D AE 10 ESA EN PRE DNA
Causes de la diminution de l'allaitement naturel
Quelles sont done les causes qui font délaisser de plus en plus le mode d'élevage le plus rationnel et le plus favorable à l'enfance ? D’après ce que nous avons pu constater, ces causes sont d’ordre économique, moral, physiologique.
Il faut chercher les causes économiques dans le manque de main-d'œuvre qui se fait sentir à la campagne. L'ouvrier agricole est très rare et exige de gros salaires. En ces conditions, une fermière préfère travailler elle-même, laissant son nourrisson aux soins d’une grand’mère ou d’une petite servante qui donnera le biberon, tant bien que mal, et plutôt mal que bien. Les femmes ont pris, grâce à la guerre, l'habitude des travaux, même des travaux pénibles ; pendant l'absence de leur mari mobilisé, il n’était pas rare qu'elles fissent valoir — seules — la ferme ou le bordage ; la paix revenue, elles continuent leur travail ou leur commerce, suppléant ainsi à l'insuffisance de la main-d'œuvre. De même, dans nos petites villes, des usines plus ou moins importantes se sont créées pendant la guerre, elles ont occupé du personnel féminin, et en occupent encore aujourd'hui ; ces femmes, tentées par des salaires plus élevés, délaissent leur enfant. Ne irouve-t-on pas toujours du lait de vache à la campagne et dans
les villages ? la dépense qu’il cause n’est rien auprès
de celle qu'occasionnerait un domestique de plus, ou la cessation du travail de la mère.
. L'allaitement maternel est le plus coûteux : voilà, certes, une raison qui paraît paradoxale ; rien n’est plus vrai pourtant et celle cause est capitale,
Les causes morales ont une importance considérable. Les mères netieunent pas beaucoup à allaiter ; elles ont perdu la volonté — et la bonne volonté — nécessaire à l’exécution de cet acie physiologique ; dès lors, les moindres incidents de l’allaitement {montée laileuse tardive, gerçures du sein, etc.) sont un prétexte à acheter le biberon.
Le biberon, en effet, fait partie de la civilisation. Bien des fois,on m'a dit,à la campagne : «les dames en ville et à Paris n’allaitent pas » — ce quiétait vrai ily a dix ans. N'importe, on veut suivre la mode, avec du retard, il est vrai. Depuis la guerre, il s’est développé, chez les populations rurales, un goût plus vif du plaisir et d’une vie plus facile et plus confortable .On voit dans les villages, plus fréquemment qu’autrefois, des fêtes, des «assemblées », des - danses (toujours la mode), toutes choses plutôt incompatibles avec une « maternité intégrale », c’est-à-dire un allaitement naturel. Ajoutez le souci de l'élégance, la bicyclette, une vie plus active ; on comprend alors que l'allaitement d’un nourrisson devienne un de ces impedimenta, bons pour les siècles passés.
Nous ne saurions mieux faire comprendre cet
état d'esprit qu’en rapportant deux observations d’accouchements que nous avons faits dans la région.