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CHAPELLE DU PALAIS ÉPISCOPAL, L’ÉGLISE DE SAINT-JEAN

l’Évangéliste.

Les historiens signalent dans notre pays quelques mosaïques du ve siècle; aucun dessin n’a survécu à la destruction de ces ouvrages. Fortunatde Poitiers chante dans ses poésies les mosaïques dont l’évêque Félix décora l’église des apôtres Pierre et Paul, à Nantes; elles représentaient des épisodes de la vie de saint Hilaire et de saint Féréol; Grégoire de Tours avait fait mettre des mosaïques à l’église de Saint-Martin de sa ville épiscopale; il complimente l’évêque Numatius des autels en mosaïque de la cathédrale de Clermont. Dom

Martin 1 entre dans des détails très précis sur la mosaïque du sanctuaire de la Daurade, à Toulouse; tout le massif du mur était couvert d’un fond d’or, d’où sans doute le nom de Daurade, sur lequel se détachaient le Christ, les Apôtres, les Évangélistes, les saints Gabriel, Raphaël, Huriel, les patriarches, des écussons, des ornements, des figures d’animaux et des « pièces tirées de la mécanique ». La mosaïque, selon l’historien, était l’ouvrage des Visigoths, qui « voulurent, par cet ornement étranger, effacer la première beauté du temple»; les piliers entre les niches du chœur et les colonnes étaient aussi, sauf sur les chapiteaux et les bases, entièrement recouverts de mosaïques; ce qui forme, avec les colonnes de Pompéi et les piliers de Saint-Marc de Venise, les seuls exemples cités et réels de ce genre de revêtement.

En Italie, les cathédrales de Novare et d’Aoste sont pavées de mosaïques imitées de l’antique, et la chapelle Saint-Satyre, de l’église Saint-Ambroise de Milan, s’enrichit d’une belle composition dans le sentiment de l’antiquité : la figure en buste de saint Victor est entourée de branches et d’épis; il est vêtu en Romain, ainsi que plusieurs saints dessinés sur le mur. Mais c’est à Rome et à Ravenne surtout que se manifeste le goût de la mosaïque, très prononcé alors.

A Rome, nous trouvons l’église Sainte-Sabine, l’Arc triomphal et la nef de la basilique Sainte-Marie-Majeure, l’arc triomphal de Saint- Paul-hors-les-Murs et l’oratoire de Saint-Jean-l’Évangéliste. De la déco-

i. Dom Martin, La Religion des Gaulois, t. Ier, Paris, 1737.

ration de Sainte-Sabine, il ne reste qu’une inscription sur fond bleu et deux femmes sur champ d’or, représentant l’Église des Gentils et l’Église des Circoncis, excellentes d’attitude et drapées à la façon des fresques antiques. On désigne sous le nom d’arc triomphal le grand arc placé en avant de l’abside. Celui de Sainte-Marie-Majeure fut décoré, sous le pontificat de Sixte III (432-440) *, de mosaïques qui montrent: l’Annonciation, la Présentation au temple, l’Adoration des Rois, la Dispute de Jésus et des docteurs, le Massacre des Innocents; au milieu de l’arc est un trône dans un médaillon surmonté de la croix et accoté des apôtres Pierre et Paul; les villes de Bethléem et de Jérusalem, lieux de la naissance et de la mort du Christ, terminent la zone inférieure. Les attiques de la nef de l’église sont couverts de trente-six tableaux, dont sept ont été remplacés par des peintures au xvie siècle ; c’est une suite de l’Ancien Testament, assez confuse; les personnages sont habillés et armés comme les Romains; ils sont courts et trapus et ressemblent aux soldats de la colonne Trajane. La basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs a été détruite en 1823 par un incendie. Léon XII entreprit de la faire reconstruire, et l’atelier de mosaïque du Vatican fut naturellement chargé des travaux de sa spécialité; l’arc triomphal, dit de Galla Placidia, a été ainsi revêtu d’une mosaïque qui n’est que la reproduction de celle du v® siècle , commandée par le pape Léon Ier (440-461). Des nuages qui recouvrent le haut de

1. Les dates indiquent pour les papes l’année de leur élévation au pontificat et celle de leur mort ; pour les autres personnes, les années de la naissance et de la mon.

Tare sortent les quatre attributs évangéliques : le bœuf de saint Luc, Fange de saint Mathieu, le lion de saint Marc et Faigîe de saint Jean; ils dominent la figure du Christ en buste; deux anges, le bâton à la main, sont à ses côtés et, à la même hauteur, les vingt-quatre vieillards de FApocalypse, par groupes de douze, « se prosternent et jettent leurs couronnes », selon le texte de saint Jean; les apôtres Pierre et Paul se tiennent plus bas. Cette mosaïque était déjà en mauvais état au xvne siècle; le travail moderne est médiocre et ne permet pas de juger Fancienne facture, mais nous avons eu la bonne fortune d’estamper, sur un fragment de la mosaïque originale préservé de l’incendie, la tête de Fange placé à la droite du Christ; Fexamen de ce morceau nous autorise à penser que la mosaïque était d’une très bonne exécution technique et que les figures avaient de l’analogie avec les orantes des catacombes. La voûte de l’oratoire de Saint-Jean-1’ Évangéliste n’est plus dans la même donnée ; toute la décoration est symbolique : au centre, l’agneau dans un cercle de fleurs, puis des rinceaux, des guirlandes, des vases de fruits et des couples d’oiseaux. La perdrix représente la terre; le canard, l’eau; le pigeon, l’air; le perroquet, le feu; l’agneau, le Christ. L’usage de montrer le Christ sous la forme d’un agneau était général chez les premiers artistes chrétiens; il fut interdit par le concile Quinisexte, tenu à Constantinople en 692, qui ordonna de substituer aux allégories les scènes vraies de la Passion. La charmante décoration de l’oratoire de Saint-Jean a été exécutée sous le pontificat de Hilaire (461-467).

Mais c’est à Ravenne qu’il faut admirer les plus

importants ouvrages de l’époque; les monuments, moins vastes que ceux de Rome, sont plus intimes et mieux

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