LES SOUFFRANCES
Quand se penchaient sur votre être fébrile
Et la folle détresse et l'ang-oisse stérile,
Dites, avez- vous regardé en retenant vos pleurs
Au fond de leurs jeux nus, votre propre douleur?
Espoirs montés si haut qu'ils tombèrent des nues, Haines, affres, erreurs jonchaient les avenues Où saignaient, lentement, vos amours mis en croix ; Mais tout au fond, comme une flamme au cœur du bois, A travers les rameaux de vos heures sans gloire, Brillait quand même et s'affirmait votre victoire.
Voici le fier, lucide et frémissant orgueil Dont les mains d'or couchent votre souffrance,
l42 LA MULTIPLE SPLENDEUR
Dans les tombeaux de son silence ;
L'org-ueil
Qui domine votre âme et en défend le seuil
Contre la plainte amère ;
Parfois même, pour en triompher mieux,
Et la ployer sous son talon victorieux,
Par héroïsme pur, il l'exaspère ;
Et c'est alors qu'au plus profond de votre coeur
Il prépare, dirige et résume, en vainqueur,
La plus belle des batailles humaines.
Jadis, dans les lég-endes souveraines,
Au temps des Dieux, maîtres des cieux profonds.
C'était lui le Saint George et le divin Persée
Qui transperçaient du bel éclair de leur pensée
La douleur hérissée en son corps de dragon.
Mais aujourd'hui,
Sans demander aux Dieux leur grâce ou leur appui,
Sans prières, ni sans blasphèmes,
Son renaissant combat se poursuit en vous-mêmes;
Il ne fait aucun geste, il ne pousse aucun cri,
Mais tout votre être armé se glorifie en lui.