LES ÉTATS DE
Le 16 et le 20 décembre, la communauté de Brest reçoit encore les délibérations d'une quinzaine de villes de Bretagne. Elle en reçoit également une des orfèvres (*)•, qu'elle joindra à la sienne du 13. Les sièges royaux de la sénéchaussée et de l'amirauté adressent à la communauté des protestations contre cette délibération du 13 décembre ; on n'en tiendra aucun compte, car on n'a cherché « que l'avantage réel des citoyens et habitants de Brest, dont les officiers municipaux sont les seuls et vrais représentants ». Et comme le maire est déjà parti pour Rennes, on lui écrira d'exécuter la délibération du 13 décembre « sans aucun égard aux réclamations des dits juges <2). » On n'écoute pas plus les protestations du collège des notaires et de la communauté des cordonniers <3), ni celles des procureurs et huissiers de la sénéchaussée <4). Pendant ce temps, de graves événements se passent à Rennes. Les députés du Tiers s'y réunissent à partir du 20 décembre, et, du 22 au 27, rédigent un cahier commun résumant les demandes du Tiers Etat (&). La tenue des Etats est marquée par des incidents violents entre la Noblesse et le Tiers, la ville présente une animation inaccoutumée, on peut craindre des émeutes, lorsque, par arrêt du Conseil du 3 janvier 1789, les Etats sont suspendus pour un mois W. A leur retour à Brest, le maire et ses deux assesseurs sont remerciés « de leur zèle pour le maintien des droits du Tiers », et invités à faire un rapport sur les événements. Le maire a déjà tenu la communauté au courant d'événements d'ailleurs bien connus de toute la province. Il lui reste peu de détails à ajouter : ses compagnons et lui ont été fidèles
(1) Cette délibération demande surtout l'organisation de l'assistance par le travail, au moyen d'ateliers de charité (Reg. des Orfèvres, Arch. mun. de Brest, HH. 11, fol. 45).
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 8 et 9. Nous n'avons pu trouver, ni aux Archives municipales, ni dans les registres de l'Amirauté et de la sénéchaussée, le texte de ces protestations.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 11.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 12.
(5) Pocquet, op. cit., t. II, p. 140 à 180.
(6) Pocquet, op. cit., t. II, p. 181.
aux véritables intérêts de leur ordre, et se sont opposés « à la funeste scission qui a égaré quatorze de ses membres ». Ils ont observé la délibération du 13 décembre, et Le Guen a suivi « l'exemple des maires patriotiques avec lesquels il a concouru à la déclaration publique des griefs et doléances du Tiers ». Mais il a dû obéir aux ordres de Sa Majesté qui suspend la tenue des Etats jusqu'au 3 février (*).
Le 17 janvier, la communauté de Brest déclare à nouveau adhérer aux demandes du Tiers : « Sa Majesté verra que le Tiers Etat n'a jamais eu l'intention d'empêcher les délibérations sur ses demandes ou sur les affaires de la province..., elle verra la justice du contenu des charges données par les municipalités à leurs députés, et sera surprise que les deux autres ordres se soient constamment refusés même d'en entendre la lecture <2). »
L'intendant ayant écrit à toutes les municipalités pour les inviter à donner de nouvelles charges à leurs députés, toutes maintinrent leur première délibération <3). Brest explique pourquoi : « La communauté ne peut se départir de l'article 30 de ses charges (refus de délibérer), formant l'article 6 du Résultat arrêté à Rennes le 27 décembre, parce que ce serait reconnaître le prétendu droit de la Noblesse » et condamner les demandes du Tiers. Elle déclare que la persistance du Tiers dans ses réclamations provient du refus constant des deux premiers ordres de délibérer sur ses demandes. Le Tiers ne veut pas continuer « à exécuter des règlements aussi contraires à la véritable constitution des Etats et aux droits imprescriptibles des citoyens. » Enfin, la communauté décide d'adresser un imprimé de cette délibération à toutes les municipalités de Bretagne, Elle s'associe à Nantes, qui a ouvert une souscription patriotique « et se fera gloire d'imiter un pareil exemple <4)." »
Elle continue à recevoir des communications adressées par
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 14.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 2G, fol. 16.
(3) Pocquet, op. cit., p. 211-213.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 17.