‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 30 sur 120 · RENTRÉE DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

RENTRÉE DU PARLEMENT

on se passe de l'autorisation de l'intendant W, et on députe à Rennes le maire, le premier échevin, le procureur-syndic et un conseiller, « pour aller, au nom de la communauté, rendre ses très humbles hommages à la Cour et la féliciter de son retour ». On signe la délibération... et on s'aperçoit ensuite qu'il sera bon de profiter du voyage pour aller saluer le duc de Duras et « le remercier des bons offices qu'il a rendus à la province » (16 juillet 1769) <2).

Quinze jours plus tard, le 31 juillet, le maire rend compte de sa députation : les quatre envoyés sont allés à Rennes, escortés de deux archers ; ils se sont présentés au Parlement et l'ont complimenté ; « la députation a paru très agréable à Nosseigneurs du Parlement. » Le maire lit à la communauté le discours qu'il a prononcé à Rennes, et la joie devient si grande qu'on décide de faire chanter à l'église Saint-Louis, le dimanche 6 août, une messe solennelle suivie d'un Te Deum auquel tous les corps seront invités. On fera ensuite sur la place Saint-Louis un feu de joie en présence de la milice assemblée ; le commandant du Château sera invité à mettre le feu au bûcher, toute la ville sera illuminée, on distribuera mille pains de trois livres aux pauvres, deux barriques de vin couleront, au son de la musique, à la porte de l'hôtel de ville <3). Le 3 août, pour ajouter à la cérémonie une pompe inusitée, la communauté décide que ses membres y « assisteront tous en robe, une branche d'oranger à la main... et que le bûcher sera décoré de fleurs et de feuillages, pour marquer de la joie publique ». Ensuite ils « termineront les actes par boire ensemble le vin de ville à la santé du roi, du Parlement, de M. le duc de Duras et de MM. nos Commandants, au bruit répété de trois décharges de boîtes qui auront déjà tiré pendant la messe, le Te Deum, et en allumant le bûcher. » La communauté conserve tout juste assez de

(1) Il semble que la communauté craigne de ne pas obtenir cette autorisation, et accentue en quelque sorte le sens de sa manifestation en décidant de s'en passer.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 82, fol. 43.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 44.

raison pour refuser au maire le bal qu'il voudrait offrir à la belle société W. La note à payer après cette grandiose réjouissance se montait à 5.381 livres fê).

La seconde rentrée du Parlement, en 1774, devait être encore accueillie avec joie par toute la province <3). La communauté de Brest commence par adresser ses compliments à la Cour, et particulièrement à La Chalotais <4). Peu après, elle est invitée par les juges royaux de la sénéchaussée et de l'amirauté à la messe d'actions de grâces du 10 janvier 1775. Malgré sa joie, elle ne peut oublier tout à fait ses dissentiments avec les juges : « Il est notoire que les invitants » préparent un feu de joie sans avoir prévenu la municipalité, chargée de la police. C'est un attentat dirigé contre son autorité, un exemple d'autant plus dangereux qu'il part de plus haut. Pour ne pas troubler un jour aussi beau, elle « permet » le feu de joie, mais elle n'assistera pas en corps à la cérémonie : « chaque membre, pénétré de reconnaissance envers Dieu de l'heureux événement qu'on célèbre en ce jour, assistera à la messe. » De plus la communauté emploiera 600 livres en achat de pain pour les pauvres, « en les excitant à rendre à Dieu de continuelles actions de grâces sur un événement tant et si longtemps désiré <5). »

Le 11 janvier, les avocats et procureurs envoient un des leurs auprès de la communauté, pour l'inviter à une messe qui sera célébrée le 13 à l'église des Carmes, et lui demandent de permettre « que la joie se communique par les transports les plus éclatants, en consentant qu'il soit fait un feu de joie sur les glacis du Château, et qu'il soit ordonné une illumination générale ». La communauté acquiesce à tout cela et déclare qu'elle donnera l'exemple en illuminant l'hôtel de ville (6).

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 54.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 77, et FF. 16.

(3) Cf. Le Moy, op. cit., p. 439.

(6) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 51.

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