‹ La Mort Subite par les Corps Étrangers du Larynx: Suffocation ImmédiateChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Conditions de pénétration

des corps étrangers dans le larynx.

Les corps étrangers qui pénètrent dans les voies aériennes ne peuvent donc le faire qu’en franchissant les barrières protectrices normales qui sont surtout des réflexes. Par conséquent, tout ce qui diminue les réflexes : ivresse ou délire, sera un facteur étiologique capital.

Les réflexes peuvent se gèner les uns les autres, par exemple : l’inspiration secondaire qui précède et qui suit la toux, le rire, les sanglots, les efforts extraordinaires, le jeu, la course chez les enfants.

Les réflexes protecteurs agissent surtout en deux groupes : le réflexe d’occlusion du larynx et le réflexe de la toux. L’occlusion laryngienne pour la déglutition normale consiste surtout, nous l’avons déjà vu, dans un mouvement de bascule et dans l’occlusion de lorifice supérieur du larynx. Les bandes ventriculaires ne sont que d’un faible secours et l’aide apportée par l’épiglotte et les cordes vocales est nulle, ou tout au moins d’une valeur extrêmement restreinte,

Les corps étrangers pénétrant avec le courant respiratoire devront donc franchir les obstacles suivants :

Ur

—- Epiglotte.

— Orifice laryngien supérieur.

— Bandelettes ventriculaires.

— Cordes vocales.

— Courant d’air de la toux.

L’épiglotte joue un peu le rôle d’un larmier, efficace dans la mesure où il pend en arrière, vers la paroi postérieure du pharynx. L’orifice supérieur du larynx formé d’un couple de saillies de tissu mobile a presque l’action d’un sphincter outre son mouvement de bascule. Les bandes ventriculaires sous l'influence de puissantes excitations peuvent se rapprocher, les cordes vocales agissent de façon semblable.

Pour qu’un corps étranger pénètre dans le iarynx (et par corps étrangers nous n’envisageons ici que les cas de corps alimentaires qui sont les plus fréquents), il faut que ce corps soit dégluti et, en même temps que ce bol alimentaire, chassé de la bouche, passe dans le pharynx, il faut que le sujet fasse une inspiration.

A ce moment, les cordes vocales sont dilatées au maximum; l’orifice laryngé est béant, c’est là que le corps étranger va se précipiter, poussé par le mouvement de déglutition buccale, aspiré par l’inspiration pulmonaire.

Le premier réflexe que fait alors l’individu lorsque le corps étranger pénètre dans le larynx est un réflexe d'inspiration; le sujet veut gonfler d'air ses poumons pour donner au second réflexe la force nécessaire à sa réussite.

Ce second réflexe est une expiration forcée qui devrait avoir pour but de rejeter violemment du larynx le corps étranger qui vient d’y pénétrer, ce qui est le cas lorsque l’objet dégluti est de petite taille ou lorsqu'il s’agit de liquides. Il arrive cependant qu'on ne fait pas toujours cette inspiration, et l’on peut produire une légère toux explosive sans inspira-

tion, surtout si elle a lieu près de la terminaison d’une inspiration, mais, après cela ou tout autre effort de toux vient une inspiration profonde.

Or, le premier réflexe d'inspiration, en même temps qu'il dilate les cordes vocales au maximum, fait pénétrer encore plus profondément le corps étranger dans le larynx en essayant, par cette inspiration, de provoquer une arrivée d'air au poumon. Le corps s’enfonce d’autant plus profondément qu’il pénètre à la facon d’un coin par une extrémité amincie et longue, et que le corps est plus volumineux. Le spasme de la glotte aidant, le corps se fixe solidement, le deuxième réflexe ne peut plus se produire ou se produit imparfaitement, le sujet succombe alors à l’asphyxie en un temps d'autant plus court que l’occlusion est plus complète.

Le mécanisme serait le même si le corps étranger n'était pas d’origine alimentaire, mais comme c’est très souvent par une erreur de déglutition que se produisent ces accidents, ce sont des aliments que nous retrouverons le plus souvent.

Cette erreur de déglutition pourra relever d’une cause pathologique; les maladies nerveuses et mentales seront alors responsables de ces accidents que l’on rencontre le plus souvent chez des aliénés, et en particulier dans la Paralysie Générale. Il y aurait, d’après Dufourmentel, une certaine prédisposition chez les malades tabétiques aux erreurs de déglutition, et Damaschino a eu l’occasion de faire l’autopsie de deux malades ayant succombhé à des crises dyspnéiques attribuées à une double paralysie des dilatateurs. Dans les deux cas il trouva un corps étranger du larynx : le premier était une boulette de viande, le second un os de lapin.

