‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 36 sur 120 · CAHIERS DE DOLÉANCES · texte numérisé non relu

CAHIERS DE DOLÉANCES

des municipalités : sept cahiers demandent que tous les citoyens aient accès aux charges municipales, et que maire et échevins soient élus en assemblée générale par toutes les corporations W. Nous voyons là un écho des réclamations que les juges royaux ont en 1784 formulées contre la municipalité. Par contre, cinq cahiers renouvellent les plaintes que la municipalité avait élevées contre l'accaparement des charges judiciaires par les Bergevin : ils demandent qu'un même individu ne puisse posséder qu'une seule charge, que toutes les lettres de compatibilité soient abolies, que, la vénalité des charges étant supprimée, celles-ci soient mises au, concours <2).

Les doléances relatives aux charges que supportent les habitants de Brest sont, elles aussi, un écho de réclamations antérieures : quatre cahiers demandent la suppression définitive du franc-fief, que la municipalité n'a pu obtenir W>. Les négociants, armateurs, marchands de vin en gros, épiciers, sollicitent la suppression des amirautés et des droits de l'amiral, et la possibilité d'obtenir, à titre onéreux, l'aide.de la marine militaire dans le port de commerce. De plus nombreux se plaignent du fardeau excessif qu'impose aux Brestois le logement des gens de guerre, et demandent la construction de casernes : à Brest l'habitant est obligé de découcher au moins un quart de l'année <4); si l'on ne peut obtenir assez de casernes, que l'on exempte au moins les veuves, les filles et les femmes dont le mari est absent <5).

Outre ces réclamations qui intéressent à peu près toute la population, les cahiers expriment des doléances relatives aux intérêts immédiats de leurs rédacteurs : les plus nombreuses ont trait aux corporations. Cinq cahiers demandent leur

(1) Naturellement le cahier des juges royaux est de cet avis.

(2) Le cahier de la municipalité appuie naturellement ces demandes, faites par les fripiers, les maréchaux ferrants, les perruquiers, les épiciers et les marchands de vin en gros.

(3) Doléance commune à beaucoup de cahiers bretons. Cf. Sée, Les cahiers de paroisses de la Bretagne en 1789 (La Révolution française, juin 1904, p. 487).

(4) Professeurs royaux de mathématiques et de dessin.

(5) Citoyens de divers métiers sans communauté.

maintien, et même leur extension à des métiers non organisés; deux cahiers seulement voudraient leur suppression M. Beaucoup de corporations demandent une protection plus efficace contre la concurrence illicite : il faut interdire aux marchands de vendre des serrures W, aux mêmes marchands de vendre des objets d'or ou d'argent <3), au fermier des devoirs de faire concurrence aux marchands de vin <4>, aux cloutiers de ferrer les chevaux <5>. Comme nous l'avons déjà vu au début de notre étude, on s'élève surtout contre la concurrence déloyale que font aux artisans les marins, les soldats et les forçats : les apothicaires se plaignent que la pharmacie de la marine délivre gratuitement des médicaments non seulement aux marins et ouvriers pauvres du port, ce qui est bien, mais encore à ceux qui pourraient les payer, à « presque toutes les personnes attachées aux services de la marine », ce qui est préjudiciable à la corporation. Les cordonniers, comme toujours, réclament contre la concurrence persistante du bagne, à laquelle s'ajoute celle des maîtres des régiments. Les menuisiers voient avec peine employer des ouvriers du port aux travaux des particuliers, notamment de tous les officiers de marine et chefs de service à l'arsenal ; de plus, on sort de l'arsenal des travaux de menuiserie faits au bagne. Enfin, les portefaix et rouleurs ont, eux aussi, à se plaindre de la concurrence des soldats qui vont travailler sur les quais. Ajoutons quelques doléances isolées intéressantes : les armateurs et négociants demandent la suppression du traité de commerce signé en 1786 avec l'Angleterre ; les notaires se plaignent de la cherté des vivres et des loyers à Brest, et demandent une diminution d'impôts ; les huissiers veulent une augmentation de leurs vacations parce que, la ville étant close, ils ne peuvent rentrer tous les soirs chez eux, et sont

(1) Pour : serruriers, apothicaires, bouchers, perruquiers, orfèvres. Contre : marchands de vins en gros, épiciers.

(2) Serruriers.

(3) Orfèvres.

(4) Citoyens de divers métiers sans communauté.

(5) Maréchaux ferrants

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