‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 65 sur 120 · HÔPITAL · texte numérisé non relu

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des pauvres ne doit pas remporter sur celui de la ville entière. De plus, elle a besoin d'argent, et, tout en ayant un service de nettoyage mieux fait, elle pourrait envisager avec moins de crainte les dépenses que l'éclairage public lui impose *1). L'intendant accepte, on met en adjudication, à trois reprises différentes, et personne ne se présente '2>. Il faut donc recourir encore à l'hôpital qui continuera le service comme par le passé ; mais il devra s'engager à mieux remplir les conditions convenues, il reconnaîtra le droit de propriété de la ville, et, pour que ce droit ne puisse être oublié, la reconnaissance en sera renouvelée tous les six ans.

En somme, l'enlèvement des boues et fumiers constituait pour l'hôpital une source de revenus que ces tentatives d'adjudication nous permettent d'évaluer à plus de 10.000 livres par an W.

La communauté venait en outre au secours de cet établissement, d'une part en lui accordant une aumône régulière de 1.500 livres par an, dont 1.000 livres pour Brest et 500 livres pour Recouvrance, et, d'autre part, au moyen de secours irréguliers que nous trouvons inscrits aux budgets entre 1770 et 1781. Tout d'abord la communauté avait eu recours aux Etats ; ceux-ci lui ayant alloué, pour ses besoins les plus urgents, une somme de 4.000 livres, elle transfère en 1757 ce don à l'hôpital W. Elle voudrait bien coopérer aux agrandissements que les administrateurs de l'hôpital réclament depuis longtemps, mais, faute de ressources, elle s'adresse plusieurs fois encore aux Etats qui, nous l'avons vu, n'accordent rien. Enfin, en 1767, le maire « met sous les yeux de la communauté l'état malheureux des pauvres de l'hôpital, qui, faute de local suffisant, s'infectent les uns les autres et périssent la plupart scorbutiques, outre qu'il est impossible de séparer les men-

ai Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 32.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 37; BB. 32, fol. 37, 39, 40.

(3) Le siège de police prend des mesures contre tous ceux qui conservent chez eux, pour leur jardin, des détritus dus à l'hôpital (Arch. du Finistère, B. 2378, fol. 7, du 31 août 177G).

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 98.

rables des sains. » On décide de demander l'autorisation de donner à l'hôpital un secours de 20.000 livres, à prendre sur les octrois, pour aider à l'achèvement de deux salles commencées W. L'intendant, qui ne peut de sa propre autorité allouer une telle somme, renvoie la communauté devant le Conseil, et, par arrêt du 16 mai 1769, celui-ci permet de donner à l'hôpital un secours de 30.000 livres payable en huit ans (4.000 livres par an pendant sept ans, 2.000 livres la dernière année) <2). Les finances de la communauté, toujours obérées, ne lui permirent pas de s'acquitter de cette dette aussi vite que le prescrivait l'arrêt : elle versa 6.000 1. en 1770 ; 3.000 1. en 1771 ; 3.000 1. en 1772 ; 6.000 1. en 1776, en 1779 et en 1781.

L'hôpital recourut encore à la communauté en 1786 ; il demandait à lui emprunter 20.000 livres remboursables en quatre ans ; elle y consentit, mais l'intendant refusa son approbation <3). L'hôpital demanda alors l'établissement à son profit d'un droit d'octroi sur les marchands forains ; la communauté lui prêta son appui, et en janvier 1787 les Etats lui permirent de demander des lettres patentes autorisant à prélever pendant dix ans un droit de 10 sols par barrique de vin et 20 sols par barrique d'eau-de-vie vendue à Brest par les marchands forains et leurs commissionnaires <4). Cette demande ne put aboutir avant la Révolution.

Après avoir ainsi pourvu à des besoins à peu près fixes, la communauté consacre une bonne part de l'argent qui lui reste aux travaux publics. Nous allons maintenant étudier ces travaux au point de vue budgétaire, en nous contentant d'un coup d'œil général sur chacun d'eux. Nous verrons d'abord les acquisitions ou constructions de bâtiments municipaux, puis les travaux d'établissement et d'entretien des rues

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 125.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 40; CC. 128, n° 178.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 106.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 124; Arch. du Finistère, C. 1,

et des quais, l'entretien des chemins de la banlieue, les services de l'éclairage, des eaux et des incendies ; enfin nous rechercherons quelle aide la communauté apportait aux paroisses pour payer les travaux effectués dans les églises et les cimetières.

