LES SÉANCES
demandes de réformation du régime municipal, formulées par la majorité des habitants de Brest.
La municipalité ainsi constituée se réunit à l'hôtel de ville, sur la convocation du maire, aussi souvent que celui-ci le juge utile. Les séances ont lieu sous sa présidence, ou à défaut sous celle du premier échevin, en présence du corps servant et des membres de l'ancien corps, c'est-à-dire des officiers municipaux qui ont manifesté, après l'expiration de leur charge, le désir de s'intéresser encore aux affaires de la ville. Le personnage principal de l'assemblée, après le maire, est le procureur-syndic : il fait des « remontrances » sur les diverses questions à l'ordre du jour, il expose ces questions, et en propose le plus souvent la solution que l'on adopte. Tout cela le met en vue et lui vaut assez fréquemment la place de maire W.
Les séances de la communauté nous paraissent très calmes, si du moins nous en croyons les procès-verbaux : ces gens de même famille, de même milieu, semblent faits pour s'entendre W. Quelques orages, bien rares, ont cependant troublé ce ciel serein : nous avons vu une cabale accusée d'avoir provoqué la nomination des trois candidats à la mairie en 1765. Vers la même époque, le corps municipal reçoit, de l'intendant, des requêtes auxquelles les intéressés devront répondre, et qui prouvent encore l'existence de dissentiments au sein de la communauté : Martret et Kerbizodec-Lunven, anciens maires, Antoine Raby, Floch de Kerambosquer, Demontreux et Le Normand, du corps servant, portent plainte contre le maire Féburier, et, d'autre part, le conseiller Rahier adresse une requête contre Floch de Kerambosquer (3). Mais on se réconcilie bientôt, et l'on décide, le 31 mars, de rayer
fl) Exemples : Debon, Antoine Raby neveu, Kerbizodec-Lunven, Le Normand.
(2) On appliquait le règlement de préséances cité plus haut, p. 51, de 1684. Il semble cependant quelque peu tombé en désuétude, car, en 1766 le procureur-syndic demande qu'il soit remis en vigueur (Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 99.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. M, fol 70
et de rendre illisibles toutes les délibérations dans lesquelles on peut retrouver trace de ces dissentiments W.
En 1782, le môme Féburier, cause de la brouille de 1765, « s'est retiré après avoir délibéré, et sans vouloir signer, attendu que l'assemblée ne voulait pas suivre son avis. » C'est une conduite inusitée et intolérable; aussi, « il sera prévenu par le procureur-syndic de ne pas tomber en pareille faute, sous les peines qui échéent <2). »
Ainsi les séances de la communauté sont fort calmes. Elles le sont tellement qu'elles finissent par manquer tout à fait d'intérêt : aussi, les membres de la municipalité désertent-ils l'hôtel de ville; ils ne paraissent plus aux réunions et vaquent à leurs affaires,' négligeant celles de la ville, sans même répondre par un mot d'excuse à la convocation du maire. Le nombre des présences s'abaisse à sept, six, cinq, dont deux ou trois membres seulement du corps servant (le plus souvent le maire et le procureur-syndic); parfois même il n'y a que deux présents. On « tarde à délibérer », avec l'espoir qu'à la séance suivante les conseillers seront plus nombreux; on lève la séance à quatre heures, en constatant qu'il n'y a personne®. Enfin, le 15 mai 1770, le maire se décide à demander que les membres de la communauté soient tenus de se trouver à toutes les assemblées où ils auront été convoqués, à moins de juste et valable excuse adressée avant la séance, à peine de dix livres d'amende au profit des hôpi-
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 31, fol. 51 à 55. D'autres documents nous permettent de savoir que Féburier, accusé de malversations, se justifia aisément. Il était tout au plus coupable d'une grande négligence dans la tenue de ses comptes, et il vit dans les attaques conlre lui les effets d'une cabale (Arch. mun. de Brest, AA. 8, n° 78). Après sa sortie de charge, Féburier refusa pendant quelque temps de quitter l'hôtel de ville où il était logé (1766, BB. 21, fol. 91, 97). Ensuite il prétendit que l'eau de la canalisation publique tombait dans son magasin; alors, entassant requêtes sur requêtes, il attaqua la municipalité en payement de dommages-intérêts. L'affaire dura trois ans. En 1772 l'intendant déboutait Féburier, qui nous parait avoir eu un bien mauvais caractère (BB. 22, fol. 53 à 165, passim).
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 125.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 22, passim.