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LA DÉDICACE DE L’ÉGLISE

(Façade de l’église Saint-Marc, à Venise, xme siècle.)

Rome : la basilique de Sainte-Marie-Majeure, Torriti, Gaddo Gaddi, Rusuti, l'église Sainte-Mabie-en-Trans- TEVÈRE, PlETRO CAVALLINI. — PlSE. — SIENNE. — ORVIETO,

Venise. — L'Italie méridionale. — La Bohême.

Les travaux se succèdent sans interruption de la fin du xme au commencement du xive siècle, et quelquesuns peuvent être datés aussi bien d’un siècle que de l’autre; c’est le cas de la grande mosaïque absidale de Sainte- Marie- Majeure, commencée sous Nicolas IV (1288-1294) par Torriti et achevée dix ou douze ans après. Elle représente le couronnement de la Vierge et, en une suite de panneaux, divers traits de la vie de Marie. Jésus et la Madone sont assis sur un même trône, le fils tient une couronne sur la tête de sa mère, des choeurs d’archanges sont à genoux; près d’eux, le pape Nicolas IV et le cardinal Jacques Colonna; derrière le pape, Saint Pierre, Paul et François d’ Assise; derrière le cardinal, Jean-Baptiste, Jean l’évangéliste et Antoine de Padoue ; sur le fond, de grands enroulements feuillus peuplés de légers animaux, se développent au-dessus

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des personnages; en avant sont figurés, comme à Saint- Jean, le fleuve de la Terre-Sainte et les enfants, les cerfs et les oiseaux, souvenirs de l’antiquité ; le franciscain a signé « Jacques deTorriti a fait cet ouvrage de mosaïque. » Entre les fenêtres, au bas de la voûte, Gaddo Gaddi a terminé, après i3o7, sept compositions : la Purification d’Anne, mère de Marie, l’Annonciation, la Nativité, la Mort de la Vierge, l’Adoration des rois mages, la Purification de Marie, Siméon. La plus intéressante de ces compositions est la Mort de la Vierge : Marie est étendue mourante; le Christ lui apparaît entouré des anges et de ceux qui résident au ciel ; il porte dans ses bras un jeune enfant qui symbolise l’âme de sa mère. Il se pourrait cependant que toute la décoration de l’abside* ne fût pas de l’invention de Torriti et de Gaddo, et que le fond de rinceaux et d’enroulements datât du ve siècle. Elle est bien dans le goût de la chapelle des Saintes- Rufine-et-Seconde et du mausolée de Galla Placidia, mais avec plus de richesse; Raphaël, qui aimait à s’inspirer de la décoration antique, en a pris copie et a peint quelques-uns de ces motifs dans les loges du Vatican.

La façade de la basilique forme une surface droite au-dessus du portique, ce qui a permis de superposer en étages les sujets de la mosaïque comme sur le narthex de Torcello. A l’étage supérieur le Christ, vêtu d’une tunique rouge aux lumières d’or et d’une toge en drap d’or, est assis sur un trône somptueux au centre d’une gloire bleue étoilée d’or; il bénit de la droite et de la gauche, tient un livre ouvert sur les mots EGO SVM LVX MVNDI QVI, alternativement blancs et rouges. Deux anges thuriféraires, deux autres portant

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des flambeaux, plus loin les symboles des évangélistes entourent le Christ en battant des ailes; Marie, Jean-

Par P. Rusuti.

(Façade de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, xive siècle.)

Baptiste, Pierre, André et Mathieu se tiennent debout par groupes égaux aux côtés du Maître. La mosaïque est signée Philippe Rusuti, dont on ne connaît que cet excellent ouvrage; celle du bas appartient à Gaddo Gaddi, en partie du moins au dire de Vasari : « et aidant à finir quelques histoires de mosaïque qui sont à la façade de Sainte-Marie-Majeure, il améliora d’autant le style et s’éloigna de la manière grecque qui n’avait en soi rien de bon. »

Vasari a judicieusement employé les mots « quelques histoires », car c’est en effet l’histoire de la fondation de la basilique que Gaddo Gaddi a retracée dans sa composition divisée en quatre grands compartiments. Le premier montre le pape Libérius dormant habillé sur un lit, dans une chambre à colonnes tendue d’une draperie rouge; un homme assis à terre veille sur le pontife; la Vierge apparaît au pape et lui ordonne de bâtir une église sur la colline, à l’endroit couvert de neige; le dessin que nous reproduisons 1 indique la manière, qui est identique pour les quatre sujets. Le même motif revient dans le compartiment suivant, avec cette différence qu’au lieu du pape c’est le patricien Jean qui est couché et qu’une femme remplace l’homme qui veille. La troisième scène représente le pape dans un palais; il écoute le récit que lui fait Jean de sa vision. Dans le quatrième compartiment, le Christ et la Vierge font tomber une neige abondante sur la terre; le pape, entouré d’un cortège de prélats, de femmes et d’enfants, trace le plan de la basilique libérienne. On voit que le

i. Voir le dessin, page 1 5 5.

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LE RÊVE DU PAPE LIBERIUS Par Gaddo Gaddi.

I Façade de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, xivc siècle.)

