Voir les vie, vn% vme et ixe siècles
LE DIXIÈME ET LE ONZIEME SIECLE. ioj
s’appliqua à faire instruire des enfants du monastère en ces deux arts; et il ne s’en tint pas à ces deux-là seulement, il
(Église de Sordes, Landes. Dessin de M. Laffolye.)
fit former parmi les siens de très studieux ouvriers dans toutes les œuvres qui emploient l’or ou l’argent, l’airain, le fer, le verre, l’ivoire, le bois, le gypse ou la pierre.
Il n’existe plus aucune trace des mosaïques du Mont- Gassin, on ne peut donc en estimer la valeur. Dès le xe siècle, quelques mosaïques avaient été placées dans Saint-Marc de Venise, notamment à l’intérieur, au-dessus de la porte d’entrée, où' l’on voit encore le Christ entre la Madone et l’éponyme. Le doge Domenico Selvo (1071-1084) fit placer des représentations de la Genèse dans le porche d’entrée et quelques figures sur la voûte de la grande coupole; ces travaux furent le point de départ de l’entreprise dont Saint-Marc va être l’objet pendant plusieurs siècles. Le premier pavement de l’église est aussi de cette époque; nous ne pouvons décrire l’infinie variété de ses ornements, rinceaux, guirlandes, vases, animaux, etc. ; d’une grande magnificence de couleur et de composition, il fut promptement détérioré et a été en réparation constante. Murano voulut avoir à Santa-Maria-e-Donato de semblables parures, et au xvic siècle le cardinal Duprat en rapporta une d’Italie qu’il fit placer dans le chœur de Saint-Benoît-sur-Loire.
Quelle influence vont avoir ces Grecs, appelés par l’abbé Didier? Pour la mesurer, il faut examiner l’état des arts en Orient, à la fin du ixe siècle. L’école fondée par Constantin le Grand avait été féconde; sous Justinien, elle arrive à son apogée; au ixe siècle, elle produit encore des œuvres très supérieures à celles de l’Italie, mais déjà le goût du faste commence à l’envahir; au siècle suivant, le corps devient maigre et décharné, le geste brusque, l’expression sévère, -les plis droits et parallèles ; les personnages n’ont plus de souffle, ils sont figés; chose étrange, ils prennent l’allure des figures que Rome vit apparaître, au vmc et au ixe siècle, sur les
murs de ses églises! Le grand art disparaît; plus de grandes sculptures, plus de grandes décorations, mais des ivoires, des émaux, des ciselures, des bas-reliefs au repoussé, des objers de sainteté, des miniatures, des
PAVEMENTS DU XIe SIECLE.
(Eglise de Sordes, Landes. Dessin de M. Laffolye.)
mosaïques portatives qui reflètent dans leurs dimensions restreintes le type momifié et l’absence du principe vital. S’il est vrai que la mosaïque du musée du Louvre 1 est de la fin du xieou du commencement du xn0 siècle, c’est
i. Salles Sauvageot, N° 3^i.
qu’alors cet ouvrage est une exception; il représente la Transfiguration; le Christ est placé dans un ovoïde, Moïse et Elie sont à ses côtés, et plus bas, Pierre, Jacques et Jean ; le sujet est indiqué par l'inscription H METAMOP<I>OCIC, (la Transfiguration) et par le monogramme du Christ IC XC. Le travail est délicat, les cubes des carnations ont à peine un demi-millimètre, les autres le double, et les figures ne dépassent pas om,25 en hauteur; quelques-unes ont un beau caractère, d'autres ont été retouchées; une sorte d’enduit recouvre toute la surface et lui donne l’aspect plutôt d’une cire peinte que d’une mosaïque. Cet état permet de faire des réserves sur la date et la sincérité du travail.
Toutefois, les Grecs avaient conservé la pratique matérielle; ils savaient fondre les émaux, préparer le ciment, disposer les cubes, tandis qu’en Italie ces procédés étaient perdus. L’Italie était, depuis deux cents ans, dans le plus triste état ; on attendait la fin du monde pour l’an 1000; le découragement était extrême, il n’y a rien de surprenant à voir un métier qui n’est pas de première nécessité disparaître dans de semblables conditions, et on pourrait sans peine en citer qui ont eu le même sort en des temps plus prospères. Les Grecs apportèrent donc les procédés et, avec eux, une certaine facture que nous allons trouver dans quelques-unes des nombreuses mosaïques du xne siècle ; mais, à peine en possession du métier, les mosaïstes italiens vont reprendre les traditions que le manque de sécurité et de confiance avait fait oublier.