En pratique courante, les cas d’occlusion du larynx

par des corps étrangers que nous rencontrons le plus fréquemment, surviennent chez des alcooliques et chez des gloutons, ces deux facteurs pouvant être séparés ou associés. On retrouve presque toujours à l’autopsie une forte proportion de liquide alcoolique dans l’estomac, il s’agit très souvent de vin rouge qui passe, dans l’esprit populaire, pour être moins toxique que le vin blanc.

Il semble aussi que l'émotion chez un sujet en train de faire un mouvement de déglutition provoque un antagonisme des réflexes d'ouverture et de fermeture du larynx, et par un mécanisme d’inhibition, empêche les réflexes protecteurs de cet organe de remplir leur fonction.

Nous retrouverons aussi, avec une grande fréquence, ces accidents chez les enfants. Leur tendance à porter tous les objets à la bouche, que ce soient des bonbons, des billes ou d’autres objets, leur tendance aussi à se livrer la bouche pleine à des exercices violents qui nécessitent de profondes inspirations et provoquent l'aspiration de ces corps dans le larynx, est souvent à l’origine de graves accidents.

Heureusement tous les corps étrangers déglutis accidentellement dans le larynx ne provoquent pas obligatoirement la mort; et l'immense majorité de ces corps sont souvent expulsés par le réflexe naturel de la toux, parfois même ils sont relativement bien tolérés, et un diagnostic précoce permet une intervention efficace.

L’issue fatale à la suite de ces fausses déglutitions ne se produit que dans un certain nombre de cas, d’ailleurs assez rares. Il ne suffit pas seulement que le corps étranger soit fixé dans le larynx pour provoquer la mort. Le D' Guisez nous cite le cas d’une malade qui, pendant son sommeil, avait avalé son dentier; ce dentier avait deux centimètres de largeur et s'était fixé en travers de la glotte dans le sens de la largeur. La malade avait son dentier dans la gorge

depuis environ 40 heures, et il était relativement bien toléré.

Pour que cet accident soit redoutable il faut que le corps étranger provoque une blessure des cordes vocales; alors, la glotte réagira en provoquant de l’æœdème, cause de mort par asphyxie; aussi, les corps les plus dangereux sont-ils les corps coupants ou piquants : les os, les arêtes de poisson, les dents artificielles munies de crochets qui blessent les cordes vocales et provoquent l’œdeme de la glotte. Ces cas sont du domaine de lOto-Rhino-Laryngologie et sont rarement vus en pratique médico-légale.

Seuls, sont intéressants pour le médecin expert, les cas où le corps étranger dégluti dans le larynx a provoqué une mort dramatique par asphyxie brutale, tuant en quelques instants, et rendant tout diagnostic impossible.

- Den D.

CHAPTCREETI

Conditions différentes où se réalisent les suffocations par corps étrangers du larynx.

(Observations diverses)

Les conditions dans lesquelles les corps étrangers du larynx ont produit la mort par suffocation sont extrêmement différentes et variées. Les observations que nous allons rappeler auront pour but de montrer que l’occlusion des voies respiratoires par un corps étranger peut être le résultat d’un meurtre, d’un suicide ou d’un accident.

L’occlusion meurtrière des voies respiratoires est en général assez rare dans la pratique criminelle courante. La plupart de ces meurtres ont comme victime des enfants, et surtout des nouveau-nés; chez eux, ce genre de crime ne présente aucune difficulté, les victimes sont sans défense, et c’est là un procédé classique d’infanticide.

L’occlusion s'exécute, d’après Thoinot, soit avec les doigts introduits dans l’arrière-gorge, soit à l’aide d’un tampon fait de papier, de linge, de cheveux, de mie de pain, de paille, de foin, etc, que le meurtrier

introduit dans la bouche et pousse plus où moins loin dans le pharynx, et avec plus ou moins de violence, soit enfin à l’aide d’un corps étranger quelconque.

Hoffmann a autopsié un enfant de six mois dont le cadavre avait été trouvé au Prater. La bouche et l’arrière-gorge étaient bourrées de mie de pain tassée, sonflant les joues, excluant toute idée d'accident. Maschka, dans un cas, a fait l’autopsie d’un enfant dont la bouche, la gorge et le larynx étaient bourrés de terre et de sable, substances introduites de force et qui avaient déterminé la mort par suffocation.

