‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 34 sur 120 · LES ÉTATS DE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS DE

les autres villes de la province W. Lorsque lui parvient, le 30 janvier 1789, l'arrêt du Conseil du 20 janvier qui autorise les représentants du Tiers « à se réunir à l'hôtel de ville de Rennes pour se concerter sur les propositions qui pourront y être faites relativement aux plaintes et aux intérêts du Tiers Etat de Bretagne », la communauté confirme le mandat du maire Le Guen auquel elle adjoint le conseiller Dumonteil; elle persiste dans ses délibérations précédentes, particulièrement dans celles de Brest (13 décembre) et Rennes (Résultat du 27 décembre), et autorise ses députés à adhérer à ce qui sera résolu dans l'assemblée préliminaire, qui se tiendra à l'hôtel de ville de Rennes avant la rentrée de l'ordre du Tiers aux Etats (2).

Les esprits sont surchauffés à Brest aussi bien que dans le reste de la province; le conseiller Dumonteil s'en aperçoit; il avait accepté son envoi à Rennes, puis, prenant pour prétexte une maladie de sa femme, il était revenu sur sa décision. La communauté « ne pouvant s'arrêter à ce motif... persiste dans sa délibération... et juge trop bien de ses sentiments pour se persuader qu'il voulût persister dans un refus qui pourrait laisser du doute sur son dévouement à la cause publique (3). » Dumonteil accepte enfin, se souvenant sans doute qu'on a déjà parlé de noyer les membres du Tiers qui faibliraient <4).

Pendant ce temps des luttes sanglantes avaient lieu dans les rues de Rennes : la municipalité de Brest se tenait au courant de tous ces événements &). Elle a appris que les jeunes gens de Nantes sont allés se joindre à ceux de Rennes; aussi, lorsqu'elle est instruite que plusieurs jeunes gens de

(l)-Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 18... 20.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 20.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 19, 20.

(4) Cf. Pocquet, op. cil., p. 177.

(5) On peut se faire une idée du nombre des lettres reçues par la coin munauté pendant cette période, en constatant que le port de ces lettres et l'achat des divers imprimés édités à Bennes pendant les troubles ont causé une dépense de plus de 600 livres (comptes du maire Le Guen, Arch. mun, de Brest, CC, 131).

Nantes viendront passer quelques jours à Brest, elle veut leur donner des marques de sa satisfaction, et, pour honorer « le courage, la prudence et la modération dont ils ont donné aux bons patriotes des preuves éclatantes, dans les derniers troubles », elle arrête de les recevoir et loger à l'hôtel de ville (i).

On put enfin, le calme étant à peu près rétabli à Rennes, terminer la tenue des Etats. Les députés du Tiers, après ceux du Clergé et de la Noblesse, votèrent les demandes du roi ; ils se séparèrent le 21 février, après avoir déclaré que le Tiers persistait dans toutes ses demandes et réclamations <2). Les députés de Brest regagnèrent leurs foyers le 28 et furent accueillis par les félicitations de leurs collègues du corps municipal <3).

A partir de ce moment, la municipalité de Brest s'occupe de préparer l'élection des députés du Tiers aux Etats généraux. Elle est vivement alarmée par ce fait que l'article 3 de la sentence du sénéchal du 23 mars concernant cette élection n'accorde à la ville que 30 électeurs, alors que la campagne en aura 170. Elle rédige pour le roi un mémoire qu'elle adressera aux commissaires du Tiers à Rennes ; elle veut leur faire comprendre le « danger qu'il y aurait de donner aux campagnes une prépondérance qui n'est due qu'au nombre de la population et à l'intelligence des sujets qui, par l'éducation et les lumières, sont plus en état de raisonner et de diriger le choix des représentants de la sénéchaussée aux Etats généraux. » Or Brest et Recouvrante, dit la communauté, ont la moitié de la population du bailliage, et même sans considérer que « toutes les campagnes de ce ressort ne sont peuplées que de gens rustiques dont toute la capacité est formée aux travaux utiles de la campagne », Brest aurait droit à cent électeurs sur les deux cents (4).

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 23.

(2) Cf. Pocquet, op. ciL, p. 295.

(4) Béclamation appuyée par les médecins dans leur cahier de doléances

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