Voir pages
des vitraux incolores. Les couleurs sont posées par aplats comme dans les revêtements de faïence persane, dont la mosaïque des fenêtres rappelle parfois le
EMBRASURE DE FENÊTRES
(Basilique de Saint-Jean-de-Latran, xme siècle.) Dessin d’après des estampages.
style; les feuilles sont en partie vertes, en partie bleues, les tiges de même — les couleurs étant toujours en opposition, — les repliés rouges, les côtes médianes blan-
HJ
ches. Comme les feuilles et les tiges, les fleurs sont ornemanisées et conventionnelles, et tout en adoptant le parti des corolles blanches, le mosaïste pique un smalte
EMBRASURE DE FENÊTRES
(Basilique de Saint-J ean-de-Latran, xme siècle.) Dessin d’après des estampages.
bleu, au hasard de la main, quand la fantaisie l’inspire. Du reste, dans l’abside de Saint-Jean, l'ornement joue un rôle effacé. Torriti le réserve aux ébrasements, aux
bordures et aux angles arrondis de tradition dans la mosaïque, il n’en a point voulu dans son motif principal et a négligé ce moyen souvent employé par
„ EMBRASURE DE FENÊTRES
( Basilique de ,Saint-Jean-de-Latran , xme siècle.) Dessin d’après des estampages.
ses prédécesseurs. C’est que Torriti est un maître, il connaît la puissance de la mosaïque décorative, il sait qu’elle trouve sa force dans l’unité de l’effet, qui résulte
1 kS
de la division raisonnée de l’espace, de l’harmonie dans l’ordonnance et de la simplicité dans l’exécution. L’humble moine franciscain a compris ces principes
EMBRASURE DE FENÊTRES
(Basilique de Saint-Jean-de-Latran, xme siècle.) Dessin d'après des estampages.
immuables du grand art décoratif, il les a appliqués avec une science profonde; c’est justice de montrer son œuvre dans les plus belles qu’ait enfantées le génie ita-
IO
lien avant la Renaissance, et de citer son nom parmi les précurseurs de Fart moderne.
LesCosmati forment une famille de mosaïstes romains qui a laissé de très bons ouvrages. Laurent et son fils Jacques décorèrent le portail de l’église de Civita Castellana ; un autre enfant de Laurent, nommé Lucas, travailla à l’église Sainte-Scholastique de Subiaco et dans le dôme d’Anagni. A Rome, Jacques et son fils posèrent un médaillon dans la façade de la maison de la Trinité située sur le Célius : le Christ attire à lui deux captifs chargés de fers; l’un est blanc, Tautre est noir. Le tombeau du cardinal Consalvo Rodrigo, à Sainte-Marie-Majeure, est orné d’un tableau votif avec la vierge, Mathias, Jérôme et le cardinal ; la mosaïque est de « Jean, fils de maître Cosme, citoyen romain». Un autre tableau votif décore le monument élevé à la mémoire de Guillaume Durante, évêque de Mende, dans l’église Sainte-Marie-sur-Minerve; il montre Marie avec l’Enfant, saint Privât, saint Dominique et l’évêque; « Jean, fils de maître Cosmati, a fait cet ouvrage », dit une inscription. Le style des Cosmati est souple et la mosaïque toujours bien traitée; il est regrettable qu’ils n’aient pas obtenu dans Rome déplus importantes commandes; c’étaient des artistes.
Le siècle, près de finir, s’arrête sur un nom immortel, Giotto Le grand artiste est appelé à Rome, en 1298, pour exécuter sous le portique de Saint-Pierre la fameuse Navicella; la mosaïque que l’on voit aujourd’hui n’en est qu’une pâle reproduction et ne nous permet pas de juger l’œuvre du maître florentin ; elle a été faite d’après un dessin du chevalier Bernin, par Orazio Manetti, vers 1673; une copie de l’ouvrage, exécutée par Beretta,
se trouve dans Téglise Sainte-Marie-de-la-Conception. Nous nous contenterons de reproduire les textes.
Giotto, dit Vasari, est aussi l'auteur de la mosaïque de la Nacelle qui est au-dessus des trois portes du portique de Saint-Pierre sur l'Atrium, œuvre merveilleuse et justement appréciée de tous les amis de l'art. Outre la correction du dessin, on y admire l'attitude des Apôtres qui luttent contre la tempête. Les vents enflent une voile qui est rendue avec une vérité inimaginable. Le pinceau le plus délicat obtiendrait difficilement les jeux de lumière et d'ombre que Giotto y produisit avec de simples morceaux de verre. Un pêcheur à la ligne, placé sur un rocher, montre sur son visage toute la patience qu'exige cet exercice, ainsi que l'espoir et l'envie de prendre quelques poissons.
