LE SEIZIÈME
ET
Venise : La cathédrale de Saint-Marc, les mosaïstes Rizzo, Bianchini, Bozza, Marini, Zuccati, Ceccato, Gaetano, etc.; les peintres le Titien, le Tintoret, Salviati, Maffeo Verona, etc. — Rome : la chapelle Chigi a Sainte-Marie-du-Peuple, Raphaël, Luigi di Pace ; l'église Santa-Croce-in-Gerusalem, B. Peruzzi ; l’église Santa-Maria-Scola-Cœli ; commencement des
TRAVAUX DANS LA NOUVELLE BASILIQUE DE SaINT-PïERRE.
L’église de Saint-Marc de Venise a été construite de Pan 977 à Pan 1071, mais la dédicace n’eut lieu qu’en 11 11. Elle affecte la forme de la croix grecque avec cinq coupoles sur pendentifs placés au centre, dans la nef, sur le choeur et dans les deux branches du transept; de larges voûtes en berceau séparent les coupoles; le chœur se termine par une abside hémisphérique ; le prolongement des bas côtés finit également par des absides
demi-circulaires; un vestibule, couvert par une série de coupoles, précède l’entrée sur la place, se prolongeant sur le côté gauche de l’église, jusqu’au transept; il est coupé à droite par deux chapelles; la sacristie est dans un bâtiment hors du plan général. Tout l’intérieur, ainsi que la façade, est recouvert de marbres et de mosaïques à fond d’or et d’inscriptions. L’impression ressentie, en entrant dans l’église, est plus mystique que grandiose; le rêve ouvre ses ailes sous ces voûtes d’or, mais l’esprit n’est pas dominé comme dans nos vieilles cathédrales gothiques. Il nous paraît qu’avec plus de sobriété, les effets eussent été plus puissants. La pensée est déroutée par la profusion des ors et des figures, et retient avec peine quelques-unes des nombreuses scènes que le Sénat fit représenter, autant pour l’instruction des fidèles que pour la décoration de l’église. Les grandes compositions gagnent à être relativement isolées; celle de Sébastien Ricci , qui montre les magistrats de Venise vénérant le corps de saint Marc, n’aurait pas atteint sa juste renommée si, au lieu de décorer la façade, elle se fût trouvée à l’intérieur, et les cartons du Titien, du Tintoret et de Salviati, interprétés par les Bianchini et les Zuccati, Rizo, Marini, etc., seraient mieux compris s’ils étaient dégagés. Mais, le parti étant adopté dès le principe, il fallut le suivre et les administrateurs de Saint-Marc n’y ont point manqué depuis le xie jusqu’au xixe siècle.
Il a suffi de citer les noms des peintres pour caractériser les mosaïques du xvie siècle qui décorent le temple. Que pouvaient faire les mosaïstes en présence de modèles peints par les maîtres de l’école? Les interpréter
SAINT MARC, d’aPRES LE TITIEN Par F. et V. Zuccati
(Eglise de Saint-Marc , à Venise, xvic siècle).
