S1LVI
Si je l'exige ?
ADRIEN
Allons, ne t’emporte pas. Tu es fâché ?
SILVIO, riant.
Je suis ravi, au contraire.
ADRIEN
Jetons bas le masque ! En t'abordant tout à l’heure, je venais te retirer aies vers; dès que je t'ai vu, tu m'as désarmé, rien n’est dit, rien n'est fait.
SILVIO
Eh non! de par tous les diables, non ! tout est dit, tout est fait. Ce que tu venais me redemander, j’allais te le rendre.
ADRIEN
Quoi!
En deux mots, on me propo-e un libretto de M. Scribe.
ADRIEN
Tu as de la chance !
SILVIO. ■
Et toi donc?
ADRIEN
Ainsi, nous rompons?
SII.VIO.
C’est dit.
ADRIEN
Et nous restons les meilleurs amis du monde...
SILVIO
A la bonne heure, Adrien ; car, je te le dis sans hypocrisie et la main sur le cœur, je ne voudrais pas d’un poème, fût-il de Molière, si je devais l'obtenir au prix de ton estime et de ton amitié.
ADRIEN
Cette fois-ci, je te crois, (n mi prend le braiet remonte.) Eh bien ! tout va pour le mieux. Nos illusions auraient été déçues; deux inconnus ne peuvent débuter ensemble.
SILVIO
Nous ne sommes riches que d’espérances; c'est la fortune de ceux qui n'ont rien. Multiplions zéro par zéro, nous aurons zéro.
Nous nous retrouverons plus tard, quand tous deux nous serons célèbres.
SILVIO
Parbleu ! On dira alors : Adrien et Silvio. En attendant, je cours trouver monsieur Scribe.
ADRIEN
Et moi, je vais chercher monsieur Verdi !
SILYIO.
Bonne chance ! (il sort par le fond.)
ADRIEN , seul , redescendant.
Quel brave cœur que Silvio ! quelle noble nature que Magloire ! Je n'ai plus rien à désirer, maintenant! Les nommes sont bons et la vie est belle !