‹ La mosaïqueChapitre 28 sur 91 · Spon. Histoire des Antiquités de Lyon. Lyon · texte numérisé non relu

Spon. Histoire des Antiquités de Lyon. Lyon

sa longueur, la description de cet ouvrage, donnée par Berger, dans son Histoire des grands chemins.

Ce pavé remplit le chœur d’un bout à l’autre, qui n’est pas moins long ny large que celuy de Notre-Dame de Paris; il est assemblé de petites pièces de marbre, les unes en leur couleur naturelle & les autres teintes & émaillées à la mosaïque, si bien rangées & mastiquées ensemble, qu’elles représentent une infinité de figures comme faites au pinceau. A l’entrée du chœur, on voit la figure de David joüant de la harpe, avec ces mots au-dessus de la teste, Rex David . Entre ladite figure & l’aigle, se voit un grand quadre au milieu duquel est l’image & le nom de S. Jérôme; & autour de luy les figures & les noms de tous les Prophètes, Apôtres & Évangélistes, qui sont auteurs des livres de l’Ancien & du Nouveau Testament; chacun ayant son livre figuré près de soy & distingué par son nom; les uns représentez en formé, de livres clos & les autres en volumes roulez à l’antique, & placez dans ce quadre de telle sorte que les auteurs du Nouveau Testament tiennent le milieu & ceux de l’Ancien, les extrémitez.

Au côté droit du chœur, sont quatre quarrez séparez l’un de l’autre par petits intervales : au premier desquels sont les figures des quatre fleuves du paradis terrestre, représentez par des hommes versans de l’eau de certaines cruches qu’ils tiennent sous leur bras & désignez de ces quatre noms • Tigris , Euphrates , Geo , Fison. Ces quatre figures occupent les quatre coins dudit quarré, au milieu duquel paraît une femme qui tient une rame & assise sur un dauphin, avec ces mots: Terra , Mare.

Le second quarré est rempli d’un simple rameau avec ses feuillages.

Le troisième représente en ses encoignures les saisons de l’année avec leurs noms : Fer, Æstas, Automnus , Hyemes , & au milieu, un homme assis sur un fleuve, avec ce nom : Orbis terrœ .

Dans le quatrième, sont représentez les sept Arts libéraux, dont les figures sont pour la plus part cachées et couvertes des chaires des religieux. On y voit néanmoins encore à découvert ces deux mots : Septem Artes.

Au côté gauche est un grand quadrangle dont la longueur est double de la largeur : & contient deux bandes larges, arondies en cercle d’une égale grandeur, & qui se touchent toutes deux par leur convexité. Dans la première bande sont figurez les douze mois de l’année : & dans la seconde, les douze signes du Zodiaque.

Au milieu, et comme au centre de la première bande, on voit la figure de Moyse assis sur une chaise, & soutenant un ange sur l’un de ses genoux, avec ces mots alentour :

Moi si que figuras Monstrant hi Proceres .

Le reste ne se peut lire étant caché sous les chaises des religieux, de même que les figures de la Justice, de la Force, & de la Tempérance, & celles de l’Orient, de l’Occident & du Septentrion. Ce que l’on juge par la figure de la Prudence, qui paraît encore en forme d’une femme, tenant un serpent & désignée par ce mot : Prudentia, & par celle d’un homme représentant le Midy, avec ce mot Meridies.

Au milieu de la bande ronde des douze signes, sont représentées les deux ourses, marquées de leurs estoilles; l’une ayant la queüe du côté que l’autre a la tête, en la même façon qu’on les void dépeintes sur les globes célestes. Toutes ces figures & plusieurs autres qui seraient longues à raconter sont faites de pièces peintes à la mosaïque dans un champ jaune du même ouvrage, dont les plus gros pavez n’excendent point la largeur de l’ongle : si ce n’est quelques tombes noires et blanches & quelques pièces rondes de jaspe, les unes pourprées & les autres ondées de diverses couleurs, qui sont appliquez dans certains compartiments faits de pièces de marbre comme les pierres précieuses enchâssées dans un anneau. De là montant deux degrez approchant du grand autel, on void une autre manière de pavés de petites pièces de marbre, divisés en beaux compartimens de marquetterie,

& sur le degré de Pautel, le Sacrifice d’Abraham, l'Échelle de Jacob et autres histoires de l'Ancien Testament, faites de même manière & figurant le très saint sacrement de l'autel. L'église dans laquelle est le pavé fust dédiée par le pape Léon IX, qui y tint un concile au commencement d'octobre 1049. Si ce Pav^ fait en même tems, il a fallu y changer quelque chose pour mettre en ordre les tombeaux qu'on y voit & qui ont été placez depuis.

L’historien auquel ce récit est emprunté attribue la mosaïque à Guyon et à Widon, tous deux religieux à Reims; il est dès lors probable qu’elle fut exécutée, non pas en 1049, mais en 1090.

Jean Poldo Dalbemas mentionne dans le pavement de la cathédrale de Nîmes des arbres et des figures d’animaux et parle d’une mosaïque qui, de Saint Gilles, près de Nîmes, aurait été transportée à Fontainebleau.

Nous avons signalé quelques mosaïques gallo-romaines trouvées dans le midi de la France1. Il existe dans le même pays, à Lescar et à Sordes 2, des pavements qui paraissent être du xie ou du xne siècle; nous en reproduisons les dessins précieux qui constituent des documents d'un haut intérêt pour notre art national 3. La cathédrale de Lescar a été construite vers la fin du xie siècle, mais il est difficile de déterminer la date précise des mosaïques, qui pourraient bien avoir été rapportées ou déplacées. Le sujet est une chasse, sans

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