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LA MADONE ET L’ENFANT

, Par Cavallini.

(Église Sainte-Marie-en-Transtevère, à Rome, xive siècle).

Tinfluence giottesque dans la mosaïque ; c’est un peintre qui convertit une fresque en mosaïque; il garde le caractère de la peinture, mais au lieu de la fixer avec des

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couleurs liquides, il l’incruste dans le mur au moyen des smaltes, C’est une nouvelle école qui, encore excellente au début, portera bientôt des fruits sans saveur et hâtera ainsi la chute de la grande mosaïque décorative.

De nombreux ouvrages de mosaïque furent exécutés en dehors de l’enceinte de Rome, au cours du xive siècle. Nous avons déjà dit que Vicino acheva, en i32i, à Pise, les figures de son maître Gaddo Gaddi ; Andréa, fils de Mino, et plus tard Michèle Memmi travaillèrent au dôme de Sienne; à Orvieto, deux moines, Cecco Vanni et Francesco, décorèrent la cathédrale, dans laquelle paraît avoir travaillé aussi Jacques Cosmas, de la famille des Cosmati ; un autre mosaïste, Déodato Cosmas, a signé en i332 les mosaïques ornementales de l’église de Teramo ; à Saint-Marc de Venise, le doge Andréa Dandolo fit représenter dans la chapelle de Saint-Isidore la vie du saint et l’arrivée de son corps à Venise; dans le sud de l’Italie, on peut signaler une Madone dans la chapelle de Sainte-Restituta à Naples, quelques travaux secondaires à Ravello et des œuvres excellentes dans la cathédrale de Salerne.

Plusieurs mosaïstes italiens furent appelés en Bohême par l’empereur Charles IV. Ils représentèrent dans la cathédrale de Saint'Veit, à Prague, le Jugement dernier, où figurent l’empereur et sa femme avec les six patrons de la Bohême; de là, ils passèrent en Prusse où ils firent, à Marienwerder, le martyre de Jean l’Évangéliste et à Marienburg, une colossale figure de la Vierge. Ces tentatives restèrent stériles, comme celles de Charlemagne, et la mosaïque ne put s’acclimater ni en Bohême ni en Allemagne.

Rome. — Venise. — Florence : Baldovinetti, Domenico, David et Ridolfo Ghirlandaio.

Les grandes entreprises de mosaïques sont arrêtées à Rome; elles ne seront reprises qu’au siècle suivant, et surtout après la reconstruction delà basilique vaticane; cependant Nicolas V (1447-1455) et ses successeurs firent exécuter quelques réparations dans Saint-Pierre> ainsi que l’abside d’une chapelle; une figure de l’éponyme, qui date de ce temps, se trouve encore dans les grottes de l’église.

A Venise, Michèle Giambono, ou Zambono, représenta, en 1430, les faits de la vie de la Vierge, dans la chapelle dei Mascoli, à Saint-Marc; le carton est de l’invention du mosaïste, qui était un peintre distingué. C’est le meilleur ouvrage de Saint-Marc. Sylvester, Antonius, Petrus et Lazarus exécutèrent des figures isolées, dont quelques-unes se voient encore dans l’église1.

1. Les mosaïques de Saint-Marc sont décrites en partie dans le chapitre consacré au xvie siècle.

Florence eut, pendant le xve siècle, une série de mosaïstes dont les travaux sont à noter, sans avoir l’ampleur et l’importance de ceux de Venise et de Rome; les artistes toscans ont ceci de particulier qu’ils ne sont pas mosaïstes de profession; ce sont des peintres, des miniaturistes et des orfèvres qui, selon l’excellente coutume du temps , cultivaient plusieurs arts à la fois. Vasari nous tient au courant de leurs ouvrages, mais il en parle avec exagération, comme il fera des maîtres vénitiens; en réalité, ces mosaïques ont un certain caractère de finesse et d’élégance qui contraste singulièrement avec les figures étranges du baptistère de Saint- Jean; mais déjà elles sont trop minutieuses, trop détaillées, et ont perdu la franchise d’exécution des ouvrages des trecentisti l.

