SAINTE PRAXÈDE
(Eglise de Sainte-Praxède, à Rome, ixe siècle.)
Dessin d’après l’estampage.
qu’à Saints-Cosme-et-Damien; ils copient l’abside faite au vie siècle par des Romains et la reproduisent selon leurs moyens. Elle est, en effet, dans leur tempérament, cette œuvre rude et sévère, car elle donne la note reli-
gieuse d’un temps où l’Église exigeait avant tout le respect. Les mosaïstes des Saints -Cosme- et- Damien n’étaient pas des Grecs; leurs successeurs durant trois siècles ne le sont pas davantage ; ce sont des Latins dégénérés qui ne firent pas école, car, après eux, commence une éclipse qui va durer à Rome pendant près de trois cents années.
La décadence ne se fit pas sentir en Orient comme en Italie. Depuis deux siècles, la mosaïque était presque abandonnée, lorsque l’empereur Théophile (829-842) la remit en usage ; il ne rétablit pas le culte des images, mais il fit magnifiquement décorer le palais impérial de mosaïques à figures et de ce genre qu’en tapisserie on nomme verdures. Basile le Macédonien (867-886) avait commencé par être écuyer, pour finir par monter sur le trône de son bienfaiteur Michel III, qu’il fit assassiner; malgré ces tristes débuts, il donna aux travaux d’art une très grande impulsion, dès qu’à la suite de ses victoires il put s’occuper des affaires intérieures. On pense que les mosaïques de l’arc occidental de Sainte-Sophie sont de cette époque; elles montrent Marie et l’Enfant entre les apôtres Pierre et Paul. Quoiqu’il reste peu de chose de ces figures, l'étude sur place en serait précieuse, car presque tous les ouvrages du temps ont péri. Dans un accès de piété qui contraste avec ses antécédents, Basile fit élever la Nouvelle église basilique et ajouter à ce temple un palais pour sa demeure personnelle; ces édifices étaient décorés avec une magnificence inouïe, au dire des descriptions, dont nous ne retiendrons que la partie spéciale aux mosaïques. Le patriarche Photius, promoteur du schisme grec en 858, a vu sur la voûte
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de l’église la forme humaine du Christ entouré d’une troupe d'anges; dans l'abside, la Vierge les mains étendues, et, sur le reste des murs, un chœur d'apôtres, de patriarches, de prophètes et de martyrs; le sol était formé de plaques de marbre encadrées de mosaïques. L'empereur Constantin Porphyrogénète se plut k écrire la vie de son aïeul Basile 1. Il fournit avec un soin particulier des détails sur le palais nommé Cénourgion : la salle principale était entièrement revêtue de mosaïques marquant les hauts faits de l'empereur; Basile était entouré de ses officiers qui lui présentaient les villes conquises. La chambre à coucher avait une décoration plus intime mais non moins somptueuse; son pavement en mosaïques et en marbres précieux comprenait un paon au milieu, et dans les coins, des aigles éployés; le soubassement des murs était formé de fleurs sur fond d'or; au-dessus, on voyait Basile et sa femme Eudoxie, couronnés et revêtus de leurs insignes; tout autour de la pièce, leurs enfants, des livres à la main, étaient disposés en frise ; le centre du plafond d’or formait une croix de couleur vers laquelle l'empereur et sa famille, encore une fois représentés, tendaient leurs bras suppliants. II est difficile de porter un jugement exact sur la qualité des mosaïques de Basile le Macédonien, la Nouvelle église basilique et le palais n'étant connus que par des descriptions évidemment très exagérées; mais, d'après les fragments de Sainte-Sophie, on est autorisé à penser que le dessin, sans être aussi bon que du temps
imp.
. Constantini imp. Historia de vita et rebus gestis Basilii
de Justinien, avait encore une certaine correction; les ajustements sont moins simples et déjà le luxe commence à dominer; en somme, ces ouvrages étaient infiniment supérieurs à ceux des mosaïstes contemporains qui travaillaient en Occident.
l'aigle de saint jean.
(Eglise de Sainte-Praxède, à Rome, ixe siècle.)
La mosaïque dans les pays allemands. — Les pavements historiés. — France : Saint-Irénée a Lyon, Saint-Remi a Reims, la cathédrale de Nîmes, l’église de Lescar, l’église de Sordes. — Le Mont-Cassin. — Saint-Marc de Venise. — Les mosaïstes grecs en Italie.
Nous avons vu sans regret la mosaïque s’effondrer à Rome, non point à la suite d’une agonie progressive, mais subitement, en plein travail, comme tombe d’un coup de sang un homme d’un tempérament malsain. S’il est vrai que la décadence porte en elle un germe de mort, on peut dire que la mosaïque a succombé à son heure, car elle ne pouvait déchoir davantage. En Italie, depuis la fin du ixe siècle jusqu’en 1066 et spécialement à Rome, du pontificat de Pascal Ier (817-824) à celui du pape Innocent II (11 30-1143), on ne peut trouver aucun travail en mosaïque sur le mur des édifices. En deçà des Alpes, les chroniqueurs signalent des travaux à Coire, Sponheim, Werden, à Saint-Géréon de Cologne et dans le dôme d’Hildesheim. Saint Bernward, évêque d’Hildesheim, avait été le précepteur d’Othon III, fils
cTOthon II et de la princesse grecque Théophanie; ayant le goût des arts et la protection de l’empereur, il entreprit de faire décorer l’église de son siège épiscopal de mosaïques qui paraissent avoir été importantes, car elles représentaient le Sacrifice d’ Abraham, la Trinité, la Vie et la Mort et les Eléments *. Il n’est pas démontré que ces figures aient été en smaltes et il se pourrait que ce ne fussent que de simples pavements de marbre ou des dessins en creux dans le genre des graffiti . Les parements historiés1 2 prirent, en effet, vers la même époque, une notable extension en Italie, surtout dans le nord, et en France; quoique placés dans les églises, ils exprimaient souvent des pensées étrangères à la religion : on y trouve le Combat de Thésée et du Minotaure, l’Enlèvement d’Hélène, les Vertus, les Vices, la Chanson de Roland, le Zodiaque, les Saisons, les Mois, des animaux de tous genres, des monstres, etc., etc. L’explication de cette profusion et de cette variété est peut-être dans le bon marché du travail et dans la provenance qu’il faut souvent chercher dans les fondations particulières. A Lyon, dans l’église Saint-Irénée, le pavement fait vers la fin du xe siècle 3, montrait la Grammaire, la Dialectique, la Rhétorique, la Prudence et la Justice. La célèbre mosaïque de Saint-Rémi de Reims n’était pas uniquement en marbre; l’émail y jouait un rôle important. Comme il s’agit d’un monument qui a trait à notre art national, nous citons en son entier, malgré