L'’occlusion par les doigts ne laisse d’autres traces locales que les lésions, d’ailleurs significatives, produites par la manœuvre criminelle : suffusions sanguines, déchirures plus ou moins profondes de la muqueuse de la bouche ou de l’arrière-gorge.

L'’occlusion avec un véritable corps étranger laisse comme traces, outre les mêmes lésions buccales ou pharyngo-laryngées, la présence même du corps étranser, qui a la plus grande importance au point de vue judiciaire, car il peut constituer parfois une véritable pièce à conviction.

Chez l’adulte, les occlusions criminelles par introduction forcée d’un corps étranger dans le larynx, sont beaucoup plus rares que chez l’enfant, à cause de la résistance plus grande de la victime. Il existe cependant, dans la littérature médico-légale, quelques cas épars de meurtres par occlusion violente des voies respiratoires. Nous citerons ce cas que rapporte Little-John :

« En faisant l’autopsie d’une femme qu’on décla- « rait être morte subitement, on trouva le bouchon «< d’une bouteille profondément enfoncé et solide- « ment fixé dans la partie supérieure du larynx. L’ex- « trémité cachetée était située en haut et rendue iné- « gale par le passage du tire-bouchon. On trouva

ne —

« également des fractures de côtes et il fut tout à fait « évident que cette femme n'avait pas succombé à < une mort naturelle. On prétendit que la victime, en «< arrachant le bouchon de la bouteille avec ses dents, « pouvait, par l’impulsion brusque des liquides conte- « nus dans la bouteille, l'avoir enfoncé dans la posi- « tion où on le trouvait; mais cette théorie était « réfutée par ce fait que l’extrémité cachetée du bou- « chon était située à la partie supérieure du gosier « ainsi que par la structure des parties. L’opinion mé- « dicale fut que le bouchon avait dû être placé là, de « force, pendant que la femme était en état d'ivresse « et incapable de se défendre. Il n’y avait aucune rai- « son de mettre en doute un acte de meurtre prémé- « dité. Cinq personnes étaient présentes au moment « de la mort de la victime, mais il fut impossible « d’être fixé avec certitude sur celle qui avait commis « l’acte, et l’homme, sur lequel tombait les soupçons « les plus forts, fut acquitté faute de preuves. »

L’homicide par suffocation ne sera pas tenté sur des adultes en bonne santé, à moins qu’ils ne soient en état d'ivresse qui les rende sans défense. Il est certain que la plupart des individus auront le pouvoir, à moins qu’ils ne soient grandement affaiblis par la maladie ou l'alcool, d'offrir un type de résistance tel, qu’il laisse sur leur corps la preuve indubitable d’une violence meurtrière.

Les cas sont rares aussi, où l’on a vu des suicides dans ces conditions. L'introduction du corps étranger est d’ailleurs assez difficile à réaliser et très souvent le coup rate, Hoffmann avait, dans sa collection, une cravate enroulée qu’un gamin s'était enfoncée dans la gorge pour se tuer, mais il l’avala et la rendit par l’anus.

Morache raconte qu’en Chine il existait un singulier mode de suicide usité parmi les Mandarins disgraciés. Ils prenaient une feuille d’or laminée, un peu plus épaisse que celle avec lesquelles on dore les métaux, et, la plaçant devant la bouche, ils faisaient une violente aspiration. La feuille d’or venait se placer à l'entrée de la glotte, s’enroulait probablement autour de l’épiglotte, et obstruait plus ou moins le conduit aérien, provoquant la mort.

Plus récemment, Haudsyde rapporte un cas de suicide plus banal, par l'introduction d’un petit tampon de coton dans la gorge, on le retrouva sur la glotte à l’autopsie.

Taylor nous rapporte « qu’une femme mise en pri- « son se suicida en s’enfonçant dans la partie posté- « rieure du pharynx un fort tampon de coton. Les « cavités thoraciques et abdominales avaient déjà été « examinées et on donna un certificat par lequel « cette femme était morte d’asphyxie. Le corps fut « envoyé dans une école de médecine et, en l’exami- « nant de nouveau, on trouva accidentellement que « le pharynx était obstrué par un tampon de coton « broché ».

Wossidlo nous cite aussi « le cas d’une jeune fille «< de vingt ans qui se bourra le pharynx avec un bou- « chon de foin bien tassé, de la grosseur d’un œuf « d’oie. À l’autopsie on trouva que le corps étranger « pénétrait dans le larynx jusqu’à la glotte; le suicide « était certain ».