Le chanoine Torrigio, dans son livre écrit en 1639, donne aussi quelques détails :
Jacques Stefaneschi, neveu de BonifaceVIII et petit-neveu de Nicolas III, homme lettré et de bien, chanoine de Saint- Pierre, fit faire par un très fameux maître de ces temps, appelé Jotto Florentin, une nacelle de mosaïque qui représente quand, les Apôtres naviguant et voyant le Christ marcher sur les eaux, saint Pierre se jeta hors de la barque pour
aller à sa rencontre Cette nacelle coûta à ce cardinal
Stefaneschi deux mille deux cents florins, comme il est noté dans le livre des bienfaiteurs de cette basilique, écrit sur parchemin, en la bibliothèque, au folio 87.
Baldinucci, qui vivait au milieu du xvne siècle, raconte les péripéties de la mosaïque :
On la voyait autrefois dans le paradis ou l'atrium de la basilique, ainsi que nous l'avons dit. Paul V la fit transporter dans la muraille au-dessus de l'escalier, le 24 août 1617, avec l'aide de Marcello Provenzale da Cento, qui refit de sa main la figure du pêcheur, avec d'autres dans l'air et la restaura en quelques places Mais, comme en cet endroit elle était
exposée à l'inclémence de Pair et se détruisait, le 12 juin i63g, Urbain VIII la fit transporter dans Pintérieur de Péglise, audessus de la porte majeure, où une autre inscription indiquait le nom du peintre et celui du pontife. Ensuite la mosaïque fut reportée par Innocent X au lieu où elle avait auparavant été placée par Paul V. Plus tard, Alexandre VII, ayant fait les nouveaux portiques, la fit lever. Cette œuvre vénérable était réduite au dernier degré de son existence et déjà s'en était allée se consumant peu à peu, quand Clément X, de sainte mémoire, la fit restaurer de la main d'Orazio Manetti Sabin, ou pour mieux dire, refaire en entier, pour la placer, d'après le dessin du cav. Lorenzo
Bernini , au-dessus de la porte du milieu, en dedans, en
entrant dans le portique, exactement en face de la grande porte d'entrée de Saint-Pierre.
Ce récit ne témoigne guère en faveur des mosaïstes du xviie siècle. Le Provenzale avait cependant fait d’importants travaux dans la coupole de Saint-Pierre; il ne réussit qu’à donner une existence d’une vingtaine d’années à la Nacelle qui, quoi qu’en dise Baldinucci, n’était pas exposée à un climat bien rigoureux. Le mosaïste d’Alexandre VIT fut encore moins heureux, puisque sa restauration ne dura même pas dix ans. Toutes ces dégradations n’ont, en réalité, d’autre motif que la mauvaise qualité du ciment, ce qui prouve que les praticiens étaient des gens peu soigneux. Rien n’est, en effet, plus facile que de composer un ciment solide, soit pour l’intérieur, soit pour l’extérieur. Nous avons rapporté d’Italie un fragment de mosaïque que le marteau peut à peine entamer et qui est resté quatre siècles exposé aux injures du temps. 1
1. J’ai fait don de ce fragment au musée céramique de la manufacture de Sèvres.
On montre dans les grottes de Saint-Pierre un ange en mosaïque attribué à Giotto. Cet ouvrage, pas plus que la Navicella, ne donne la mesure du maître; il est fort probable, du reste, que Giotto se contenta de composer les modèles et d’en surveiller l’exécution. Vasari nomme Cavallini, élève de Giotto, comme ayant travaillé à la Navicella; c’est dans les mosaïques de ce peintre que nous allons trouver l’influence que Giotto a exercée sur l’art dont nous retraçons l’histoire.
La chapelle du palais Colonna possède une mosaïque qui était primitivement dans le couvent de l’Ara- Cœli; elle représente le Christ enfant sur les genoux de sa mère, il bénit Jean Colonna à genoux entre saint François et saint Jean. M. de Rossi a prouvé que la mosaïque était de la fin du xme ou du commencement du xive siècle. L’élégante frise du portique de l’église de Sainte-Cécile est probablement aussi de la même époque.
Pendant ce temps, les mosaïstes de Venise continuent la décoration de Saint-Marc par l’histoire de saint Clément dans le chœur, la madone entre l’éponyme et saint Jean dans le vestibule, et sur la façade par la vue de l’église qui va recevoir les restes de l’évangéliste 1 ; le dôme de Spoleto est décoré par le mosaïste Solferno, et Boniface VIII (i2g4-i3o3) fait mettre son portrait à côté delà madone, de saint Paul et de saint Pierre dans la chapelle d’Abundias de la basilique vaticane. Sur la rive orientale de l’Adriatique, l’église de Parenzo est également embellie d’une mosaïque absidale, représentant la Vierge assise l’Enfant sur les genoux, des anges ailés, des saints et des prélats.
i. Voir le dessin, p. i5o.