Depuis sa création, la municipalité de Brest était obligée de tenir ses assemblées dans une maison particulière ; le besoin d'avoir un hôtel de ville, tant pour y tenir séance que pour y loger les hôtes de la communauté, se faisait de plus en plus sentir. En 1747, l'intendant écrivait à la communauté pour lui conseiller l'achat de l'hôtel Saint-Pierre, appartenant au marquis de Grèvecœur (*), mais la communauté se déclarait trop pauvre pour déférer à ce désira. Une nouvelle lettre de l'intendant, en 1748, amène la communauté à offrir au marquis de Grèvecœur une rente annuelle de 1.500 livres ou une somme une fois payée de 30.000 livres W. Propriétaires et acquéreurs discutent longtemps, et l'intendant intervient plusieurs fois encore dans le débats. La communauté, bien que ses fonds soient épuisés, consentirait à payer 36.000 livres, à condition d'être dispensée des lods et ventes et autres droits (5). Mais en même temps la, marine négociait de son côté l'achat de l'hôtel Saint-Pierre. Ses offres furent préférées à celles de la communauté qui dut remettre à plus tard l'achat d'un hôtel de ville.

Une nouvelle occasion se présenta en 1756. On avait justement à loger « M. de Balleroy, brigadier et colonel du régiment d'Orléans, commandant des troupes dans ce canton sous M. le duc d'Aiguillon ». L'hôtel de Ghapizeau se trouvait « vide par la mort de M. Chapizeau, vivant commissaire de la marine », et les héritiers du défunt étaient disposés à le

(1) Aujourd'hui la Préfecture maritime.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 13.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 60.

(4) Rappelons que c'est à l'une des séances (14 mai 1750), où la communauté discutait cette question, que commença la lutte contre les juges royaux.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 119.

vendre. Le corps municipal, réuni le 17 septembre, décida d'aller visiter l'hôtel^). Celir-ci fut trouvé « propre et convenable pour servir d'hôtel de ville et de logement à MM. les officiers généraux et autres seigneurs auxquels la communauté est obligée d'en fournir. » On convient de consacrer à l'acquisition 26.000 livres, et à l'ameublement de l'hôtel 1.050 livres (2). Le 1er juin 1757 l'affaire est conclue, et le 3 novembre la communauté se dispose à solder les frais : 1.733 livres de droits d'amortissement, 2.519 livres de lods et ventes, 487 livres de contrôle et insinuation (3). La question la plus difficile à résoudre semble être celle de l'ameublement; M. de Balleroy se montre quelque peu exigeant, et l'intendant écrit au maire qu'il « ne convient pas que la communauté fasse aucune difficulté f4>. » La communauté achète « un lit garni de son impériale, rideaux, bonnes-grâces, courte-pointe de damas cramoisi, deux matelas, une couette et un traversin de plume, douze chaises et fauteuils et deux portières de pareil damas, deux rideaux de fenêtre de toile de coton, une glace et une table de marbre W. »

Elle se trouve ainsi pourvue d'une maison en bon état W et convenablement meublée. Aussi, jusqu'en 1789, ne la verrons-nous consacrer à l'hôtel de ville que les sommes assez minimes nécessaires à son entretien. C'est surtout lorsque la visite d'un grand personnage est annoncée que la municipalité fait exécuter des réparations, particulièrement au

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 22.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 73. Pour une acquisition de cette importance il faut non seulement l'autorisation de l'intendant, mais encore un arrêt du Conseil. Cela occasionne des frais considérables : l'avocat au Conseil demande cinquante pistoles de provision.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 116.

(4) Arch. d;Tlle-et-Vilaine^ C. 601. M. de Balleroy demande un cabinet, une chambre pour lui, un salon, une chambre pour sa femme, une pour la femme de chambre, un lit garni pour son secrétaire, et quatre lits pour ses domestiques. Il demande encore des réparations, des serrures, des tapisseries; il désire que le jardin soit entretenu. La communauté achètera tout ce mobilier (Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 136).

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 96.

