VELARIUM ET PARTIE DU TORE
(Église ce Sainte-Françoke-Romaine, à Rome, xne siècle.)
sphérique est recouverte d’or, sans aucun ornement; dans l’axe, la Madone en robe bleue avec l’Enfant, se dresse longue et mince; en cette solitude, sur ce fond d’or uni, elle prend un aspect étrangement mystique et d’une extrême dignité. C’est, croyons-nous, le seul cas d’une figure isolée plaquée debout contre une voûte absidale ; l’exemple est à méditer et pourrait être suivi. L’artiste a exagéré en longueur la déformation nécessaire aux figures destinées à des surfaces courbes ; il a ainsi obtenu un effet conventionnel d’une haute et austère élé-
gance. La cathédrale de Santa-Maria donne lieu à un parallèle entre une composition où les personnages et les détails abondent, où les scènes sont accotées et superposées et une pensée concentrée sur une figure seule, c’est-à-dire réduite à l’expression la plus simple; l’image de la Vierge l’emporte de beaucoup et laisse dans le souvenir une trace profonde; on la retrouve sans effort, tandis que l’esprit se perd à reconstituer les actions compliquées du Nouveau Testament. C’est que l’art décoratif et la mosaïque plus encore que la peinture, à cause de la puissance des matériaux, trouve son essence dans la sobriété et le calme dont l’antiquité classique nous a donné de si nobles exemples. Dans la petite abside d’une nef latérale de l’église, un Christ en mosaïque, assis sur un trône somptueux, bénit à la façon grecque; deux anges se tiennent à ses côtés, au-dessous, quatre saints, avec le geste de la bénédiction, sont debout sur un terrain vert. Torcello est peu visitée ; c’est cependant un des coins de la terre d’Italie que le hasard des temps a ménagés pour l’étude. La -cathédrale, élevée au vne siècle, a été reconstruite en 1008, ainsi que le baptistère; l’église San-Fosca est duxne; ces trois édifices sont maintenant, avec une maison et deux chaumières, les seuls qui restent debout dans Pile. Le territoire était autrefois entièrement bâti et les monuments prouvent son ancienne richesse.
Venise ne pouvait demeurer en retard sur Torcello. Les mosaïstes de Saint-Marc exécutèrent, pendant le xne siècle, l’histoire du patron de l’église dans la chapelle Zénon; le Christ, Marie, Salomon, David et les prophètes sont sur la coupole du chœur; le Père Éter-
nel et les saints dans l'abside; le Saint-Esprit dans la première coupole; les évangélistes et les fleuves du paradis, dans les angles de la grande coupole; la figure de saint Clément, dans la chapelle de ce nom et, audessus de la porte, Caïn et Abel; ce dernier sujet a été fait en 1 1 5g, par Pétrus. On retrouve la manière grecque dans la partie de ces ouvrages qui n'a été ni remplacée ni restaurée.
Pendant ce même temps, à l'autre extrémité de la péninsule, en Sicile, la mosaïque prenait un magnifique essor. L’île, successivement dominée par les Grecs, les Arabes et les Latins, était alors sous le sceptre de Roger II (iio5-ii54), le fondateur du royaume des Deux- Siciles. Les trois races se retrouvent dans les monuments de l’époque, à Sainte-Marie-de-l'Amiral, à la chapelle Palatine et à la cathédrale de Montreale. Dans Sainte- Marie, qu'on nomme aujourd'hui la Martonara, il ne reste que deux mosaïques qui forment tableaux d'autel; elles donnent le portrait de l'amiral George d'Antioche, fondateur de l’église, prosterné devant la Vierge, et celui du roi Roger, couronné par le Christ. La chapelle Palatine offre autant de variété que de richesse; le pavement du sol et le revêtement inférieur des murs sont en marbre blanc, incrusté d'ornements et de fleurs ornemanisées en pierres de couleur. Les mosaïques en émaux recouvrent entièrement la voûte de l’abside principale et celles des petites nefs, les murs, les tympans et les arcades. Les scènes sont tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament; elles montrent la naissance du Christ, sa vie, sa mort; sur la voûte absidale, la figure du Sauveur, « plus grande, plus imposante que celles
qui l’entourent, est combinée pour produire sur l’âme l’effet d’une apparition miraculeuse1 » ; au-dessous se tient la Vierge et à ses côtés Marie-Madeleine, les apôtres Pierre et Jacques et saint Jean-Baptiste; les personnages sont plus grands que nature. Au point le plus élevé de la coupole, c’est encore l’image du Christ, avec un cortège de séraphins et d’archanges, qui domine David, Salomon, Zacharie et les évangélistes. Les artistes grecs et les artistes latins ont travaillé à ces ouvrages, mais l’influence latine y est prépondérante. Nous ne pouvons tenter la description, même sommaire, des mosaïques du dôme de Montreale. Les trois nefs, les transepts et le chœur de la cathédrale sont complètement revêtus d’une décoration qui ne comprend pas moins de 1.10 personnages isolés debout, de i38 médaillons et de 134 tableaux, dont quelques-uns mettent en scène jusqu’à quinze personnages. C’est toute l’histoire de l’Ancien et du NouveauTestament,qui se développe sur un fond d’or coupé, selon les besoins de la composition, par des motifs d’architecture, des eaux, des terrains, des rinceaux et des plantes conventionnelles. L’aspect général est éblouissant, mais une observation plus attentive découvre bien vite de sérieuses imperfections; les nus présentent des parties décharnées et d’autres gonflées, au contraire, d’une manière exagérée; les têtes sont généralement trop grosses, les draperies tourmentées et mal plissées,' et, dans un grand nombre de scènes, les figures sont dans un mouvement trop accentué pour le sujet; d’ailleurs, les personnages isolés, ou ceux qui, dans