ÉLECTION AUX ÉTATS GENERAUX
11 y aurait d'ailleurs d'autres inconvénients à cette prépondérance des campagnes, « par rapport à la facilité de séduire les paysans qui, inhabiles par eux-mêmes à faire un choix déterminé par les qualités des personnes, seront dirigés par les recteurs qui sont en possession... de mouvoir à leur gré l'esprit de leurs paroissiens. » Et ici, la communauté laisse percer le bout de l'oreille : elle n'a pas oublié ses luttes anciennes contre le sénéchal Bergevin. Or la répartition que celui-ci a ordonnée sera tout à son avantage. On le croit « incapable d'employer des manœuvres », mais « il a par sa place des rapports intimes et continuels avec les recteurs », qui le feront valoir auprès des paysans, et pourront le faire élire député. Le sénéchal a déjà obtenu sa place, dit la communauté, contre le vœu des citoyens de Brest, « et, nous ne craignons pas de le dire à Votre Majesté, contre celui de la loi... D'ailleurs, dans les contestations qui se sont élevées entre les trois ordres de la province, quoique fils d'anobli, il s'est déclaré le détracteur le plus acharné du Tiers Etat. Il a déclamé avec fureur contre les réclamations de cet ordre, dont Votre Majesté a cependant déjà en partie reconnu la justice. » La communauté supplie enfin le roi de « maintenir l'équilibre entre les habitants du même ressort..., car le désespoir est général, dans la certitude de voir passer la représentation du Tiers Etat à des individus qui, en désertant son intérêt et sa classe, ont le besoin de le sacrifier aux privilégiés dont ils ont recherché l'incorporation et la faveur. »
Dans cette même séance du 27 mars, on fixe au 1er avril les assemblées des citoyens par corps de métiers, à l'effet d'élire les députés qui, le 3, « rédigeront le cahier des charges et doléances du Tiers, et nommeront les électeurs qui se rendront à l'assemblée de la sénéchaussée le 7 du même mois W. »
Conformément à cette délibération, le 30 et le 31 mars, et le 1er avril, les différents corps de métiers ou de fonction- Ci) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 30, 31.
naires s'assemblent et rédigent leurs doléances particulières qu'ils adressent à la municipalité (*). Celle-ci, de son côté, rédige également un cahier qui, d'ailleurs, ne se distingue de ceux des corporations ni par l'étendue ni par l'originalité. Il n'entre pas dans notre dessein de faire de ces cahiers une étude complète qui nous entraînerait trop loin de notre sujet. Nous laisserons donc de côté toutes les doléances ayant trait à la constitution générale du royaume, ou aux grandes réformes, qui n'offrent rien de particulier et sont évidemment inspirées des nombreux imprimés répandus en France à cette époque <2). Nous étudierons par contre les doléances particulières : elles font souvent allusion à des événements que nous avons précédemment étudiés, et elles nous font connaître l'état d'esprit des différentes fractions de la population de Brest en 1789.
Remarquons d'abord que vingt-quatre de nos cahiers se bornent à relater l'élection des délégués a l'assemblée générale, du Tiers Etat de la ville, ou déclarent tout au plus adhérer par avance aux doléances de la municipalité, en spécifiant que l'on ne pourra nommer députés ni nobles, ni anoblis, ni privilégiés.
On voit dans la plupart de ces cahiers quel ébranlement profond les récents événements de Rennes avaient produit dans la masse du Tiers : le maintien de toutes les réclamations contenues dans la délibération de la municipalité de Brest (13 décembre) et dans celle du Tiers à Rennes (27 décembre) est instamment demandé (3). L'une des questions qui reviennent le plus souvent est celle de la réformation
(1) Cf. Sée et Lesort, Cahiers..., t. I, Introd., p. lvi. Contrairement à ce qui se passe pour beaucoup de villes où il semble « que beaucoup de corporations n'aient pas rédigé de véritable cahier et n'aient confié à leurs députés que des instructions orales », les corporations de Brest ont toutes rédigé un procès>-verbal de leur assemblée. Les cahiers de quelquesunes d'entre elles sont très développés. Tous ces documents forment aux Arch. mun. de Brest la liasse AA. 79.
(2) C'est ce qu'avoue le cahier n° 7, celui des « citoyens de divers métiers sans communauté. » Il demande que l'impôt soit établi conformément à une brochure anonyme de 32 pages intitulée Richesses de VEtat.
(3) Entre autres, dans le cahier du corps municipal.