(6) C'est encore aujourd'hui l'hôtel de ville.

mobilier W. Entre temps elle dispose à son gré des appartements vacants. C'est ce que nous apprenons quand on se prépare, en 1766, à recevoir le duc d'Aiguillon. Le maire Féburier avait été logé à l'hôtel de ville ; il n'était plus maire depuis le 31 mai lorsque le 7 juillet on fut avisé de la prochaine venue du commandant de la province. Il fallait faire évacuer les locaux occupés par Féburier ; celui-ci en très mauvais termes avec ses anciens collègues, ne se pressa pas : le 2 août, alors qu'on attendait le duc pour le 4, il n'avait encore abandonné qu'une partie de l'hôtel, et l'on put à grand'peine inventorier le mobilier et le réparer bien vile1'2).

Cet incident amena l'intendant à interdire de loger qui que ce soit dans les appartements de l'hôtel de ville sans sa permission ou celle du duc d'Aiguillon, défense qui ne fut peutêtre pas observée, puisque l'intendant la renouvela en 1770 f3>.

Vingt ans après l'acquisition de l'hôtel de ville, les locaux en furent jugés insuffisants, et l'on commença à parler de construire, en façade sur la place du Champ-de-Bataille, un monument digne de la cité Ut). C'est l'ancien maire Jourdain qui prit l'initiative du projet : a Vous savez, Messieurs, dit-il, que la ville de Brest n'était presque rien dans son principe, que ce n'est que depuis qu'il a plu au gouvernement de fixer ses regards sur notre port qu'elle s'est agrandie, qu'elle forme déjà une ville des plus importantes, et que, par sa situation

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 197, et BB. 24, fol. 18. Eliras de besoin, on emprunte des meubles. En 1776, lors de la visite du marquis d'Aubelerre, le maire « a eu la plus grande peine à se procurer deux glaces à trumeau et une commode, à titre de prêt, pour orner l'hôtel de ville ». On achète ces meubles en 1779, en prévision d'un second voyage du même personnage, pour 3.205 livres.

Les derniers meubles achetés sont dix douzaines de chaises, payées 210 livres, pour servir aux assemblées du Conseil général révolutionnaire (BB. 26, fol. 60, du 25 novembre 1789).

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 21. fol. 91 et 97.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 105, et BB. 22, fol. 85. Nous ne jugeons pas utile de dresser la liste de tous ceux qui furent logés à l'hôtel de ville. Citons les principaux : duc de Duras (1769); duc de Fitz-James (1773); marquis d'Aubeterre (1776 et 1779); Ambassadeurs de Tippo-Sahib (1788).

(4) On en parle encore, et l'hôtel de ville subsiste, toujours insuffisant.

avantageuse, elle va devenir une des plus considérables du royaume... On a construit une église paroissiale..., des quais pour l'embellissement du port, la nécessité du service de la marine et la commodité du commerce, on a établi des fontaines. » Mais l'hôte] de ville est trop petit, on est obligé de tenir les assemblées générales aux Carmes, de loger à grands frais les généraux, faute de place. De plus, la chambre où se rend la justice est insuffisante. La prison est dans la citadelle, sous les ordres du commandant. De cette façon les juges n'y ont point de droits de surveillance, ce qui favorise les évasions, particulièrement celles des prisonniers pour dettes. Jourdain propose de construire l'hôtel de ville, l'auditoire et la prison sur le Ghamp-de-Bataille. Pour y arriver, on demandera le secours du roi ; il sera prié d'accorder des matériaux gratuits à prendre dans l'arsenal, de faire la remise des huit sols pour livre qu'il prélève sur les octrois, et de permettre la perception de nouveaux droits d'octroi. La communauté se range aux avis de l'ancien maire (1). Ce projet de construction aurait coûté environ 150.000 livres'2). De\ant l'impossibilité de trouver cette forte somme, la communauté renonça en 1781 à réaliser un projet aussi grandiose, et, dans l'état au vrai de 1784, renouvelant ses observations sur l'insuffisance de l'hôtel de ville pour les services municipaux et particulièrement pour y loger les commandant et intendant de la province, elle demandait à augmenter cet hôtel en faisant bâtir une autre aile, Elle se proposait « d'y loger le maire, le greffier et autres personnes qui doivent y demeurer pour les affaires journalières de la ville. » Elle estimait la dépense à 80.000 livres au plus'3). C'était encore trop, et l'on dut se contenter des réparations courantes.

Celles-ci atteignent une moyenne annuelle de 400 livres, qui est assez fortement dépassée quand la venue d'un grand personnage nécessite l'achat de mobilier ou des réparations

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 77.