OT Os

Les morts accidentelles par occlusion du larynx par un corps étranger sont, en pratique médico-légale, des cas beaucoup plus ordinaires que des crimes ou suicides relevant de la même origine.

Les objets les plus divers ont parfois pénétré accidentellement dans le larynx; on relève, dans la litté-

rature médicale et dans les annales d’Oto-Rhino- Laryngologie, une énumération d'objets aussi variés qu’'imprévus : morceaux de bois ou de charbon, pièces de monnaie, boutons, crayons, billes, jouets divers, tuyaux de pipe cassés, aiguilles, épingles, clous, pièces de prothèse dentaire, des herbes, des épis de blé, des coquillages, des tétines, des os, des arêtes, des pois, des haricots, des noyaux de fruits, etc.

Les corps étrangers qui pourtant ont pénétré le plus fréquemment dans la trachée sont des portions d'aliments; parmi ceux-ci on relève des morceaux d'orange, du pain, de la galette, mais surtout ce sont des aliments carnés : morceaux de viande, saucisse, gras-double, lard, etc..; avalés gloutonnement ou par inadvertance, ils n’ont pu franchir l’orifice de l’œsophage et, obstruant les voies aériennes supérieures. ont entrainé la mort. Les gloutons avalent de gros morceaux d'aliments d’un seul coup, sans les mastiquer ou en les mastiquant d’une façon insuffisante; et ceci est particulièrement fréquent dans les pays de l’Europe centrale, à tel point que les Allemands appellent ce genre d'accident « Bolustod ».

Le D' Muller rappelait récemment à la Société de Médecine Légale qu’il avait trouvé, au cours d’une autopsie, dans l'estomac d'un mineur polonais, la moitié non divisée d’une belle orange de 8 em. de diamètre. Cette orange avait à peine reçu quelques coups de dent, au point que certains quartiers contenaient encore tout leur suc.

Nous avons nous-mêmes trouvé, au cours dune autopsie, deux belles pommes de terre cuites, mais intactes, dans la fosse iliaque gauche d’un homme trouvé porteur d’une perforation d’ulcus gastrique. Ces pommes de terre avaient environ la taille d'un gros œuf de poule.

Cette catégorie de morts accidentelles par corps

mr. cs

étrangers déglutis dans le larynx est la plus riche et la plus variée en faits de toutes sortes.

Les enfants nous fournissent un grand nombre d'observations intéressantes : Brouardel a rapporté un cas d'introduction accidentelle d’une bille, curieux par son origine : « un enfant dort la bouche ouverte, « son frère s’approche de lui, et par jeu lui fait tom- « ber une bille dans la bouche, lenfant meurt « asphyxié en quelques minutes ».

Thoinot a rapporté, au Congrès de Médecine légale de 1911, le curieux cas du D° Socquet, où le corps étranger est d’origine alimentaire : « Un enfant de « 17 mois meurt avec des symptômes d’asphyxie. « À l’autopsie on trouve engagé, à la partie supé- « rieure du larynx, un grain de raisin obstruant « complètement l’orifice laryngé; ce grain, de forme « elliptique (raisin muscat), présente 2 cm. de haut « et 14 mm. de diamètre; il est conservé au Musée « de l’Institut Médico-Légal. »

De même à l’examen de la gorge d’un enfant de huit ans qui mourut subitement, il fut prouvé que la suffocation avait été causée par une groseille qu’il avait avalé et qui obstruait la glotte; on a rapporté également un cas dans lequel l’enfant fut suffoqué par un pois.

Les tétines et les sucettes nous ont fourni aussi, chez le jeune enfant, des cas regrettables de mort accidentelles, tel ce cas du D' Paul : « Une nourrice « entend son nourrisson se réveiller pendant la nuit; « pour le calmer elle lui donne la tétine en caout- « chouc du biberon avec lequel elle l’allaitait. L’en- « fant met la tétine dans sa bouche, fait une pro- < fonde inspiration, l’avale et meurt étouffé quelques < minutes après. L’autopsie judiciaire montre à « l’orifice supérieur des voies respiratoires la tétine

« en caoutchouc qui était longue de 8 imm., montée « elle-même sur un bouchon, de telle sorte que le « Corps étranger mesure en totalité 34 millimètres « de hauteur sur 22 de base. »

