- « focation est bien en réalité la cause de la mort; « ces signes permettent de distinguer sûrement la « mort par suffocation de celle par submersion, par « pendaison et de la strangulation, et fournissent « ainsi, dans plus d’un cas, un moyen précieux de « ne pas confondre l’homicide avec le suicide. »

Actuellement il semble que nous soyons définitivement fixés sur la valeur de ces taches ecchymotiques. Loin de se rencontrer seulement dans la suffocation, et contrairement à l’avis de Tardieu, ces taches se rencontrent dans toutes les asphyxies, quelles qu’en soient les causes : pendaison, strangulation, submersion, oxyde de carbone, etc...

Il semble bien que la production des taches de Tardieu soit due à une paralysie du pneumogastrique. Provoquée par la privation d'oxygène, cette paralysie amène une vaso-dilatation des capillaires pulmonaires; un certain nombre d’entre eux se rompent, le sang est extravasé donnant naissance aux taches.

L'ensemble des autres organes présente des signes de congestion plus ou moins intense, variable avec la rapidité de la mort par asphyxie.

Aïnsi donc, de toutes ces lésions que l’on vient de décrire ci-dessus et qui sont des lésions d’asphyxie, aucune n’est pathognomonique de la suffocation en général, et encore moins de la suffocation par corps étrangers du larynx; aussi c’est l’examen systématique de la gorge et du larynx qui, dans bien des cas, nous donnera le diagnostic exact du mécanisme de cette mort par asphyxie dont l’autopsie nous montrait les lésions.

Les cas de corps étrangers dans le larynx sont au

pores

plus haut point les cas types d’asphyxie mécanique par occlusion des voies aériennes. L’obstacle à l’arrivée de lair dans les alvéoles pulmonaires est le seul élément morbide; la circulation n’est pas entravée, seule la ventilation est gênée ou supprimée; il s’agit d’une asphyxie pure. Ici les mouvements respiratoires sont possibles; ils sont même particulièrement violents. Le thorax est dilaté au maximum et le poumon, qui tend à remplir le vide pleural, se rompt en nombre d’endroits; d’où la formation d’un emphysème très étendu à la base du poumon. L’emphysème siège surtout au niveau du bord tranchant qui comble le sinus costo-diaphragmatique.

Il n’est pas besoin que l’obturation des voies aériennes soit totale pour que la mort se produise, mais elle survient d'autant plus rapidement que l’occlusion est plus considérable. Il suffit donc que le corps étranger apporte une gêne notable à la pénétration de l’air pour entraîner la mort, c’est ce qui explique que certains sujets, ayant dégluti une portion d’aliment dans leur larynx ont pu faire quelques pas, traverser la rue, pénétrer chez un pharmacien avant de succomber.

Divers auteurs ont soulevé l'hypothèse que, dans certains cas, la mort aurait pu se produire par inhibition. Celle-ci s’expliquerait encore lorsqu'on n’a trouvé aucune lésion à lautopsie. Il ne semble pas pourtant que la faveur dont elle a joui et qui tend actuellement à diminuer soit justifiée, et bien souvent dans la critique des cas qui ont été publiés, on a écarté l'hypothèse de l’asphyxie mécanique.

Ces auteurs s’appuyaient sur la forme et la consistance du cœur. On avait parfois signalé que le cœur présentait certaines particularités dans la mort par inhibition. Mais les organes, le cœur en particulier, se modifient trop du fait de la rigidité cada-

vue

vérique pour qu'il soit possible d’en tenir compte.

L'absence de caillots dans le cœur, donnée elle aussi comme une des conditions qui sont nécessaires pour admettre la mort subite par inhibition, indique seulement que la mort n’a pas été précédée d’une agonie et ne saurait suffire pour affirmer la mort par inhibition.

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