Athenée, Dypnosophistes , liv. V
Pline décrit : « Scena ei triplex in altitudine CCCLX colonarum ; ima pars e marmore fuit ; media e vitro, inaudito etiam postea genere luxuriæ » 1 ( La scène était divisée en hauteur en trois parties avec 36o colonnes; la partie supérieure était en marbre; le milieu en verre, genre de luxe qui ne s’est pas vu depuis). Rien n’indique la mosaïque dans cette description; nous croyons que le revêtement pouvait fort bien avoir été en plaques de verre colorées; à cette époque, le verre se fabriquait industriellement, soit au soufflé, soit au moule, avec des ornements en reliefs et dans des dimensions assez grandes pour servir à l’architecture. Il faut remarquer aussi que Pline, toujours si minutieux, ne dit mot du sujet représenté sur ce milieu en verre, et n’est-il pas permis de supposer que, si le théâtre de Scaurus avait été décoré d’une véritable mosaïque, cette luxueuse disposition se retrouverait dans les édifices du même genre élevés par les empereurs? La réalité des faits nous apprend que les Romains faisaient usage de la mosaïque dans les pavements, pour la décoration des murs et des plafonds et comme revêtement complet de certains morceaux isolés de leur architecture domestique. Voici les dénominations dont ils se servaient : Le lithostrolum, du grec lithostrotos désignait toute espèce de pavements, mais en particulier ceux qui étaient formés de marbres; Yopus sectile était un pavé de différentes couleurs, coupé en morceaux réguliers; Yopus tesselatum constituait une variété de Yopus sectile , mais n’avait que des lignes géométriques droites
i. Plinius, Naturalis historia, lib. XXIV et LXÎV.
ti
et parallèles; Vopus vermiculatum , au contraire, était composé de cubes de marbre et d’émail qui, s’assou-
PAVEMENTS ANTIQUES
(Thermes du Pont-d’Oly, Basses-Pyrénées.) Dessin de M. Laffolye.
plissant aux contours du dessin, pouvaient représenter toutes les figures de la nature animée et de Pornement ; le mot musivum , dont nous avons fait mosaïque, était réservé spécialement à la mosaïque d’émail, par oppo-
L’ANTIQUITE. ij
sition au lithostrotum. A côté de ces dénominations principales, on en trouve d’autres : Y alexandrinum opus était un genre de sectile , mais à deux couleurs seule-
PAVEMENT ANTIQUE
(Thermes de Pont-d’Oly, Basses-Pyrénées.) Dessin de M. Laffolye.
ment, le noir et le blanc, sur un fond rouge, par exemple ; le mot emblema était quelquefois employé comme l’équivalent de marqueterie en mosaïque; enfin, le cube d’émail s’appelait abaçulus.
Les pavements en mosaïque abondaient dans les édifices publics, les palais et les demeures particulières; Suétone assure que César en ornait le sol de sa tente. Selon la fortune et le goût personnel de celui qui les
PAVEMENTS ANTIQUES
(Thermes de Pont-d’Oly, Basses-Pyrénées.) Dessin de M. Laffolye.
demandait, les mosaïques représentaient des dessins géométriques, de simples ornements, des ornements avec des figures, des scènes de la nature vivante, des sujets de genre, des épisodes de la mythologie, des faits historiques. Les ornements simples, les lettres, la torsade, les lacs, les entrelacs, les oves, les postes, etc., etc., donnent lieu par alternance à dhnnombrables combinai-
sons de lignes et de couleurs. A cause de la facilité du travail et du peu de prétention qu’elles affectent, ces mosaïques sont généralement d’une bonne exécution, les couleurs sont simples et harmonieuses ; deux tons, le noir et le blanc, suffisent au besoin ; avec cinq ou six couleurs, la palette est déjà trop chargée et l’ouvrage en souffre. Nous avons mis en tête de ce chapitre un Salve qui souhaite la bienvenue au visiteur ; il se voit à Pompéi
PAVEMENT ANTIQUE
(Thernaes de Pont-d’Oly, Basses-Pyrénées.) Dessin de M. Lafïolye.