Cette observation du D' Dervieux n’est pas moins saisissante : « Il s’agit d’un enfant du sexe masculin «< en bon état qui avale brusquement une tétine. Les « parents courent chercher un médecin qui arrive « immédiatement avec une pince et tente d’enlever « la tétine. L’extraction ne se fait que par fragments « et d’une façon incomplète, l’enfant ayant suc- « combé avant la fin de Vlintervention, un quart « d'heure après laccident. À l’autopsie on constate: « la congestion des vaisseaux de la pie-mère; on « trouve au niveau de la glotte plusieurs fragments « de caoutchouc; la base de la langue, l’épiglotte et « la glotte présentent de petites excoriations ecchy- « motiques de la muqueuse dues vraisemblablement « aux efforts faits par le médecin pour retirer la « tétine. Des mucosités sanguinolentes se trouvent « dans l’arrière-gorge, dans le larynx et dans la « trachée. Le sang est fluide et noir. Les poumons « portent de nombreuses taches de Tardieu. L’esto- < mac est rempli de lait coagulé. Tous les autres « organes sont normaux. »

C’est cependant chez l’adulte que se rencontrent les cas les plus intéressants de morts subites ayant à l’origine un corps étranger du larynx; on peut rencontrer un nombre de corps considérables et des plus variés.

Dans certains cas, l’individu est suffoqué en dinant par une dent artificielle qu’il avala; ailleurs c’est un dentier, comme dans ce cas d’'Hoffmann, rapporté par Thoinot : « Une femme est trouvée morte un < matin dans son lit. À l’autopsie, Hoffmann trouve

« le ratelier de cette femme, fortement enclavé dans « la glotte, ce qui excluait toute hypothèse de chute « post-mortem. »

Il arrive parfois que ce soit un cigare, comme dans le cas suivant de Ziemke : « Un jeune homme de « 22 ans, saute par-dessus un ruisseau, un cigare « allumé à la bouche. En sautant, il aspire le cigare, « et meurt étouffé en quelques minutes. » Aüïlleurs, c’est du tabac à chiquer. Brouardel nous rapporte des cas de mort subite chez des chasseurs ou des soldats qui pour apaiser une soif vive avaient, sans précaution, ingurgité de l’eau de mare. L’autopsie montra des sangsues qui obstruaient le larynx. Le D' Arbaud cite le fait de poissons avalés vivants et qui se sont fixés dans le larynx.

Ce cas très intéressant et fort rare fut constaté par Thoinot : « La dame N.… passe la journée du « 14 août 1904 avec une amie et celle-ci la reconduit « à son domicile avec sa mère, toutes trois dinent « gaiement. Après le diner on plaisante. Vers 10 heu- « res du soir la dame N.. tire de son buffet plusieurs « préservatifs en caoutchouc, des « condoms », en « gonfle un et dit à son amie en riant : « Tu vou- « drais bien l’avoir mais tu ne l’auras pas, je le garde « pour moi. >» L’amie cherche à le lui prendre en « manière de jeu et la dame N.., pour échapper à la « poursuite, met précipitamment le condom dans sa « bouche. Le jeu continue, puis subitement la dame « N.. devient congestionnée : elle étouffe manifeste- « ment, elle introduit son doigt dans sa bouche, « cherche à retirer le préservatif, mais celui-ci a « disparu, l’asphyxie augmente. On porte en hâte la « dame N.. chez un pharmacien du voisinage, elle y « meurt.

« À l’autopsie on trouve le condom dans le larynx. « immédiatement derrière la glotte; les poumons

« offraient une congestion assez vive au lobe supé- « rieur; pas d’ecchymoses sous-pleurales; ia putré- « faction était d’ailleurs assez avancée. »

Mais ies corps étrangers les plus souvent rencontrés, sont de beaucoup des bols alimentaires. La fréquence de ces accidents varie certainement avec les pays; alors que les cas de décès de ce genre sont rares en France, Hoffmann déclarait, il y a quelques années, que chaque année lui fournissait à Vienne Poccasion de quelques autopsies de cette catégorie; tous les musées des Instituts de Médecine Légale d'Allemagne et d'Autriche contiennent une riche collection de pièces anatomiques de cette sorte.

Les hommes figurent en immense majorité parmi les victimes et les substances alimentaires qui forment les corps Ctrangers sont naturellement assez variées comme peuvent l'être les aliments euxmêmes.