(2) Arch. mun. de Brest, CC. 127. Etat au vrai de 1776.

(3) Arch. mun. de Brest, CC. 127. Etat au vrai de 1784.

importantes, (i.000 livres en 1766 pour le duc d'Aiguillon, 1.447 livres en 1780 pour le marquis d'Aubeterre, 2.380 livres en 1783 pour des réparations générales.)

Peu après l'acquisition de l'hôtel de ville, la communauté lit construire un logement et des écuries pour le maître de postes. Celui-ci, logé jusqu'alors chez un particulier, recevait de la ville une indemnité annuelle de 300 livres. L'intendant engagea la communauté à faire l'économie de cette indemnité en construisant les locaux nécessaires. Mais la communauté manquait d'argent, et le 21 juin 1757, après avoir énuméré les grandes dépenses qu'elle avait à faire (*), elle objecta « la disette d'ouvriers, bois et autres choses nécessaires, si grande à Brest qu'on n'en trouve pas (2). » Enfin, en 1760, elle acquérait pour 3.000 livres un terrain situé près d'un abreuvoir ; la construction était adjugée à l'entrepreneur Yves Lejeune pour la somme de 12.600 livres <3). La maison des postes n'exigea plus désormais que les réparations courantes, mais l'économie que prévoyait l'intendant ne fut pas de longue durée : le maître de postes, quoique logé, obtenait de nouveau en 1771 une gratification annuelle de 200 livres.

Rappelons ici les dépenses, déjà notées, de 2.000 livres pour l'établissement d'un corps de garde sur le quai de Recouvrance, et de 14.000 livres payées en 1777 pour celui du Champ-de-Bataille.

La dernière entreprise de travaux de construction dont nous trouvions la trace dans les délibérations de la communauté est celle de l'établissement des tueries hors ville (4). Depuis longtemps l'on était frappé par la défectuosité des installations où les bouchers tuaient les bestiaux. On y avait remédié quelque peu en 1768 en faisant paver les abords des boucheries, mais cela ne suffisait pas. On décida d'établir des tueries près des remparts, entre ceux-ci. et la mer, à Porstrein. Un premier

(1) Notamment pour l'achat de l'hôtel de ville.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 100. Les travaux du roi (arsenal, fortifications, etc.), accaparaient à ce moment ouvriers et matériaux.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 48.

(4) Arch. du Finistère, C. 1.

devis, établi en février 1786, prévoyait l'énorme dépense de 79.904 livres ; l'intendant refusa de l'approuver fl). En octobre de la même année un nouveau projet montant seulement à 33.435 livres était accepté12). Les difficultés de la construction ne permettant pas de trouver un entrepreneur pour moins de 48.000 livres13), un plan plus économique encore (19.107 L), fut établi en août 1787 (*>. Cette fois le maire insista pour que Ton commençât les travaux, car le comte de Langeron et le ministre de la guerre le désiraient. On put enfin mettre les tueries en adjudication, mais on ne trouva pas d'entrepreneur acceptant le chiffre proposé, et la construction fut adjugée pour 23.900 livres (5), le 27 septembre 1787. Ce n'est pas tout ; le terrain où l'on va bâtir appartient aux fortifications, par conséquent au roi. Le maréchal de Ségur empêche tous travaux avant que la communauté n'ait promis de restituer le terrain au besoin, de se soumettre à diverses exigences du génie concernant le transport des déblais, et de payer à fétatmajor de la place, pour le dédommager de la privation d'un emplacement dont il ne se servait pas, une rente annuelle de 63 livres ^. Alors seulement l'entrepreneur put mettre ses ouvriers à la besogne.

La communauté lui versa un acompte de 12.000 livres en 1788. Malheureusement, le 26 juin 1789, la partie déjà construite, appuyée sur des rochers trop peu consistants et minés par des pluies continuelles, s'écroula presque tout entière'7). On parla de demander une indemnité au ministre de la guerre, qui avait permis la construction en cet endroit f8). On étudia les moyens de recommencer la construction des tueries, mais on recula devant la dépense. D'ailleurs les événements

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 76.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 107 et 113.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 32. Begistre d'enregistrement des adjudications, fol. 55.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 159, et BB. 32., fol. 57.

(6) Arch. mun. de Brest, BB. -25, fol. 165 et 186.

(7) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fui. 44.

(8) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 45.

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