‹ La mosaïqueChapitre 13 sur 91 · LE PORTRAIT DE JUSTINIEN · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DE JUSTINIEN

(Église Saint-Apollinaire- N uovo , à Ravenne, vic siècle.)

l’aide des textes, semblent prouver que quelques-unes sont postérieures. A en juger par le livre de M. de Salzenberg, le dessin est correct, les compositions sont simples, les attitudes sans affectation, la coloration est douce, les visages sont beaux; les costumes, coupés à l'antique, sont ornés suivant la qualité de la personne, mais toujours avec sobriété ; le Christ est drapé dans un manteau blanc qui recouvre une robe de même couleur rehaussée de bandes d’or; la Vierge est vêtue de bleu, les apôtres et les anges de blanc et les prophètes de couleurs variées; les lumières sont marquées de tons un peu plus accentués ou de traits en argent; les plis et les ombres sont indiqués par des valeurs tendres de vert et de bleu. Les artistes se sont attachés à appliquer à la représentation des scènes les principes puisés dans l’étude de l’antique et de la nature ; ils ont donné à la mosaïque une grandeur et une harmonie pénétrantes, dignes de la religion dont ils avaient à célébrer le triomphe. Justinien fit aussi bâtir et décorer à Thessalonique une église sous le vocable de Sainte-Sophie; l’édifice n’a été converti en mosquée que vers la fin du xvie siècle, et une partie de la mosaïque fut alors cachée; au centre de la coupole, le Christ s’élève vers le ciel; sur le pourtour figurent des anges, les apôtres et la Vierge, les mains levées comme les orantes des catacombes. L’empereur fit aussi orner les palais de sa capitale et représenter en mosaïque les exploits de ses armées.

A Ravenne, l’activité ne fut pas moindre, malgré les changements de régime. En 476, la ville avait été conquise par Odoacre, chef des Hérules. Dix-sept ans

plus tard, en 493, elle fut prise par Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths; ses successeurs y résidèrent jusqu’au jour où le général de Justinien, Bélisaire, s’empara de la place par surprise dans les derniers mois de l’année 539. Lorsque Narsès eut définitivement mis fin à la domination des Goths, en 552, Ravenne devint le siège de l’exarque ou lieutenant de l’empereur d’Orient.

Quatre monuments décorés de mosaïques du vie siècle subsistent encore, ce' sont : l’église Sainte-Marie-en- Cosmédin, ou baptistère des Goths ariens, bâtie vers le commencement du siècle; l’église Saint-Apollinaire- Nuovo, construite à la même époque pour l’usage arien sous le vocable de saint Martin, puis consacrée au culte catholique par Agnellus, qui fut évêque de 553à 5 66; Saint-Vital, fondée par Ecclésius, dont l’épiscopat dura

de 524 à 534, et consacrée en 547; Saint-Apollinaire-in- Classe, commencée en 534 et remise au culte en 549; ces deux dernières basiliques furent construites par Julianus Argentarius et dédiées par l’archevêque Maximianus. Le baptistère des ariens, ou église Sainte- Marie-en-Cosmédin, n’a pas coûté grand effort aux Goths qui l’ont fait élever; la mosaïque de la coupole n’est qu’une pauvre répétition de la composition du baptistère des orthodoxes. On a remarqué par les dates que Saint-Apollinaire-Nuovo, Saint-Vital et Saint-Apollinaire-in-Classe ont été fondées pendant l’occupation étrangère, et dédiées sous Justinien; mais une église peut être dédiée sans que sa décoration intérieure soit complète ou même longtemps après son achèvement, de sorte qu’il ne nous paraît pas logique de classer les mosaïques par règne; leur style n’autorise pas davantage une semblable division; en vérité, tous ces ouvrages forment un ensemble qui ne se ressent ni des Goths ni des Grecs, et qui est la suite naturelle des ouvrages du siècle préeédent.

Saint-Apollinaire-Nuovo est une longue basilique à deux rangs de colonnes ; les côtés de la nef sont divisés en hauteur en trois sections remplies de mosaïques; la première représente une procession de vingt-cinq personnages qui sortent du palais de Théodoric et s’avancent vers le Christ assis sur un trône enrichi de pierreries ; en face, les hommes sont remplacés par des vierges et le Christ par Marie ; la seconde section est coupée par les fenêtres, entre lesquelles sont placés des apôtres; enfin, dans la partie du haut sont incrustés une série de tableaux des divers épisodes de la vie du Christ. L’un

d’eux, Je Baiser de Judas, fait songer à l’Arena de Padoue; Giotto a marqué la figure du traître du trait que le mosaïste inconnu de Ravenne avait trouvé près de huit siècles auparavant. Le Christ de Saint-Apollinaire-Nuovo appartient à l’iconographie chrétienne. Il est assis en

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