‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 39 sur 120 · ÉLECTION DU MAIRE EN · texte numérisé non relu

ÉLECTION DU MAIRE EN

devrait être « pris indistinctement dans toutes les classes de la société, lorsque le mérite et la conduite prévaudront U). » Les cordonniers acceptent de voter « en attendant que le vœu général des communes, exprimant que les oiliciers municipaux et les candidats à la mairie soient choisis par les mêmes communes ne soit exécuté W. » Un certain nombre de corps de métier, sans rédiger de réclamations écrites, chargent leurs délégués d'en présenter de verbales à rassemblée générale. C'est ce que nous apprend la liste des électeurs, sur laquelle nous pouvons constater par les émargements que seize corporations, ainsi qu'une partie des officiers de la milice bourgeoise, deux huissiers et une partie des procureurs aux sièges royaux ont protesté contre l'élection 0). Aussi, bien que l'on ait appelé à l'assemblée les représentants de corporations nouvelles, et accru ainsi le nombre des électeurs, soixante-cinq suffrages seulement furent exprimés (l'un des chiffres les plus bas que nous ayons constatés dans la période que nous étudions).

Aux protestations des électeurs appelés par la communauté à l'assemblée générale, se joignirent celles des jeunes gens de la ville, que l'on n'avait pas convoqués ; eux aussi voudraient participer à l'élection du maire. Ils rappellent, comme l'ont fait les corps de métiers, le vœu général de la population concernant la constitution municipale. Ils ajoutent qu'aux assemblées générales du Tiers des 3, 6 et 7 avril, il a été fait appel aux jeunes citoyens de la ville, qui y ont été représentés par leurs députés et ont concouru ainsi au choix des trente électeurs et ensuite à celui des députés aux Etats généraux. « A plus forte raison les jeunes citoyens doivent avoir la faculté de donner leur suffrage à l'élection du maire ; ils se llattent qu'ils y seront admis et que personne n'aura même l'idée de les en exclure. » En conséquence, ils députent deux des leurs qui devront voter en faveur du candidat Guesnet W.

(1) Arch. mun. de Brest, RB. 29, n° 2t. Délibération des charcutiers.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 29, n° 21. Délibération des cordonniers.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 29, n° 21. Liste des électeurs.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 29, n° 21. Pétition des jeunes gens.

Nous avons vu que le corps municipal ne tint aucun compte de ces protestations ; il en admit la justesse, mais ne se reconnut pas le droit de changer la forme de l'élection. D'ailleurs, la municipalité ainsi attaquée par un grand nombre d'habitants de Brest, n'allait bientôt plus jouer qu'un rôle très effacé, en attendant sa définitive disparition.

La ville est, peu après cette élection du 10 juin 1789, presque constamment agitée : les mouvements populaires y reproduisent en petit, à quelques jours d'intervalle, ceux de Paris. Le 18 juillet, par exemple, les « jeunes citoyens » sont mis en émoi par les nouvelles venues de la capitale ; le corps municipal veut les calmer : « cette bonne jeunesse prend trop tôt l'alarme..., le courrier de demain donnera la certitude que le calme a succédé à l'orage..., il ne faut pas s'écarter des règles de prudence et de sagesse W. » Cet appel au calme ne devait pas être entendu. Les jours suivants, en effet, on apprit en détail ce qui s'était passé à Paris le 14 juillet ; il en résulta dans toute la ville un mouvement plus fort que les précédents, qui aboutit le 21 juillet à la création d'une assemblée révolutionnaire de cent membres, le Conseil général de la commune (2). Ce Conseil comprenait tous les membres du corps municipal ; il avait pour président le maire Branda, et se composait : de 19 officiers municipaux, dont 6 électeurs ; — des 21 autres électeurs de la ville ; — des 51 députés des corps, communautés et corporations ; — enfin de 9 députés militaires, parce que les soldats voulaient faire cause commune avec le peuple. Au total cent membres. Il était divisé en dix comités siégeant à tour de rôle jour et nuit pendant vingtquatre heures. Ce Conseil devait « prendre connaissance de tous les événements, recevoir tous les avis, délibérer, ordonner conformément aux circonstances, et faire tous les règlements convenables de police et de discipline <3). »

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 4(J.

(2)' Cf. Levot, op. cit., t. III, p. 187. Les délibérations de ce Conseil général et permanent de police et discipline de la ville et sénéchaussée de Brest ont été publiées en 1895 par les soins de la municipalité de Brest. Elles forment la première partie du tome I des procès-verbaux imprimés, pages 1 à 306.

(3) Arch. mun. de Brest, Procès- verbaux..., t. I, p. 4, 5 et 6.

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