sur le seuil d’une porte. Les pavements de ce genre étaient fort répandus ; les musées français en possèdent, et chaque année de nouveaux morceaux sortent de terre. Nous en donnons une suite trouvée dans le Béarn, aux thermes antiques du Pont-d’Oly, dont toutes les salles étaient ainsi décorées, dans le cimetière de Taron et dans le jardin de l’école des sœurs de Bielle i.
i. Ces localités sont situées près de Pau; le Pont-d’Oly à trois kilomètres, Taron à trente-deux et Bielle à la même distance; les mosaïques ont été dessinées par M. Laffolye, architecte des monuments historiques. Voir pages 12, i3, 14, i5, 16, 17.
Les grands pavements à figures animées, encadrés
(Cimetière de Taron, Basses-Pyrénées.)
Dessin de M. Laffolye,
d'ornements, qui décorent quelques salles du musée du Vatican, présentent de bons spécimens des mosaïques
L'ANTIQUITÉ
romaines, quoiqu’elles ne soient pas antiques en toutes leurs parties et que d’autres aient été composées avec des éléments hétérogènes. La mosaïque de la Salle ronde est un exemple à citer : elle est octogone et comprend huit compartiments entourés d’une grecque; au centre, la tête de Méduse, puis le combat des Centaures et des Lapithes, en couleur, et vers le bord, d’élégants groupes de monstres marins et de néréides tracés en noir. La disposition et les bordures sont modernes; les combats
PAVEMENT ANTIQUE
(Jardin de l’école de Bielle, Basses-Pyrénées ) Dessin de M. Laffolye.
proviennent des thermes de la colonie d’Otriculum, sur la voie Flaminia, tandis que les néréides ont été trouvées à Scrofano, dans la Sabine; mais l’ensemble n’en est pas moins harmonieux, car il a été disposé avec talent et dans le goût antique, par les mosaïstes de la fabrique pontificale.
D’autres mosaïques, destinées à décorer sur le sol de vastes surfaces, empruntaient leur composition, tantôt à, des scènes du cirque et à des épisodes de chasse, oü les gladiateurs et les chasseurs sont de grandeur naturelle,
tantôt à des motifs d’ornement combinés avec des portraits ou des figures allégoriques. Il n’est pas de pays jadis occupé par les Romains , où l’on ne retrouve^
encore de pareilles mosaïques; le nombre en est grand en France et en Algérie. Comme toujours en matière de décoration, la qualité du dessin et de la composition présente les plus grands contrastes: ici les lignes sont incorrectes et molles, ailleurs elles ont la distinction et
L’ANTIQUITE
l’énergie. Le Bellérophon 1 du musée de Saint-Germain en Laye est un bon ouvrage de ce genre; la mosaïque a été trouvée à Autun ; elle était entourée d’ornements destinés à recouvrir une grande salle, mais dont les
LES COLOMBES DE PL (Musée du Capitole.)
motifs sont étrangers au médaillon central dont nous donnons le dessin.
Il n’est pas de mosaïque antique plus célèbre que les « Colombes de Pline ». L’illustre historien dont elle a pris le nom décrit ainsi l’ouvrage du Grec Sosus : a II
i. Le Bellérophon a été récemment mis en place et restauré par M. Poggesi, chef de l’atelier de mosaïque de l’administration des Beaux-Arts ; pendant les travaux, nous avons pu constater que la mosaïque a été retouchée trois fois au moins et cela dans l’antiquité, ce qui prouvé qu’elle a été transportée à diverses reprises.
fit à Pergame l’asarotos æcos. On la nomme ainsi parce qu’il y avait représenté, en petits cubes teints en couleurs variées, les débris d’un repas qu’on a coutume d’enlever avec un balai, et qui semblent y avoir été laissés. On y