L’Église de Sainte-Marie-en-Transtevère a rome. — La Cathédrale Santa- Maria a Torcello. — Saint-Marc de Venise. — La Sicile : Sainte-Marie-de-l’Amiral, la Chapelle palatine, la Cathédrale de Montreale. — l’Église de la Nativité a Bethléem. — France : l’abbaye de Saint-Denis, l’Église d’Ainay a Lyon. — Les Arabes.
Le pape Innocent II (ii3o-ii43) reprit à Rome les décorations en mosaïque abandonnées depuis Pan 824, en ordonnant d’importants travaux à la basilique de Sainte-Marie-en-Transtevère. L’église avait été fondée en 224, par Calixte Ier; c’est, dit-on, le premier édifice public consacré, dans Rome, au culte nouveau; il fut établi dans une maison, Tabernameritoria , sorte de lieu de retraite pour les invalides de la guerre, concédée aux chrétiens par l’empereur Alexandre Sévère.
La décoration du xne siècle — car il y en a une du xive, dont il sera également question — comprend la façade, l’arc triomphal placé dans l’intérieur devant l’abside et la voûte demi-sphérique de cette abside. Sur
. io8
la façade on voit Marie assise sur un trône et allaitant l1 Enfant ; à sa droite, cinq femmes debout, la couronne sur la tête, portent des lampes allumées; à gauche, un même nombre de femmes sont dans une situation semblable; deux seulement sont sans couronnes et avec des lampes éteintes. C’est évidemment par erreur que les lampes de gauche ne sont pas toutes sans flammes, car dans la parabole des vierges sages et des vierges folles, qui est le sujet de la composition1, il est dit que les cinq qui étaient folles, ayant pris leurs lampes, ne prirent pas d’huile avec elles. La voûte de l’abside montre Jésus et Marie sur un trône, ayant à leurs côtés : le pape Calixte Ier, saint Laurent tenant une croix, le pape Innocent II, saint Pierre, les papes Cornélius et Jules Ier, et enfin un prêtre nommé Calepodius ; les villes de Jérusalem et de Bethléem sont figurées sur la bande inférieure, ainsi que les douze brebis; une inscription votive divise les deux parties de la composition. On voit au sommet de l’arc une croix avec les lettres A et fl première et dernière de l’alphabet grec « principium et finis », puis les sept chandeliers et les animaux, symboles des évangélistes ; au-dessous et sur les côtés, les prophètes Isaïe et Jérémie; plus bas, des génies soulèvent une draperie ornée de fleurs et deux colombes voltigent autour d’un vase.
La mosaïque est du plus haut intérêt. Quoique plusieurs parties aient été mal restaurées, l’ouvrage présente un ensemble simple et monumental ; les figures sont
i. M. de Rossi estime qu’il y a lieu de regarder les femmes, non comme les vierges de la parabole, mais comme le cortège des bienheureuses escortant la Vierge.
souples et vraies, les attitudes dignes, « les jeunes femmes ne manquent ni de charme ni d’élégance » ; « la pose de la Vierge est vraiment belle et son visage, d’une suavité toute chrétienne, a presque la pureté d'une tête antique1 ». La question se pose de savoir quels sont les auteurs de cet ouvrage, qui surgit à Rome après trois siècles de néant. A défaut d’autres, on a cité les Grecs, mais l’hypothèse n’est qu’un expédient. Les Grecs d’alors étaient incapables d’exécuter une œuvre semblable. Il ne nous en coûte pas d’admettre que le génie latin s’est manifesté là, comme jadis à Sainte-Pudentienne de Rome et à Saint-Apollinaire-Nuovo de Ravenne; peut-être un jour la science découvrira-t-elle l’incubation et fera-t-elle connaître les noms de ces maîtres italiens qui ont repoussé les tristes modèles du ixe siècle, pour ouvrir Père destinée à être bientôt la plus mémorable de l’histoire de la mosaïque.
Les absides de Saint-Chrysogone et de Sainte-Françoise-Romaine sont aussi du xne siècle; on a cru d’abord que cette dernière était du ixe, mais de récents travaux ont prouvé le contraire 2 ; nous le regrettons, car le visage de la Vierge est d’une laideur que la richesse du costume fait ressortir davantage. A Saint-Chrysogone, c’est la Madone entre l’éponyme et saint Jacques; à Sainte- Françoise-Romaine, c’est la Madone et l’Enfant entourés des apôtres Jean, Jacques, André et Pierre. Tous les personnages sont encadrés dans des colonnes surmontées d’arcs à plein cintre; au sommet de la voûte, un vélarium en forme de coquille est figuré à la place