LES SEANCES
taux d). Le 11 décembre 1773, l'intendant transmet à la communauté un arrêt du Conseil, en date du 20 août, qui érige en obligation la proposition du maire (2). Cet arrêt atteint son but : à la séance suivante nous trouvons quinze présents, et les trois absents se sont excusés <3). Mais bientôt le greffier n'inscrit plus à côté du nom des absents le motif de leur absence, et la communauté reprend sans doute sa somnolence habituelle.
Si, lorsqu'il s'agit de séances d'affaires, sans éclat, les officiers municipaux montrent peu d'assiduité, par contre ils tiennent aux prérogatives honorifiques de leur charge, et nous verrons plus loin quelles luttes héroï-comiques ils ont soutenues contre les juges à propos de préséances. Il nous suffira de signaler ici avec quel soin ils tenaient à se distinguer de la foule au cours des marches, processions et autres cérémonies publiques : il leur faut en ces solennelles circonstances un costume de cérémonie. Ils ont déjà la robe municipale et la toque, mais, en 1774, les avocats, entrés assez nombreux dans une assemblée qui auparavant se composait surtout de marchands, proposent un nouveau règlement. Conformément à l'usage suivi à Nantes, la communauté « assistera à l'avenir aux assemblées, cérémonies, marches publiques et audiences, en habits décents et convenables, savoir : MM. les maire en exercice et anciens maires, en épée; MM. les échevins et conseillers avocats en robe de palais, et MM. les autres échevins et conseillers en robes consulaires te). » Malheureusement pour les hommes de loi, le voie de ce règlement a eu lieu au cours d'une séance où assistaient peu d'officiers municipaux, en majorité des avocats sans doute convoqués secrètement à cet effet. Peu de jours après, les marchands assistent à une nouvelle séance et demandent que l'on revienne sur la question. Bien que leur idée paraisse
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 70.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 195. Il y avait déjà eu un arrêt identique en 1701, ibid., AA. 20.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 196.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 39, 40.
(( de la dernière indécence », ils ont la majorité, et, supprimant le règlement nouveau, ils décident que Ton continuera à suivre l'ancien usage (*).
Cette aventure, et quelques discrètes allusions, nous permettent de deviner, sous le calme qui ressort des procèsverbaux soigneusement rédigés, des brouilles entre les deux fractions du corps municipal : hommes de loi et négociants. La nécessité de défendre les prérogatives de la communauté contre les attaques des juges royaux a sans doute étouffé la rivalité naissante, car nous n'en trouvons pas de traces dans les délibérations postérieures à 1774 <2).
Nous trouvons à Brest une municipalité régulièrement constituée, qui ne paraît guère remonter plus haut que 1593, et qui a reçu sa forme définitive en 1681.
Le maire est le personnage le plus important de la municipalité. Elu en assemblée générale, il est pris dans une liste de trois membres du corps municipal, dressée par celui-ci. Il reste en charge pendant trois ans et doit être choisi deux fois sur trois parmi les habitants de Brest, et la troisième fois parmi ceux de Recouvrance.
La liste des trois candidats, souvent difficile à établir, par suite du peu d'empressement que mettent les officiers municipaux à accepter une aussi lourde charge, est soumise à l'approbation du gouverneur ou de l'intendant. Elle revient à Brest souvent réduite à deux noms, quand l'un des proposés a réussi à se faire rayer par le gouverneur. Elle est soumise à l'assemblée générale, qui comprend des prêtres, des officiers, des juges, les officiers municipaux, les notables de la bourgeoisie et les délégués des corporations. Cette assemblée élit le maire; celui-ci est donc soumis au choix d'une partie de la population de Brest. En fait, les représentants des corps de métiers ne peuvent avoir la majorité à l'assemblée géné-
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 42.
(2) C'est environ à cette date que se déroule l'affaire Bergevin, l'épisode le plus important de la lutte entre la communauté et les juges royaux.
raie, et le maire se trouve être l'élu de la partie la plus élevée de la bourgeoisie.
La concorde ne règne pas toujours dans l'assemblée générale : commandant de la ville, juges, officiers municipaux s'y disputent les premières places et organisent des cabales qui déconsidèrent la haute bourgeoisie aux yeux du peuple.
Si les principaux habitants de Brest ont le droit de choisir le maire, qui dépend ainsi quelque peu du suffrage de ses concitoyens, la nomination des nouveaux officiers municipaux est toujours faite par le corps municipal lui-même. Le choix de celui-ci se porte tout naturellement sur les parents ou amis des officiers municipaux en charge, et comme, d'autre part, chacun reste en charge autant qu'il le veut, il en résulte un renouvellement très lent de la communauté et un accaparement des charges honorifiques par un très petit nombre de familles, une oligarchie bourgeoise composée de riches négociants et d'hommes de loiW.
Tous ces bourgeois pourraient avoir parfois entre eux des causes de dissentiments, mais ils les oublient et unissent toutes leurs forces pour affronter un danger commun, pour conserver à leur caste toutes ses prérogatives vigoureusement attaquées par les juges royaux.
Attaque et défense vont faire l'objet du prochain chapitre de notre étude.
(1) Il faut noter que les négociants tiennent la première place dans le corps municipal. C'est parmi eux que sont presque toujours choisis les maires. — Cf. le tableau à, la iin de <?e chapitre.
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