TÊTE D’ANGE
(Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, ve siècle.) Dessin d’après l’estampage.
conservés, malgré d’incessants changements dans l’état politique de la province. Après l’abandon de Rome
en 402, Honorius transporta à Ravenne le siège de l’Empire et, en 425, l’impératrice Galla Placidia, veuve de Constantin II, y établit sa résidence pour gouverner l’empire d’Occident, par délégation de son fils l’empereur Valentinien III; c’est à la protection de cette princesse éclairée et amie des arts que Ravenne est redevable du Baptistère des orthodoxes, du mausolée de Galla Placidia et de la chapelle de l’archevêché. Le mausolée, construit vers 440 et placé sous le vocable de saint Nazaire et de saint Celse, mérite une description spéciale : la chapelle, de petite dimension, est en forme de croix latine ; elle abrite encore les tombeaux de Galla Placidia, de Constance son mari et d’Honorius son frère ; la coupole, les voûtes et les arcs sont entièrement recouverts de mosaïques. La voûte centrale est ornée d’une croix et sur les ceintures des arcs alternent de grandes rosaces de dessins différents, et de larges rinceaux ; les murs des fonds montrent d’intéressantes compositions : l’une représente le bon Pasteur entouré de ses brebis ; l’autre, le Christ, la croix sur l’épaule et un livre ouvert à la main; devant lui, un feu très violent chauffe un gril, et plus loin, une armoire ouverte laisse voir sur ses rayons les livres sacrés ; la décoration de l’autre arc, purement ornementale, est formée de grands rinceaux que traversent des cerfs aux bois solidement branchés. Les quatre arcs de cercle, sur lesquels s’appuie la coupole, sont percés de fenêtres flanquées de personnages qui tiennent d’une main un volume et font de l’autre un geste d'orateur; le dessous des fenêtres est rempli par la petite composition, déjà connue, des colombes qui boivent et se mirent sur le bord
d’an vase. Dans cet ensemble si complet, le dessin est sans dureté; les personnages, vêtus en Romains, sont drapés avec générosité ; les colombes et les cerfs sont absolument copiés sur les antiques ; la coloration générale est harmonieuse; tous les fonds, sans exception, sont bleus; la croix est en or; les ornements et les rinceaux sont en or ou en vert; les vêtements, blancs; les terrains, d’un jaune verdâtre, se dégradent insensiblement dans le bleu des fonds. L’harmonie est extrême; le fond bleu, relevé par les ors, est d’une grande distinction; rien n’est triste dans ce mausolée, qu’on pourrait trouver, sans étonnement, parmi les élégants tombeaux de la voie Appienne. Il semble que le monument de Galla Placidia ait été transmis à la postérité pour montrer le point de rencontre gracieux de l’art décoratif antique et de l’art chrétien. La mosaïque du baptistère des orthodoxes, église de Saint-Jean-Baptiste, est peutêtre de quelques années antérieure à celles du mausolée de Galla Placidia ; le baptistère avait été construit par l’évêque Ursus à la fin du ive siècle, mais il fut réédifié par Néon vers 430; sa coupole octogone représente le baptême du Christ au centre, les douze apôtres dans la section suivante, et des petits monuments, trônes, autels, tables, dans la partie inférieure; sauf celui du cercle central, tous les autres fonds sont bleus. La chapelle du palais épiscopal a subi de nombreuses restaurations, et quelques figures, notamment celle de la Vierge, nous paraissent être de plusieurs siècles postérieures aux médaillons des apôtres , des saints et des très beaux anges du plafond, qui forment la décoration principale de l’oratoire. Nous avons aussi constaté qu’un certain
nombre de médaillons avaient été mis en couleur pour remplacer les mosaïques tombées; ces additions et ces retouches ne permettent pas d’accorder à la chapelle autant d’attention qu’au baptistère et au mausolée. L’église de Saint -Jean-1’ Evangéliste était aussi décorée de mosaïques qui représentaient la tempête essuyée par Galla Placidia pendant un voyage à Constantinople; quelques fragments de cette œuvre votive sont dans la chapelle de l’église.
Le style des mosaïques du ve siècle, à Rome et surtout à Ravenne, se ressent encore , jusque dans les détails, de l’influence antique; il n’arrive plus, sans doute, à la hauteur des admirables figures de l’abside de Sainte-Pudentienne, mais le dessin reste souple, la composition bien ordonnée, la coloration calme ; ce sont principalement les motifs d’ornement qui appartiennent à l'antiquité, comme nous l’avons fait remarquer au cours des descriptions.
L’Époque de Justinien : Sainte-Sophie a Constantinople, Sainte- Sophie a Thessalonique. — Ravenne : Le Baptistère des Ariens, l’Église Saint- Apollinaire -Nuovo, l’Église Saint-Vital, l’Église Saint -Apollinaire- in classe. — Rome : l’Église des Saints-Cosme et-Damien, la basilique de Saint-Laurent. — l’Église des Saints- Apôtres a Paris.
Les mosaïques abondent au vie siècle. En Orient, les plus importantes sont dans la mosquée de Sainte- Sophie. La basilique, incendiée en 533, fut aussitôt reconstruite, sur un plan nouveau, par les architectes Anthémius et Isidore, qui commandaient à dix mille ouvriers; les travaux furent conduits avec une telle activité que Justinien put inaugurer le monument dès 559. Le plan forme un carré central que recouvre une coupole sur pendentifs et qu’accompagnent, dans le sens longitudinal , deux hémicycles percés chacun de trois arcades; deux étages de galeries régnent dans toute la longueur de l’édifice; l’intérieur était entièrement recouvert de plaques de marbre et de mosaïques sur fond d’or. Les mosaïques sont depuis longtemps cachées
Si
sous une couche de badigeon; mais M. de Salzenberg1 a pu en copier quelques-unes en 1847, pendant les travaux commandés par le sultan. Les dimensions de ce livre nous interdisent d’analyser tous les dessins ainsi relevés ; nous nous bornons à un aperçu général. Au sommet de la coupole, le Christ, assis sur un trône, bénit à la manière grecque2; les apôtres, vêtus de blanc, sont rangés au-dessous de lui, et dans les angles se pressent les gens du peuple; sur le fond du sanctuaire, Marie, également assise sur un trône, tient entre ses genoux l’enfant debout; dans les niches figurées sous les croisées, se voyaient des martyrs et des évêques, et au-dessus, sur les piliers, se tenaient les prophètes; les petites coupoles étaient décorées de sujets de l’Ancien et du Nouveau Testament et le mur du narthex, d’une composition montrant, sur un trône, le Christ nimbé en circonférence à croisillons. Justinien, le diadème en tête, est prosterné à ses pieds, et sur l’or du fond se détachent en médaillons les portraits de la Vierge et de saint Michel. Toutes ces figures sont-elles du vie siècle? Le doute est permis, car de récentes études, faites à
1. M. W. von Salzenberg, Alt Christliche Baudenkmale von Konstantinople, Berlin, 1854.
2. La bénédiction est latine ou grecque : à la manière latine, elle se fait avec les trois premiers doigts ouverts, l’annulaire et le petit doigt étant fermés. La façon grecque consiste théoriquement à croiser le pouce avec le quatrième doigt, de façon que l’index reste ouvert et que le troisième doigt ainsi que le petit soient courbés, ces divers mouvements devant former le monogramme du Çhrist; mais, en fait, la bénédiction grecque est souvent représentée plus simplement : le pouce touche le quatrième doigt, les deux premiers sont levés à moitié et le petit est couché.