J. Labarte, Histoire des arts industriels, Paris
4» Le dessin est à la page 3g.
porte une grande croix gemmée; le Christ nimbé 1 est assis sur un trône somptueux; de la main droite il bénit et de la gauche il tient un livre ouvert sur les mots : DOMINVS CONSERVATOR ECCLESIÆ PUDEN-
l’abside de l'église sainte-pudentienne.
(Rome, ivc siècle.)
TIANÆ (le Seigneur conservateur de l’église de Pudentienne); onze personnes, par groupes de cinq et de
i. Le nimbe entoure la tête de la personne; il est généralement en forme de disque; quelquefois le champ du disque a disparu et il ne reste que la circonférence, qui est simple, frangée, ou à plusieurs lisérés; les personnages vivants sont nimbés en carré; les personnes divines portent le nimbe rond crucifère ou à croisillons; le champ .est alors coupé par une sorte de croix grecque, dont une branche et l’intersection sont cachées par la tête; les symboles sont nimbés comme les personnes qu’ils représentent. Le nimbe est susceptible de diverses autres modifications; les formes que np’^ ""^ons indiquées sont celles qu’on trouve généralement dans îto mosaïques, elles ne sont même pas absolues, car il est arrivé parfois que le mosaïste ait agi par erreur ou ignorance.
six, sont réunies autour du trône; saint Paul est à droite et saint Pierre à gauche du Christ; sainte Pudentienne tient la couronne des martyrs au-dessus de la tête de saint Paul, et sainte Praxède est dans la même attitude à l’égard de saint Pierre ; à côté du chef des apôtres, on voit un vieillard à cheveux blancs qui sans doute représente le sénateur Pudens; parmi les cinq autres personnages figurent peut-être Novatus et Timothée.
Une description minutieuse, rapprochée du dessin, est impuissante à faire comprendre la beauté de cet ouvrage, gravé en traits ineffaçables dans le souvenir de ceux qui ont pu le comparer aux autres mosaïques de Rome; tandis qu’ailleurs les personnages sont juxtaposés sur un même plan, ils sont ici groupés en perspective ; au lieu d’un masque uniforme, les figures ont des accents particuliers ; les têtes, largement dessinées, sont romaines, les draperies semblent copiées sur l’antique. M. Vitet voit dans la composition « des trésors tout nouveaux, de chastes* expressions, une fleur de vertu, une grandeur morale dont les plus belles œuvres de l’antiquité ne sont jamais qu’imparfaitement pourvues » ; il retrouve en elle « non point le réveil d’un style mort depuis trois siècles, mais la continuation naturelle quoique imparfaite d’un style resté vivant. » La mosaïque de Sainte-Pudentienne, admirée par le Poussin, est le monument le plus accompli de l’art chrétien naissant; il y a plus, elle forme un de ces sommets isolés restés lumineux de l’Antiquité à la Renaissance, comme les hautes montagnes qui reflètent les derniers rayons du soleil couchant, alors que déjà la nuit recouvre les vallées.
LE QUATRIÈME SIÈCLE. *i
La voûte de l’abside de la chapelle des saintes Rufine et Seconde dans le baptistère du Latran présente une disposition dont nous retrouverons le principe à Ravenne ; aucun argument ne s’oppose à en faire remonter l’origine à la fin du ive ou au ve siècle 1 ; sur un fond bleu uni se déroulent de grandes volutes à feuillage vert rehaussé d’or. La composition est très simple et très harmonieuse; elle pourrait inspirer les décorateurs modernes, qui trouveraient là un motif d’une exécution facile, peu dispendieuse et d’un effet charmant. Vers la même époque, la mosaïque fit sa première apparition à Ravenne, dans l’église édifiée par l’archevêque Ursus2; l’ouvrage est perdu.
Constantin transporta le siège de l’empire à Byzance et en 33o, Constantinople, la nouvelle capitale, fut officiellement inaugurée; l’empereur voulut donner a sa ville un aspect de luxe, de somptuosité et de grandeur incomparable; il fit enlever de Rome, de la Grèce et de l’Asie les chefs-d’œuvre de la statuaire antique; il appela autour de lui des artistes de tous les pays où l’art était encore estimé ; les mosaïstes furent l’objet d’une faveur spéciale, une loi les exempta de certains impôts. Les successeurs de l’empereur imitèrent son exemple 3; ainsi se forma sur les bords du Bosphore une école
1. J. -B. de Rossi, Musaici christiani delle chiese di Roma , Rome, 1872.