avec fidélité, rien de plus. Les mosaïques, à partir du ■ XVIe siècle, ne sont donc plus que des tableaux fixés dans le mur au moyen des émaux, mais du moins ces .tableaux ont-ils été composés à dessein. Nous trouvons |dans Vasari, nettement exprimée, l’opinion que l’on avait alors du rôle de la mosaïque : elle devait imiter ja peinture; en parlant des travaux des frères Zuccati et de Vincenzo Bianchini , il dit « qu’on ne pourrait vraiment mieux faire avec des couleurs; que de loin les mosaïques paraissent peintes à l’huile ; que les Zuccati (Vasari les appelle à tort les Zuccheri) firent des petits tableaux, pleins de figures, si finement exécutés, qu’on les prend pour des miniatures plutôt que pour un assemblage de pierres » ; que les mêmes artistes « ont aussi produit une quantité de portraits, entre autres ceux de Charles-Quint , de son frère Ferdinand, de l’empereur Maximilien, du cardinal Bembo, du Magnifique
Dans ces deux derniers ouvrages , les chairs , les lumières, les demi-teintes et tous les moindres détails sont traités avec autant de soin qu’on ne saurait imaginer rien de mieux ». Pour Vasari, les mosaïques de Saint- Marc du xvie siècle sont le point culminant; à son avis, jamais on ne fit mieux à Rome et à Florence. De notre temps, après trois siècles, on a changé de manière de voir : on ne veut plus maintenant que les tapisseries et les mosaïques imitent la peinture, on veut qu’elles conservent le caractère décoratif qui leur est propre, et nous pensons qu’on a raison. On trouvera dans la description sommaire que nous donnons des principales mosaïques de Saint-Marc, les noms des peintres qui firent les modèles et ceux des mosaïstes qui les exécu-
tèrent. Vasari assure que la présence et les conseils du Titien furent d'un immense secours à tous ces artistes, et qu'il ne négligea rien pour que les mosaïstes fussent honorablement récompensés. Les récits du temps nous apprennent que ces mosaïstes ne furent pas tous d’une conduite irréprochable, et donnent quelques curieux
LA DESCENTE DE CROIX, D’APRES LE P0RDEN0N2. Par F. et V. Zuccati
( Église de Saint-Marc, à Venise, xvie siècle).
détails sur leurs mœurs et leurs pratiques. Vicenzo Bianchini, entré à l'atelier de mosaïque en 1 5 1 7, fut obligé deux fois d’interrompre ses travaux, par suite de condamnations qui le frappèrent, pour avoir blessé un homme et fabriqué de la fausse monnaie. Les Francesco et Valerio Zuccati, après avoir, vers i53o, été chargés d’importants travaux dans l’atrium, reçurent la commande dès mosaïques qui décorent l’intrados du grand
arc en avant de la première coupole; ils avaient terminé leurs travaux en 1 5 63 , lorsqu’ils furent accusés par Vicenzo et Domenico Bianchini et Bozza d’avoir employé la peinture pour donner plus d’éclat aux mosaïques. Le Sénat s’émut et nomma une commission pour vérifier le fait. Cette commission, composée du Titien, de Paul Véronèse, du Tintoret, de Medula dit le Schiavone, et de Jacopo Pistoja, reconnut des coups de pinceau sur quelques parties des mosaïques, mais constata aussi sous la couleur la présence des cubes d’émail, ayant une égale intensité d’effet; les Zuccati furent condamnés à recommencer à leurs frais les parties peintes. Malgré l’autorité qui s’attache à ce tribunal, le plus illustre qui jamais ait eu à juger une question d’art, nous ne pouvons comprendre son arrêt; du moment, en effet, où la mosaïque existait avec la matière et la coloration voulues, il était inutile de la faire recommencer, il suffisait d’ordonner l’enlèvement des couleurs. Peut-être les juges voulurent-ils donner quelque satisfaction aux rivalités qui existent partout entre artistes, mais qui, à Venise, étaient plus vives qu’ailleurs.
Le Sénat de Venise et les administrateurs de Saint- Marc se préoccupaient beaucoup des travaux de mosaïque et prirent d’utiles mesures dans l’intérêt de leur qualité et de leur conservation. Les mosaïstes furent mis en concurrence; en 1 5 1 7, Mario Luciano Rizzo et Vicenzo Bianchini exécutèrent deux anges, qui furent placés en pendants à l’entrée du sanctuaire, pour permettre de juger leur mérite dans des conditions semblables. Plus tard, en 1 563, on demanda à la célèbre commission de l’expertise de classer les mosaïstes; elle
mit Francesco Zuccato au premier rang et Vincenzo Bianchini au second; Francesco, en effet, était peintre, il avait etc élevé dans l’atelier de son père Sébastien, qui