CHAPITRE VI
Intérêt médico-légal
de ces asphyxies mécaniques.
Les accidents mortels provoqués par des corps étrangers du larynx présentent un intérêt médicolégal incontestable. En effet, ces morts par occlusion des voies respiratoires constituent un des types les plus purs des asphyxies mécaniques et entrent dans le grand cadre des morts subites. Et à ce sujet c’est tout le problème de la mort inconnue qui se pose, mort d'autant plus mystérieuse et inquiétante pour les témoins, qu’elle est brutale et vient surprendre en quelques minutes un sujet qui était habituellement en bonne santé.
De toutes facons, que le sujet ait péri devant témoin ou sans témoin, la soudaineté de la mort est suspecte.
Pour un expert averti, lanamnèse permet dans certains cas de rapporter la mort à sa véritable cause, que viendront confirmer les constatations anatomiques. Survenue sans témoin cette mort rentre dans le domaine Judiciaire; elle appartient également au juge lorsque quelque circonstance spéciale fait soupçonner une origine violente autre que l’origine véritable.
Aussi le médecin légiste aura à répondre au questionnaire suivant que lui posent les magistrats :
__ La mort est-elle la conséquence de la suffocation ?
— Comment celle-ci a-t-elle eu lieu?
__ Est-ce un accident, un crime ou un suicide?
— Les corps étrangers des voies aériennes ont-ils été introduits pendant la vie ou pendant la mort?
—- La victime a-t-elle longtemps résisté?
__ Y a-t-il d’autres violences, et dans ce cas quel est l’ordre et la succession de ces violences?
— Peut-il y avoir simulation?
La coexistence à l’autopsie des lésions de l’asphyxie que nous avons décrites dans le chapitre précédent, avec la présence d’un corps étranger venant obturer le larynx, nous permettra d'affirmer, en l’absence de toute autre lésion, que la mort résulte bien de l’occlusion et que celle-ci est bien le résultat d’un accident.
Il pourrait en effet exister une cause d'erreur possible, c’est de croire à l'introduction de matières étrangères dans les voies respiratoires pendant la vie avec mort consécutive, alors qu'il s’agit d’une introduction post mortem, c’est-à-dire d’un simple phénomène cadavérique sans importance.
Pour que la confusion soit possible, il faudrait que l’on trouve dans les voies respiratoires des matières alimentaires provenant de l’estomac; mais les corps étrangers non alimentaires, les vastes bols non digérés ne prêtent pas à l’erreur et ne peuvent s'être introduits que pendant la vie.
Post mortem, le passage des aliments de l’œsophage dans le pharynx et de là dans le larynx qui reste grand ouvert, est un simple acte mécanique. Cet acte peut avoir lieu :
1° Pendant l’agonie par des vomissements et l’abolition du réflexe pharyngé qui permet le passage dans les voies respiratoires.
2° Au cours de la putréfaction, sous l’influence du développement gazeux intra-abdominal, l'estomac est
comprime et expulse son contenu vers le pharynx d'où il passe mécaniquement dans les voies respiratoires.
3° Au cours d’une simple manipulation du cadavre, à une période quelconque après sa mort, même avant que la putréfaction du corps ait lieu.
Toujours, dans ces différents cas, c’est le chyme gastrique qui pénètre dans les voies aériennes, les corps alimentaires ne sont pas fixés solidement dans le larynx comme après une aspiration violente, enfin on ne retrouverait pas les lésions de l’asphyxie, ou bien, si on les trouvait, on constaterait en même temps d’autres lésions qui expliqueraient la mort.
Cette notion de pénétration post mortem des matières stomacales dans les voies aériennes est importante mais ne saurait détruire la valeur des cas où lon trouve réunis les faits suivants :
Commémoratifs de mort subite ou rapide avec asphyxie établie par l'enquête. Absence de toute autre lésion que la présence des matières régurgitées qui expliquerait la mort. Pénétration profonde et solide fixation dans le larynx du corps alimentaire réguroité.
Après une forte inspiration, cette position du corps étranger par rapport au larynx prend alors un caractère non équivoque d’acte accompli pendant la vie.
Ii faudra donc différencier cette mort violente et rapide, où l’obstacle qui siège au niveau du larynx a déterminé la suffocation et l’asphyxie, des autres morts qui relèvent, elles aussi, de l’asphyxie par gêne mécanique de la respiration. Telles sont la pendaison, la strangulation, la submersion.
Dans la suffocation, l’obstacle à l’arrivée de l'air dans les alvéoles pulmonaires est le seul élément morbide, la ventilation est gèênée ou supprimée, le sang ne s’hématose plus au contact d’un air qui ne