‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 50 sur 120 · AFFAIRE VIEL · texte numérisé non relu

AFFAIRE VIEL

onze sols la bouteille, alors que leurs concurrents ne peuvent le laisser à moins de treize et quatorze solsW.

Viel ne laisse pas ces attaques sans réponse. La communauté, dit-il en substance, s'oppose à l'exécution de l'arrêt du 19 avril 1774, parce que plusieurs de ses membres veulent perpétuer des l'raudes auxquelles ils sont intéressés'2). Il réfute ensuite un à un les arguments de Jourdain. On lui dit qu'en exerçant une surveillance plus active il empêcherait la fraude : je surveille avec/vigilance, répond Viel, je connais les fraudeurs, mais la communauté m'empêche de les punir. Jourdain semble défendre les pauvres, que Viel voudrait priver « des douceurs dont jouissent les heureux du siècle. » Je ne les prive de rien, répond Viel, puisqu'ils ne boivent pas le vin qu'ils logent, et leurs agissements diminuent les revenus de la ville. « Sans doute les pauvres ont été de tout temps privés des avantages que la richesse procure, et la communauté de Brest ne parviendra jamais à empêcher qu'ils ne continuent d'en être privés... mais faut-il absolument qu'un pauvre fasse la fraude pour être heureux ? »

Enfin, en ce qui concerne les cantines, Viel affirme que leur débit a diminué pendant son bail, que par suite elles ne . jnuisent pas aux cabaretiers, et que d'ailleurs la fraude qu'il exercerait de ce côté là serait contraire à ses intérêts, car elle lui ferait plus perdre sur les droits d'octroi qu'elle ne lui ferait gagner en bénéfice sur la vente ,3).

Il nous est difficile de vérifier les accusations portées par Jourdain et par Viel. La persistance des plaintes contre la ferme des devoirs nous porte à croire qu'elles étaient en grande partie fondées. D'autre part, la mollesse évidente apportée par la communauté dans la répression de la fraude pratiquée ouvertement nous semble justifier ce que dit Viel de

(1) Arch. mun. de Brest, FF. 13. Pétition des marchands de vin à la communauté. Des requêtes du même genre ont été plusieurs fois adressées d'autre part aux Etats (AA. 78, n° 19).

(2) Ainsi Viel et les membres de la communauté s'accusent mutuellement de fraude. Viel cite un cas postérieur à l'arrêt si discuté : un artisan capité à 30 sols a reçu en six mois quatre barriques de bon vin de Bordeaux. L'opposition de la communauté a empêché Viel de saisir ce vin.

(3) Arch. mun. de Brest, CC. 132, n° 293.

l'intérêt que certains négociants, officiers municipaux, ont à ménager les fraudeurs. L'affaire que nous venons de raconter ne serait alors peut-être qu'une querelle entre fraudeurs ennemis.

Quoi qu'il en soit, il nous apparaît que le directeur des devoirs se donna tort à lui-même. En effet, le 5 février 1775, il signait son désistement, renonçait au bénéfice de l'arrêt du 19 avril 1774, et déclarait n'en avoir tiré ni ne vouloir en tirer aucun effet Uî.

Cet épisode avait fait oublier pour quelques mois l'affaire Labous, dont le dossier séjournait toujours dans les bureaux. Les années se passent sans apporter de solution ; en vain la communauté clame-t-elle « sa détresse relativement à ses grandes dépenses et au peu de revenus qu'elle tire de ses octrois » (*). Il lui faut attendre encore.

Labous a remis au Conseil un long mémoire imprimé (8). La communauté répond par un mémoire également imprimé^). Celui de Labous, que nous avons déjà cité plusieurs fois, semble avoir fortement impressionné l'intendant auquel il a été envoyé®. Celui-ci voudrait arriver à diminuer la fraude, et il secoue l'inertie de la communauté. « Votre avocat au Conseil, écrit-il le 28 mars 1778, observe que la communauté n'est pas garante de la fraude ; cela peut être vrai, mais elle n'est pas moins intéressée à ce qu'il ne s'en commette pas. Il s'agit par conséquent de savoir en quoi consiste cette fraude, et ce qu'il convient de faire pour la prévenir. » Et il demande des renseignements sur les agissements du fermier des devoirs, sur les inconvénients de la fourniture qu'il fait aux aubergistes eu aux traiteurs &K

(1) Arch. mun. de Brest, CC. 132, no 296.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 191.

(3) Arch. mun. de Brest, FF. 11, n° 57.

(4) Arch. mun. de Brest, FF. 11, no 64.

(5) Un exemplaire de ce mémoire se trouve aux Arch. d'Ille-et-Vil., C. 837. (G) Arch. mun. de Brest, FF. 11, n° 69. L'intendant avait auparavant

reçu une dénonciation l'informant que la communauté comptait plusieurs membres intéressés dans le bail Labous. La communauté avait demandé à connaître les accusés pour les expulser s'ils étaient coupables, et les accusateurs pour les punir dans le cas contraire. Nous n'avons pu trouver aucune trace de la réponse de l'intendant (BB. 23, fol. 145).

Page 1