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parti de Gaddo Gaddi est bien différent de celui de Rusuti. Rusuti se borne à une composition simple, bien pondérée, dans le genre de celles de Torriti, tandis que Gaddo se plaît à multiplier les motifs ; il aime les détails et les accessoires; il reprend la disposition observée au ve siècle dans l’attique de la basilique, à Ravenne et plus tard en Sicile, de diviser l’espace en compartiménts, d’où la nécessité de traiter les sujets d’une façon plus étroite et plus humaine; ce sont des tableaux d’histoire dans des cadres restreints; le caractère hiératique subsiste cependant encore, mais il ne jaillit plus spontanément, il ne s’impose plus à première vue, comme dans les ouvrages de Jacobo Torriti et dans celui de Rusuti son contemporain. Gaddo Gaddi n’a plus la même ampleur, il voit moins grand, il est plus prosaïque; au lieu d’un couronnement de la Vierge avec un cortège d’archanges et de saints en extase se détachant d’un fond somptueusement décoré de motifs conventionnels, c’est un pape qui dort dans un lit recouvert d’une chaude couverture; la Madone, dont la présencedoitmarquer l’idéal, ne figure qu’à l’état d’accessoire nécessaire à l’explication du rêve ; c’est Gaddo qui inaugure ce genre dans lequel Cavallini va bientôt exceller. Gaddo Gaddi eut aussi mission, selon Vasari, de terminer les mosaïques laissées inachevées par Torriti dans l’intérieur de Saint- Pierre. Il entreprit seul le Christ et les nombreuses figures de la façade (ces mosaïques furent détruites lors de la démolition), puis il fut mandé à Arezzo par les Tarlati, seigneurs de Piétramola, et couvrit de mosaïques la voûte de la cathédrale qui s’écroula vers 1495.

Sur le sol de l’église Sainte-Sabine, on remarque une

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pierre tombale figurant en mosaïque le général des Dominicains, Munio de Zamora, mort en i3oo. Le moine est étendu sur le dos, les mains jointes, les yeux fermés.

Les dernières mosaïques romaines du xive siècle se trouvent à Sainte-Marié de Transtevère, dans l’enceinte de la meme église où l’art, dégagé d’une étreinte barbare, se manifesta quatre siècles auparavant. Pietro Cavallini, artiste romain, fut chargé, en i35i, de décorer la partie inférieure de l’abside. L’œuvre ne présentait pas de grandes difficultés ; la surface, assez peu élevée au-dessus du sol, était en partie seulement circulaire et n’exigeait pas, comme la voûte et son arc, une division de l’espace en hauteur. Cavallini la coupa en six compartiments égaux, et dans chacun représenta un épisode de la vie de la Vierge : la Naissance, l’Annonciation, la Nativité du Christ, l’Adoration des Mages, la Présentation au temple, la Mort de la Vierge. Dans la Naissance, une femme, assise près du lit sur lequel sainte Anne est couchée, soutient l’enfant et trempe sa main dans l’eau du bain où le nouveau né va être plongé. La mort de la Vierge est symbolisée d’une façon moins vulgaire : au moment d’expirer, le Christ lui apparaît, tenant dans ses bras un jeune enfant. Déjà, à Sainte- Marie-Majeure, nous avons vu la même pensée. Le tableau de la Nativité est un mélange du ciel et de la terre; des anges ailés planent au-dessus de la Vierge couchée sur un matelas au-devant d’une grotte où l’on voit un bœuf et un âne; une toute petite maison est placée sous la Vierge; on serait fort en peine d’expliquer le but de cette construction, qui ne se rapporte en rien au sujet, sans l’inscription « Taberna meritoria », qui était le

nom d’un hôtel des Invalides existant sous l’Empire sur l’emplacement de l’église. Au-dessus du trône épiscopal derrière l’autel, Cavallini a exécuté encore une mosaïque commandée par le seigneur Bertolde* Dans une gloire bordée d’un quadrillage d’émaux rouges, bleus et blancs, la Madone, revêtue d’une robe bleue ornée de franges dorées, tient sur ses genoux Jésus habillé d’un vêtement rouge aux lumières d’or; saint Pierre et saint Paul sont debout aux côtés de l’image; Paul tient l’épée haute et Pierre appuie la' main sur la tête du donateur Bertolde agenouillé. Nous reproduisons la partie centrale de la mosaïque1; la Vierge donne exactement le type de la Madone au milieu du xive siècle; la figure de l’enfant a été refaite et modernisée maladroitement.

Cavallini, élève de Giotto, était peintre et sculpteur. Vasari, rapportant qu’il orna la façade de Saint-Paul-horsles-Murs et la nef du milieu d’une foule de sujets en mosaïque tirés de l’Ancien Testament, ajoute « qu’il affectionna l’ancienne manière grecque, qu’il mêla au style de Giotto .» Cela est possible à Saint-Paul, nous ne pouvons en juger, car la reproduction moderne des mosaïques détruites dans l’incendie de 1823 est des plus médiocres. Mais il est certain qu’à Sainte-Marie-en- Transtevère, Cavallini n’est plus que l’élève fidèle de Giotto. Il coupe la décoration en compartiments, comme l’a fait Giotto en i3o4 dans la chapelle mortuaire de la Madone de l’Aréna de Padoue; il groupe de même ses personnages et leur donne une semblable attitude; il prend le geste et l’expression dans la nature et non plus

i. Voir page 1 59.

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dans la convention; pourtant il esf moins distingué que le maître dans les détails quelquefois trop affectés. Ce n’est plus un mosaïste de pur sang, et voici où se révèle

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