Dans un cas de Liman c’est un hareng tout entier qu'un malheureux avait parié d’avaler; qu’il avala en effet, mais qui pénétra dans le larynx, s’y enroula et le fit périr; on peut trouver des pommes de terre, de la galette, du pain; ici, c’est une huître qui causa la mort d’un homme de cette facon; ailleurs, c’est le quart d’une orange qui vient obstruer la glotte. Ce sont des aliments carnés qui se rencontrent le plus fréquemment, des morceaux de viande surtout, de la saucisse, du gras-double, du jambon, du lard, de la viande de bœuf, de mouton, quelquefois crus maïs le plus souvent cuits.

La mort survient alors au moment des repas, la portion d'aliments mastiquée d’une façon insuffisante ou déglutie avec trop de rapidité, s’enclave dans le larynx, l’obture, se moule sur lui; on trouve parfois le bol alimentaire chevauchant sur l’orifice

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œsophagien et lPorifice du larynx, profondément engagé dans les deux conduits. Les victimes sont souvent des gloutons, des déments, des ivrognes.

La grosseur des morceaux avalés et qui viennent obstruer le larynx est souvent fort extraordinaire. Tourdes trouva un morceau de gras-double qui avait 10 cm. de long, 5 cm. de large et qui pesait 42 grammes. Le D' Martin a vu, pendant la guerre de 1914, deux soldats mourir brusquement au cours du repas; on trouva dans l’arrière-corge des fragments de bœuf qui pesaient respectivement 43 et 50 grammes.

Le cas suivant de Liman (de Berlin) est caractéristique : « Un jeune homme de 26 ans meurt subite- « ment à table. A l’autopsie on trouve un énorme « morceau de côtelette coiffant le larynx. L’indi- « vidu avait avalé sa côtelette en deux coups de « dents. Un des morceaux était sur le larynx, l’autre « fut trouvé dans l'estomac. »

Dans un cas de Thoïinot, le morceau engagé dans toute la hauteur du larynx, le débordant même en haut et en bas, avait 11 cm. de hauteur et 6 em. de largeur à sa partie supérieure libre. On imagine difficilement que des morceaux pareils puissent être déglutis par des gens en pleine connaissance et indemnes de toute lésion compromettant le processus physiologique de la déglutition; aussi invoque-t-on. ordinairement, le trouble de lébriété, le dérangement des facultés mentales. et de fait, c’est ainsi que finissent dans les asiles quelques paralytiques généraux ou quelques séniles.

Dans un asile des environs de Paris, l’interne de garde fut un jour appelé pour un vieillard gâteux et dément; c'était après le repas de midi et l’homme, qui était un vieux bronchitique, était habituellement en proie à des crises de dyspnée. Ayant interrogé l'entourage, l’interne apprit que le malade avait, comme régime, de la viande pulpée et de la purée de

ere

pommes de terre. Après avoir prescrit quelques médicaments l’interne partit, se proposant de revenir voir ce malade au moment de la contre-visite. Deux heures après on vint le prévenir que son malade était mort subitement alors qu'on l'avait assis pour refaire son lit. À l’autopsie on retrouva un volumineux morceau de viande qui obstruait le pharynx, une partie avait pénétré dans l’æœsophage, l’autre dans le larynx (observation inédite).

La mort dans tous ces cas est extrêmement rapide, le sujet tombe sans connaissance, rien ne le ranime et seule, l’autopsie, nous révèle la cause de la mort.

Dans le cas suivant, qui a été rapporté par le Professeur Piédelièvre et Dérobert, il s’agissait d’un accident du travail présumé : « le sieur P.., homme « déjà âgé, est mort subitement, le 11 octobre 1932, « étant tombé inanimé à côté d’un brasero près du- « quel il se trouvait, vers 8 heures du soir, dans le « chantier où il était gardien de nuit. Dans la mati- « née, cet homme avait déclaré qu’il avait été ren- « versé par une automobile, au moment où il sortait « du chantier, après sa garde de nuit. On pensa à la « possibilité d’un accident du travail, étant donné le « heurt allégué par une automobile.

« L’autopsie a donné les renseignements suivants : « il s’agissait d’un homme bien constitué et examen « extérieur du cadavre ne montrait aucune trace de « violence, sinon une toute petite ecchymose à la « face postérieure du bras gauche, sans fracture « sous-jacente.

« Il existait un certain degré d’œdème des jambes.

« À l’examen du crâne il n’y avait aucune lésion « traumatique; les méninges et le cerveau étaient in- « tacts, avec seulement un peu d’œdème de la pie- « mère.

