‹ La Mortalité Infantile Dans La SartheChapitre 7 sur 35 · DIMINUTION DE L'ALLAITEMENT MATERNEL · texte numérisé non relu

DIMINUTION DE L'ALLAITEMENT MATERNEL

Contrairement à ce qu’on croit généralement à Paris, l’allaitement maternel est de plus en plus délaissé à la campagne ; si, dans les villes du département, on trouve encore bon nombre de femmes qui consentent à donner le sein, ‘cet usage se perd parmi les populations rurales. Les médecins que nous avons interrogés sur ce sujet sont unanimes à le déclarer ; ils estiment à 25 o/o au plus, et, en : certains endroits à 10 o/o, le nombre des femmes qui allaitent ; cette proportion est une moyenne prise sur la clientèle à la fois urbaine et rurale ; peut-être est-elle plus faible encore chez les paysans.

Parmi les nombreux nouveau-nés que nous avons examinés dans la région, nous avons remarqué une très grande proportion d'enfants élevés au biberon ; quant aux enfants nourris au sein, ils sont — je ne dis pas des raretés—mais tout au moins, une minorité infime. D’autre part, sur cinq accouchements que nous avons été appelés à faire à la campagne ou dans des villages, nous n’avons vu qu’une seule fois la mère nourrir son enfant ; encore s’agissait-

il d’une jeune femme élevée à la ville et connaissant suffisamment la puériculture pour comprendre la supériorité de l’allaitement naturel.

Mais les fermiers, les cultivateurs et éleveurs, enrichis du fait de la guerre, renoncent de plus en plus à l'allaitement naturel ; il ne persiste que chez les plus pauvres et chez les salariées titulaires de primes d’allaitement.

Quant aux enfants mis en nourrice, on peut dire que tous sont soumis à l’allaitement artificiel. En effet, en 1920, sur les 5.316 enfants de o à 2 ans qui relèvent du Service de Protection du premier âge, on compte seulement 66 petits privilégiés nourris au sein, soit une moyenne de 1,24 oo qui est la même, à peu de chose près, pour les années précédentes ; dans l'arrondissement de Saint-Calais, ce pourcentage n’est que de 0,82. L'inspection de l’Assistance Publique de la Sarthe se plaint de ne pouvoir trouver des nourrices au sein pour ses pupilles (enfants abandonnés, orphelins, etc.), petits débiles dont la mortalité atteint 19 o/o et que seul l'allaitement naturel pourrait sauver ; mais combhien d’autres (débiles, prématurés) sont dans le même cas ! Au Pavillon de Médecine infantile de l'Hôpital du Mans, c’est à grande peine, et seulement par intermittences, que l’on arrive à prélever une nourrice au sein parmi les épaves de la Maternité.

À, Leroy 2

Page 1