L'INDUSTRIE NOURRICIÈRE
Nous allons donc passer en revue toutes les causes qui provoquent, favorisent ou aggravent ces manifestations pathologiques de la première enfance (qu’il s'agisse de nourrissons élevés par leurs mères ou par des nourrices). |
Première circonstance fâcheuse : dans le département de la Sarthe, l’industrie nourricière est très répandue ; chaque année, la Surveillance de l’Assistance Publique s'étend à plus de 4.500 enfants, confiés à des nourrices externes : femmes de la campagne qui, par cette industrie, augmentent leurs maigres ressources. La moitié de ce contingent est originaire du département où l'on compte par an à peu près 8.000 naïissances ; l’autré moitié vient, en très grande partie, de Paris ou de la Seine. Les Sarthois profitent donc largement de leurs « éleveuses » ; il serait plus juste de dire qu’ils en « pâtissent ».
Certes, il y a de bonnes nourrices, dévouées et iustruites par l'expérience. Mais, que de femmes, par contre, n’apportent à l'élevage que négligence, incurie et préjugés ! C’est la majorité, assurément ;
‘et tous les médecins déplorent l'insuffisance des
éleveuses : la misère, la malpropreté, le taudis sur-
peuplé, l’incompétence absolue sont les moindres
défauts, puisque le vice et l'ivrognerie peuvent aussi
s’y rencontrer. En pratique, et nonobstant la loi
Roussel — bien desuète et inopérante — n'importe
quelle femme peut, n'importe où, devenir nourrice
ou éleveuse, avec n'importe quoi. Un secrétaire de
mairie me citait, entre autres, le fait suivant : une
femme, ivrognesse notoire et d’une.immoralité con-
nue, se fait nourrice : les trois nourrissons qui lui sont confiés successivement, meurent en quelques semaines. Le maire lui refuse alors toute autre autorisation d'élever des enfants; du reste l’opinion
publique du village en est scandalisée.
… Les statistiques dressées par le Service de Protec-
tion des enfants du premier âge sont significatives.
Elles montrent une mortalité d’un taux supérieur (de
2 0/0) à celui que M. Ledé a communiqué à l’Acadé-
mie de Médecine (séance du 11 octobre 1921) lequel
s’appliquait à l’ensemble des Enfants Protégés du
territoire français. C'est ainsi que dans la période de
trois années (1918-1919-1990) il est mort, dans la Sarthe, un millier de nourrissons « protégés » ; le pour-
centage varie de 6,63 0/0 à 7,92 0/0. Encore ces sta-
tistiques envisagent-elles la mortalité des enfants de zéro à deux ans. Un pourcentage portant seulement
sur les enfants de zéro à un an donnerait des chiffres plus élevés : on l’a fait en 1920 (année qui fut favorable aux nourrissons) : et on obtenait alors 8, r3 o/o de décès (au-dessous d’un an). Si l’on considérait les
enfants secourus par l’Assistance Publique on arrivait au chiffre de 9,8 0/0 ; enfin chez les pupilles de
l'Assistance (catégorie d'enfants orphelins, abandonnés,. peu nombreux, heureusement) on atteignait. 19 oJo. Mais cette catégorie ne RO preBAtE que
182 enfants.
Outre les enfants placés en nourrice, nous considérerons aussi ceux qui sont élevés dans leur famille : là aussi l'indifférence, le manque de soins et d’hy-
giène amènent une léthalité plus élevée encore que
chez les nourrices (absence de surveillance médicale)
puisque le taux global de mortalité pour le départe-
ment était, en 1920, de 13 o/o. Donc la situation est
mauvaise partoul. Cherchons à en connaître les rai-
sons.