Peselli , peintre d’histoire et d’animaux, de son vrai nom Giuliano d’Arrigo, décora, en 1416, le tabernacle de l’église Or-San-Michele, à Florence. Alesso Baldovinetti (1425-1499), également peintre d’histoire, voulant faire de la mosaïque, s’était mis à la recherche des procédés de cuisson des émaux; il allait y renoncer, lorsqu’un Allemand lui en donna les formules. Baldovinetti exécuta, en 1455, au baptistère de Saint-Jean, au-dessus de l’une des portes, la tête du Christ soutenue par des anges, et restaura la voûte du monument, ainsi que les mosaïques de San-Miniato ; il écrivit un livre sur la technique de la mosaïque et des stucs; il acquit la renommée mais non la richesse, et se retira à l’hôpi-

1. On nomme trecentisti, en Italie, les artistes du xive siècle, et uattroceni /♦$*// ceux du xvc,

LE QUINZIÈME SIÈCLE. i6j

tal Saint-Paul, oü il finit ses jours. Baldovinetti fut le maître de Domenico Ghirlandaio (1449-1495), de son nom Corradi , mais surnommé Ghirlandaio à cause de l’invention qu’il fit, comme orfèvre, d’une guirlande très à la mode parmi les femmes de Florence; le célèbre artiste, qui eut la gloire d’être le maître de Michel- Ange, commença dans Notre-Dame-des-Fleurs la décoration en mosaïque de la chapelle Saint-Zénobius; il ne put la terminer à cause de la mort de Laurent de Médicis; l'ouvrage fut repris plus tard par Gherardo, Monte le miniaturiste, Boticelli et David Ghirlandaio. Domenico est l’auteur de l’Annonciation placée au-dessus de la porte du dôme qui conduit aux Servîtes. Vasari est enthousiaste de cet ouvrage; il dit que, malgré le petit nombre de travaux de ce genre que laissa Domenico, la mémoire de cet artiste doit être glorieusement célébrée et cite de lui le mot : x La vera pittura per l’eternita essere il musaico », que nous avons pris pour épigraphe. David, frère de Dominique, « se tourna follement vers la mosaïque » à la mort de son frère , c’est du moins Vasari qui J’affirme; il travailla à Orvieto et à Sienne (1497) et fit l’Annonciation qui est à l’église de l’Annunziata de Florence. Le musée de Cluny possède de lui un ouvrage. La mosaïque représente la Madone sur un trône avec l’Enfant et deux anges en adoration; elle a été achetée à l’auteur, non par le roi de France, comme Passure Vasari, mais par le président Jean de Ganai, qui accompagnait Charles VIII, se rendant dans le royaume de Naples pour le conquérir. La pièce a été restaurée dans les fonds; on y lisait jadis les mots: Opus magistri Davidis Florentini 14^)6 ; il reste au bas l’inscription

suivante: D. JO. DE GANAI. PRESIDES. PARISIE. P. DE. ITALIA. ATT. PARISIVM. HOC. OPVS. MVS. (Dominus Johannes de Ganai, presidens parisiensis parlementi de Italia attulit Parisium hoc opus musaicum). La mosaïque était placée dans une chapelle de l'église Saint-Merry, à Paris, où est inhumé le président de Ganai; c’est un ouvrage secondaire, d’un style médiocre et d’une coloration obscure, que ne relèvent pas les lumières trop plaquées en blanc. David avait son four à Montaioni, près de Valdera; il produisit un grand nombre de mosaïques, de vitraux, de vases et d’objets céramiques, que lui acheta Laurent le Magnifique. Ridolfo Ghirlandaio, fils de Domenico, s’adonna aussi à la mosaïque, uniquement parce qu’il avait trouvé dans sa maison les outils de son père et de son oncle; il n’y réussit point, car il n’eut pas la patience qu’exige la pratique de cet art; c’est à tort que Vasari lui attribue certains ouvrages. Ce Ridolfo était l’ami de Raphaël qui, à son départ de Florence pour Rome, en i5o8, lui confia le soin de faire la . draperie bleue delà Belle Jardinière du musée du Louvre.

Avec l’aube de la Renaissance a commencé l’agonie de la mosaïque. Pour prolonger sa vie, elle transforme sa manière et se fait peinture, mais c’est en vain; après deux derniers et suprêmes efforts à Saint-Marc de Venise et à Saint-Pierre de Rome, elle s’inclinera définitivement devant sa grande rivale. Déjà, vers la fin du xive siècle, nous avons signalé les premières atteintes du mal; il a persisté durant tout le xve siècle, et ce fut là le caractère de cette période.

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