« En disséquant le cou on observait les faits sui-

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vants : la langue, la trachée et l’œsophage ayant été enlevés, on trouvait coincée à la partie toute supérieure de l’œsophage et directement appliquée sur le larynx une portion d'orange (le quart d’une orange environ), avec une partie de la pulpe et une partie de l'écorce, qui obstruait complètement l’orifice supérieur des voies aériennes. Le larynx et le début de la trachée étaient fortement congestionnés. Il n’y avait pas de lésion de l’œsophage ni de la langue, mais une partie de la pulpe de l'orange avait pénétré dans l’orifice supérieur de l’œsophage.

« Les muscles du cou étaient normaux, sans aucune trace de violences.

« À l’examen des poumons on observait un peu d’œdème aux deux sommets et une assez forte congestion de leur base. On notait la présence de quelques ecchymoses sous-pleurales. En outre, le sommet du poumon droit était adhérent à la paroi. « Le cœur, très hypertrophié, présentait à sa surface des plaques anciennes de péricardite. Il n’y avait pas de lésions orificielles nettes, ni d’athérome de l’aorte.

« Le foie avait de la sclérose associée à des lésions de dégénérescence graisseuse. La rate était petite. Les reins avaient une capsule fortement adhérente avec des varicosités à la surface.

« L’estomac contenait une petite quantité de liquide alimentaire,

« Le dosage d'alcool dans le sang montra une quantité d'alcool absolu correspondant à l’absorption de deux litres un quart de vin ordinaire à 10°. « Il est certain que l’autopsie éliminait d'emblée le rapport de cause à effet entre la mort et l’accident du travail. En effet, le traumatisme subi à l’occasion du heurt de l’automobile, en admettant qu'il ait existé, avait seulement entraîné une toute

Le morceau d'orange est coincé dans l’orifice supérieur du larynx. Un fragment d’allumette le maintient écarté de la langue pour qu’il ne se confonde pas avec les tissus voisins.

petite contusion du coude sans lésion osseuse sousjacente.

« Par contre, la mort s’expliquait d’une façon parfaite par ce mécanisme tout à fait particulier de la fausse déglutition d’un morceau important d’aliment, qui était venu se coincer contre la partie supérieure du larynx bouchant ainsi l’orifice des voies aériennes.

« Il y eut asphyxie brutale, suffocation par corps étranger, comme le montrait d’ailleurs lexamen des poumons, œdématiés et congestionnés, avec taches de Tardieu. Il s'agissait donc bien d’une mort naturelle, ou plus exactement d’une mort accidentelle, par le mécanisme que nous venons d'indiquer, et non pas d’une mort à l’occasion du travail. »

Ici, dans ce cas de Brouardel, la victime est un

provincial qui, au temps où, dans l’ancienne Morgue, les cadavres étaient exposés aux regards du public, était venu, poussé par la curiosité, contempler ce

lugubre spectacle. C’était le jour des Rois, l’homme

mordait à même une galette qu’il tenait à la main,

soudain il chancela, tomba et mourut subitement.

On ne put jamais l'identifier. Voici le compte rendu

d’autopsie que publia Brouardel :

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< L’homme est âgé de 72 ans et est bien conservé; les poils du pubis sont gris et non blancs. On trouve sur le corps un grand nombre de tatouages: 1° un serpent enroulé mordant une verge avec son scrotum (d’autres y voient une tête de femme coiffée du bonnet phrygien); 2° un glaive transperçant le sein, et en exergue : mort aux femmes infidèles, je suis blessé; 3° sur le bras droit, une tombe surmontée de deux saules pleureurs, une corbeille de fleurs, deux anges, tenant une couronne au-dessus d’un tombeau...

« Sur le corps on ne constate aucune trace de violence.

« Dars les interstices des circonvolutions cérébrales la pie-mèêre contient un liquide opalin, et les signes d’une pachyméningite de date ancienne, le cerveau est œdématié, les ventricules dilatés par le liquide.

« Dans le pharynx on trouve un corps étranger de la consistance du fromage, que l’on reconnaît comme étant un morceau de galette, dite galette des Rois. Ce bol alimentaire en partie mâché, couvre l’orifice supérieur du larynx sur lequel il s’est moulé et mesure 6 em. sur 3 cm.; l’orifice épiglottique est ecchymotique.

