‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 27 sur 120 · MÉMOIRE DE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE

tique : « Les juges disent que les négociants sont révoltés de la composition du corps municipal. Mais ce ne sont que des commerçants au détail, des commissionnaires, des étrangers, des fournisseurs au port ! qu'ils voudraient préférer à des marchands de draps et soie, bourgeois de père en fils depuis plus de cent ans ! qui ont rempli avec honneur les charges publiques ; à un orfèvre dont les auteurs ont exercé la même profession avec autant de probité que de succès depuis près de trois cents ans ; enfin à des anciens procureurs des sièges royaux... aussi bien éduqués et plus instruits des lois que ces mêmes juges qui ne rougissent pas de recourir à leurs lumières, et qui cependant en parlent d'un ton de mépris, tandis qu'ils n'ont sur eux d'autre avantage que le titre de leurs offices... Les charges municipales, à Brest, ont toujours été remplies par les bourgeois les plus notables et les plus capables d'exercer ces fonctions. Les membres actuels qui composent le corps de ville sont de cette classe. En vain les juges les veulent-ils déprimer. S'il s'agissait de la valeur individuelle des uns et des autres, l'avantage ne serait point douteux. On démontrerait que les juges ne sont véritablement notables que par la décoration de leurs offices, dont ils tirent tout leur lustre. En effet, le sieur Piriou, bailli, et le sieur Guibert, lieutenant général de l'amirauté, sont les premiers notables de leur famille ; les sieurs Bergevin frères et Lunven de Coatiogan ne sont encore qu'à la seconde génération bourgeoise ; leurs derniers aïeux étaient bien éloignés d'être au-dessus de la classe du peuple. Le sieur Baby de Kerangrun aurait sans doute dû respecter la qualité de commerçant en son père, ancien maire W, en son frère, marchand, en son cousin germain, maire en exercice W, en son beau-frère, premier échevin 0), et en ses ancêtres, officiers municipaux. » Les juges attaquent la gestion financière de la communauté;

(1) Raby Antoine, maire en 1766.

(2) Raby neveu, maire en 1783.

(3) Le Guen aîné.

à (|iioi celle-ci fait observer que les reproches visent l'intendant, qui surveille si étroitement les dépenses. D'ailleurs (i l'attention des officiers municipaux à ne faire que des dépenses utiles les a engagés à supprimer l'honoraire annuel de 600 livres que touchait le sieur Bergevin père en qualité de conseil de la communauté, lorsque des avocats y sont entrés : inde prima mali habes. »

La critique des juges concerne ensuite la répartition de la capitation, dirigée par les officiers municipaux : « Un tel leur a déplu, un tel a abandonné la boutique d'un officier municipal pour prendre ailleurs à meilleur prix son étoffe... on le surcharge, on le vexe par des taxes outrées, des corvées publiques, on agit enfin en petit despote. L'artisan misérable comme le plus haut citoyen, tout se ressent du malheur de déplaire à l'officier municipal ; l'ami, le parent, ou le chaland, au contraire éprouvent les faveurs de la modération et de l'exemption des charges aux dépens des premiers. Trop heureux le citoyen quand cette exemption de taxe dans les assises de la capitation ne s'étend pas sur les officiers municipaux, ce qui n'est que trop ordinaire et facile à prouver. » A cette critique fort vive et sans doute en partie exacte (*), les officiers municipaux ne trouvent rien à répondre.

On leur reproche ensuite d'avoir désigné au nombre des trois candidats à la mairie le second échevin Gillart, qui, en sa qualité de subdélégué, ne peut être nommé maire. A cela, les officiers municipaux objectent qu'il n'y a pas incompatibilité entre les deux fonctions.

Ils sont enfin accusés d'avoir organisé une cabale lors de la dernière élection. Oui, cabale, disent-ils, mais cabale des juges contre Guesnet, officier municipal chargé de la police : les juges captaient des voix avant l'assemblée, non par bienveillance pour Raby, mais par haine contre Guesnet qui cependant a presque triomphé. D'ailleurs les deux candidats sont demeurés passifs pendant l'élection.

(1) En 1768 Le Guen aîné avait diminué sa capitation et celle de ses enfants. Il en fut puni par la Commission intermédiaire. — Cf. plus loin, page 290.

Page 1