CORRESPONDANCE AVEC LES DEPUTES
faites par les officiers roturiers de la marine, concernant leuraccès à tous les grades W.
Peu de temps après la réunion des Etats généraux, le 17 mai, les trente électeurs de Brest se joignent à la municipalité pour régler « l'établissement de la correspondance de Brest avec MM. les députés de la sénéchaussée aux Etats généraux, et de la ville avec les campagnes, en conformité du vœu verbalement exprimé à l'issue de l'assemblée générale de ladite sénéchaussée, par les députés-électeurs qui la composaient, le 8 avril 1789. » Il y aura à l'hôtel de ville un bureau permanent qui se tiendra en correspondance suivie avec les deux députés. L'officier municipal de semaine aura la présidence de ce bureau. On décide en même temps de faire publier un bulletin imprimé de tout ce qui sera appris par voie certaine concernant les Etats généraux (2).
Bientôt, la municipalité va subir à son tour la répercussion des mouvements continuels qui ont agité les esprits en 1788-89 ; l'élection du maire, qui doit avoir lieu en juin, va permettre à diverses corporations de "reprendre les vœux déjà exprimés dans leurs doléances, relatifs à un changement de constitution municipale. Elles profitent de l'occasion qui vient s'offrir pour développer ces vœux plus longuement qu'ils ne l'étaient dans les cahiers du 1er avril. C'est ainsi que les marchands de vin en gros chargent leurs deux délégués de « représenter à M. le Président de l'assemblée que le vœu
fl) Tous les renseignements qui précèdent sont extraits du Procès-verbal de l'Assemblée générale du Tiers Etat de la sénéchaussée de Brest, et cahier commun des doléances, tant des villes que des campagnes (Brest, Malassis, 1780, in-8« de 68 p.).
(2) Résultat des conventions pour l'établissement de la correspondance de Brest avec MM. les Députés de la sénéchaussée aux Etats généraux (Brest, Malassis, 1780, in-8° de 8 p.).
Cf. Delourmel et .Corre, Correspondance de Le gendre, député de la si' a rehaussée de Brest aux Etals généraux, 1789-1791 (La Révolution française, année 1900, p. 515). — Delourmel et Esquieu, Correspondance de la municipalité avec les députés de la sénéchaussée de Brest aux Etats' généraux (Brest, 1908).
Bulletin de la correspondance de la députation du Tiers Etat de la sénéchaussée de Brest (chez Malassis, du 12 mai 1789 à février 1791), et Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 36.
unanime de ce corps est que tous et chacun de ses membres jouissent de la liberté de voter individuellement, conformément à ce qu'ils ont précédemment manifesté dans leur cahier de doléances W.
Les perruquiers adressent le 8 juin une lettre « à MM. les Officiers municipaux de la ville de Brest ». Ils déclarent que « depuis longtemps ils ont à se plaindre de la manière de nommer MM. les Maires », 1° parce que la présentation de trois candidats restreint la liberté du vote ; 2° parce que les corporations ne peuvent avoir la majorité à l'assemblée générale. En conséquence, ils demandent l'élection des officiers municipaux et du maire par tous les habitants payant la capitation. A l'unanimité, ils refusent de prendre part à une nomination « qui ne sera point légale tandis que les abus ci-dessus référés subsisteront, et que MM. les prétendus privilégiés voteront par tête et les corporations par corps (2). » Dans une délibération prise le lendemain 9 juin, ils soutiennent de nouveau que la nomination du maire est illégale, ils refusent de concourir à l'élection, et ils nomment des délégués pour présenter leurs protestations à l'assemblée générale (3).
Les épiciers sont partagés entre deux sentiments contraires. D'une part ils sont contents de se voir appelés « au nombre des nominateurs », dont ils ne faisaient pas partie jusqu'à ce moment ; d'autre part, ils voient avec déplaisir qu'on restreint leur choix en conservant l'ancienne forme d'élection contraire aux vœux généraux des citoyens <4). D'autres corporations, tout en acceptant pour cette fois l'ancien mode d'élection, font quelques réserves : les couvreurs demandent que l'échevin manquant soit remplacé par la voie du scrutin (5). Les charcutiers font la môme demande et ajoutent que cet échevin
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 29, n° 21.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 29, n° 21. Lettre des perruquiers à la municipalité.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 29, n° 21. Délibération des perruquiers.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 29, n° 21. Délibération des épiciers.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 29, n° 21. Délibération des couvreurs.