‹ La mosaïqueChapitre 18 sur 91 · SAINT PAUL ET DAMIEN · texte numérisé non relu

SAINT PAUL ET DAMIEN

(Église des Saints-Cosme-et-Damien à Rome, vie siècle.)

visages sont barbus aussi, ceux de Paul et des médecins se ressemblent, Pierre est plus âgé. Les vêtements sont

romains, mais les physionomies, sauf peut-être celle de Pierre, ne le sont pas; elles sont dures, sévères, anguleuses. Les corps sont conformés pour la marche et le combat, ils n’ont rien d’ascétique; ce sont des hommes étranges, qui n’offrent aucun rapport ni avec les catacombes, ni avec les nobles personnages de Sainte-Pudentienne, ni avec ceux de Saint-Paul-hors-les-Murs, de Sainte-Sophie et de Ravenne; ils sont nouveaux venus dans l’humanité figurée. D’où sortent-ils donc? Des régions du Nord. En 493, Théodoric s’était proclamé roi d’Italie; vers la fin du siècle, il était venu à Rome ; le sénat et le peuple lui avaient fait une magnifique ovation; le prince et ses successeurs prirent les monuments de l’antiquité sous leur haute protection, en défendant de les détruire, en nommant des architectes pour leur conservation et en ouvrant de larges crédits pour leur entretien. Les édifices publics furent aussi l’objet de leur sollicitude; ils leur affectèrent les revenus 'des douanes du port de Lucrin. On comprend dès lors que, dans de pareilles conditions, les mosaïstes des Saints-Cosme-et-Damien aient pris pour modèles les types de cette race des Goths qui venaient de rendre un dernier éclat à Rome expirante. Nous avons dû insister sur le caractère de la mosaïque du pape Félix IV, car elle va devenir le point de départ d’un style qui se maintiendra à Rome en dégénérant pendant plus de trois siècles. C'est un style nouveau ; il résulte non point de l’art des Barbares, ils n’en avaient pas, mais de leur influence physique, greffée sur un vieux fonds romain; le sujet est neuf également : pour la première fois se manifeste la pensée d'une présentation officielle de divers

personnages faite au maître par ses disciples; le motif sera repris bien souvent, mais il fera regretter l’original, car, malgré ses imperfections, la mosaïque des Saints- Cosme-et-Damien respire une grandeur et une dignité qui laissent une trace profonde dans l’esprit.

« Il (le pape Pélage II ) fit sur le corps du bienheureux Laurent, martyr, une basilique qu’il éleva depuis les fondements. » Ainsi s’exprime le Liber pontificalis sur la basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs, primitivement édifiée par Constantin. Par suite d’un changement dans l’orientation de l’église, l’arc triomphal tient sa façade, non plus du côté de l’entrée, mais vers l’abside. La décoration représente le Christ assis sur le globe : à droite et à gauche sont Pierre, Laurent, Pélage, Paul, Étienne, Hippolvte et les villes de Jérusalem et Bethléem. La mosaïque ayant été plusieurs fois restaurée, il est difficile de déterminer le caractère qu’elle avait du temps de Pélage II (577-590). A cet ouvrage, à la tribune des Saints-Cosme-et-Damien, à quelques travaux d’ornement sur la façade de Saint-Pierre ordonnés par le pape Symmaque (498-514), se bornent les mosaïques de Rome au vie siècle; elles ont été faites à une époque relativement calme, au cours de cette longue période d’années pendant laquelle la ville fut tant de fois assiégée, prise, reperdue et reconquise par les armées du Nord et les troupes impériales. Un long abattement va suivre ces convulsions.

Le vie siècle vit s’élever à Paris une église sur la hauteur, nommée par les Romains mons Locutitius , que couronne aujourd’hui le Panthéon. Clovis la dédia aux apôtres Pierre et Paul, mais elle ne fut achevée qu’après

sa mort et par les soins de sa femme Clotilde. Le monument fut saccagé à plusieurs reprises et reconstruit au xii0 siècle par Étienne de Tournai, qui s’exprime ainsi : « Cette église, bâtie par l’œuvre et les deniers du roi, était peinte et ornée de mosaïques intérieurement et extérieurement, comme les restes le prouvent encore aujourd’hui » ; la décoration des portiques comprenait, paraît-il, les images des patriarches, des prophètes et des apôtres. Malheureusement, on ne sait rien de plus sur ces ouvrages, dont l’existence est curieuse à signaler.

LA FEMME HEMORRHOISSE.

Eglise Saint-Apc Uinaire-Nuovo. à Ravenne, vic siècle.)

Rome : l’Église de Sainte-Agnès, l’Oratoire ~de Saint

Venance, l’Église de Saint-Pierre-aux-Liens, la basi- , lique de Saint-Pierre, l’Église de Sainte-Constance. —

La Mosaïque de Sour.

La condition de Rome au commencement du vne siècle était déplorable; la misère était à son comble, la ville se dépeuplait, la campagne était déserte; cette situation, qui devait durer longtemps, n’était certes pas favorable au développement des arts, et cependant les papes firent exécuter quelques mosaïques. A Sainte- Agnès, Honorius (625-640) décore la tribune de l’abside ; la sainte, vêtue à la grecque et couronnée par la main céleste, est escortée par les papes Honorius et Symmaque; une inscription en or sur fond bleu vante l’éclat de la mosaïque. « Des métaux taillés produisent une peinture d’or et la lumière du jour y semble comprise et renfermée. On croirait que l’aurore, rassemblant les nuages à des sources liquides, brûle et répand la vie sur les campagnes...1 » Dans l’oratoire de Saint-

Page 1