« Les ventricules du larynx contiennent des matières alimentaires; la trachée est remplie de mucosités spumeuses. Les poumons sont congestionnés, pas emphysémateux et crépitants; le parenchyme pulmonaire est un peu mou et pas altéré. Quelques ganglions entourant les bronches sont indurés, le péricarde est sain; le cœur présente une hypertrophie ventriculaire considérable, le bord libre d’une valvule sigmoïde est un peu trouble, les autres valvulés sont saines.

« Le sang est liquide et très noir; l’estomac est vide; les reins présentent une dégénérescence kystique et une surcharge graisseuse considérable, la substance corticale est presque totalement atrophiée. »

Dans cette observation de Taylor c’est un corps

de tout petit volume qui a fait obstacle à la pénétra-

tion de l’air dans les voies aériennes : « Un homme

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âgé de 31 ans, fut mis au lit ivre après avoir vomi et peu de temps après on le trouva mort.

« À l’autopsie, le D' Jackson, de Leith, découvrit les lésions ordinaires de l’asphyxie, c’est-à-dire la

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congestion des poumons et des cavités droites du cœur. Il fut ainsi conduit à examiner avec soin les voies aériennes et il trouva étendu sur l’ouverture supérieure de la trachée (fente glottique), un morceau mince et transparent de pelure de pomme de terre appliqué sur l’orifice, assez exactement pour empêcher la respiration. Cet homme était mort suffoqué accidentellement par cette cause mécanique; il avait mangé des pommes de terre le jour précédent. Le morceau ‘de pelure avait probablement été rejeté pendant les vomissements et introduit par l'inspiration dans la position singulière dans laquelle il fut trouvé. À cause de son ivresse cet homme avait été incapable de l’expulser par la toux. »

Les observations de morts accidentelles par fausse

déglutition d’aliments carnés sont les plus fré-

quentes. Le D' Mackensie rapporte un cas dans lequel

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un homme fut trouvé étouffé en avalant un gros morceau de viande. Il traversa immédiatement la rue pour aller dans le magasin d’un pharmacien et immédiatement après être entré il tomba inanimé. Après la mort on trouva le gosier rempli par un morceau de bœuf qui reposait sur la glotte et qui avait poussé l’épiglotte en avant. Une partie de cette masse était entrée dans la trachée à travers la fente de la glotte et avait ainsi amené la mort par suffocation. »

Tourdes cite le cas suivant : « À Strasbourg, pendant l'invasion de 1870, des soldats allemands étaient logés et nourris dans un château des environs. Un jour, pendant qu’ils mangeaient autour d’un plat dans lequel ils piquaient des morceaux de lard au bout de leur fourchette, l’un d’eux mourut subitement. L’émoi fut considérable et ne se calma qu’à la suite de l’autopsie; on trouva dans

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« le larynx du sujet un morceau de lard dont on a « donné ci-dessus les dimensions. L’estomac con- « tenait des morceaux de dimensions presque ana- « logues. »

Un individu s’affaisse sur le trottoir, il est mort, un médecin appelé diagnostique une paralysie cardiaque. Liman ouvre le cadavre et trouve, encastrée dans le larynx, et entre les lèvres de la glotte, une saucisse de 8 cm. de long et de 3 cm. d'épaisseur.

Un homme de 40 ans était mort subitement d’une attaque d’apoplexie, avait-on dit. Le D' Naville découvrit à « l’autopsie, un énorme morceau de viande «< crue qui obstruait la trachée. Un boudin graisseux « de 10 cm. de long emplissait la trachée et était « retenu à la glotte par une partie charnue, haute de « 5 cm., large de 4 cm. Les poumons étaient conges- « tionnés, emphysémateux et œdématiés. L’estomac « contenait une grande quantité d'aliments. Il s’agis- « sait d’un alcoolique et Naville pensa que la péné- « tration du bloc de viande avait peut être eu lieu « du fait d’une crise convulsive. »

« Dans une autopsie de femme âgée dont l’obser- « vation est due au D' Paul « on vit, en enlevant le « paquet laryngo-trachéal, émerger derrière le « larynx un amas de viande crue; à l’ouverture du « larynx et de l’œsophage, on trouva un morceau de « viande mesurant 5 cm. 8 de hauteur sur 3 cm. 5 de « largeur. Ce morceau occupait l’espace compris « entre la base de la langue et l’œsophage dans « lequel il se terminait à la hauteur du cartilage cri- « coïde ; un fragment du même morceau coiffait « l’ouverture du larynx s'étant insinué en arrière de « l’épiglotte dans le larynx; au-dessous des cordes « vocales, la muqueuse était comme tapissée d’une « couche granuleuse peu épaisse, de un millimètre

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