RUES
révolutionnaires avaient déjà commencé à troubler l'administration municipale, et le projet fut définitivement abandonné W.
En dehors de ces constructions et de l'achat de l'hôtel de ville, la communauté ne fit guère d'autres acquisitions que celles des immeubles à abattre en vue de l'alignement des rues et du dégagement des places. Elle s'occupa d'ailleurs très sérieusement de régulariser le plan de la ville, et l'on remarque chez elle un constant souci d'embellissement, malheureusement presque toujours contrarié par le manque de ressources.
Depuis 1755 il était question d'acquérir de vieilles maisons sur le quai du côté de Brest, et de les abattre pour faciliter l'embarquement et le débarquement des marchandises'2). Cet achat avait été autorisé par lettres patentes, en même temps que celui de l'hôtel de ville. On allait procéder à l'évaluation des immeubles en 1757, lorsque les opérations furent suspendues par la guerre de Sept-Ans ; le roi ayant eu besoin de ces maisons pour en faire des magasins provisoires, on ne put en commencer la démolition qu'en 1761 (».
Vers la même époque on se préoccupe d'abattre un certain nombre de maisons qui sont bâties près de la façade de l'église Saint-Louis, afin d'établir là une place. Il faut attendre bien longtemps avant de parfaire cette œuvre, car les propriétaires résistent ; on n'y peut arriver qu'en 1786-87 M.
Les rues étroites ont besoin d'être élargies ; dans les quartiers neufs un certain nombre de maisons ont été plantées un peu au hasard, avant l'ouverture de véritables rues. Il faut pratiquer là des percées plus larges et plus rectilignes. L'initiative de ces travaux ne nous paraît pas venir de la communauté. Jusqu'en 1746, elle ne s'en occupe pas ; mais à ce
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 26, fol. 72.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 56, 59, 96.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 69; BB. 21, fol. 80.
(4) Arch. mun. de Brest, CC. 127
2'i2 BUDGET DES DEPENSES.
moment l'intendant lui conseille d'ouvrir deux rues, la rue Gharonnière qui mettra le bas de la Grand'Rue en communication avec l'église des Carmes, et une autre rue qui donnera accès du haut de la Grand'Rue à l'église Saint-Louis d). Prézier, directeur des fortifications de Bretagne, s'occupe des travaux que l'on presse le plus possible ; en juillet 1747, la communauté fait évacuer les maisons qui se trouvent sur le trajet de la rue Gharonnière ; c'est que l'on attend pour le mois d'août la visite de l'intendant et du duc de Penthièvre. Il faut qu'au 1er août on commence à rétablir les murs des façades de ces maisons pour qu'avant le 15 tout soit en état et que le duc puisse passer dans la nouvelle rue s'il le désire W. Les travaux sont repris après cette hâtive mise en état, jusqu'en 1750.
Quelques années plus tard, en 1762, l'ouverture d'une nouvelle rue est demandée par le commandant du Château. Elle partirait du quai pour se diriger vers les Carmes et serait d'une grande utilité pour le service du roi et pour le public. Le duc d'Aiguillon appuie fortement cette demande et la communauté obéit (3>. En môme temps elle voudrait faire exécuter dans la Grand'Rue des travaux importants : construction d'un égoût et pavage (*). Elle n'a pu encore obtenir en 1763 l'arrêt nécessaire pour commencer ces travaux, et dès 1765 elle entreprend en plus de mettre une seconde fois le Ghampde-Bataille en communication avec la rue de Siam, en ouvrant la rue d'Aiguillon à travers le jardin potager de l'hôtel Saint- Pierre (5). C'est vraiment de l'imprudence, pour une ville aussi pauvre, que de se proposer autant de dépenses d'un coup. Nous ne tardons pas à le constater : le 20 février 1766 l'entrepreneur arrête ses travaux faute de payement, et c'est le
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 16, fol. 71; DD. 4. Ce sont les rues Monge et Frézier aujourd'hui.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 16, fol. 91 et 95.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 103. Aujourd'hui rue Jean-Jacques- Rousseau.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 145. Aujourd'hui rue Louis-Pasteur.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 43.
rues. 243
28 juillet seulement que le miseur peut lui verser 9.427 livres et qu'il se remet à la besogne (1). Les mêmes demandes d'acompte se reproduisent en juillet et novembre 1767, sans suspendre les travaux f2). En 1768, nouvelle demande, et comme l'intendant ne se presse pas assez d'y répondre, l'entrepreneur déclare le 4 mai qu'il cesse ses travaux s'il ne reçoit pas un acompte le jour même &). Jusqu'en 1770 travaux et payements partiels se succèdent de la même façon <4).
Nous ne trouvons plus désormais d'ouverture de rues nouvelles ; la communauté s'occupe de mettre les rues existantes en relations les unes avec les autres au moyen d'escaliers bien nécessaires dans une ville bâtie sur un sol aussi accidenté f&). D'ailleurs l'argent continue h manquer ; le 5 juillet 1777 le maire « remontre que si le malheureux état où se trouvent les finances de la communauté ne permet pas de penser en ce moment aux objets d'embellissement dont la ville est susceptible, on ne doit pas néanmoins perdre de vue les choses utiles et indispensables. » Il fait alors un triste tableau de l'état dans lequel se trouvent les rues de Recouvrance. C'est vraiment lamentable, mais la communauté n'a plus d'argent, les travaux en cours « consommeront au-delà de ses facultés », et on ne fera les améliorations demandées, « quelque utiles qu'elles puissent être, qu'autant que la dépense à faire sera très modique. » Et, le devis établi, on déclare qu'on se bornera à remédier au cours du ruisseau qui descend la rue de la Porte, afin d'éviter les inondations W.
(1) Arch. mun. de Brest, BR. 21, fol. 68 et 96.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 141 et 152.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 170 et 175.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 182; BB. 22, fol. 9, 32, 63.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 175; BB. 18, fol. 68.
(6) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 164 et 167. Les eaux qui descendent la rue de la Porte charrient des sables et des boues formant « des amas si considérables que des eaux se répandent dans beaucoup de maisons des rues Neuve et de La Fontaine... La pompe de la rue de la Porte se trouve encombrée de boue et vase au point de ne la pouvoir pratiquer ». Le lavoir rue de la Voûte est à reconstruire, pour que « le peuple n'aille laver aux fontaines de la ville. » Enfin le long de la rue de la Porte, sur le pavé de la ville, se sont élevées des baraques en bois qui gênent la circulation et présentent un grand danger d'incendie.
Certes, depuis longtemps la communauté pense aux « objets d'embellissement de la ville ». Pour donner corps à ses projets, elle a même, en 1767, chargé le sieur Nicolin de lever le plan général de la cité, « d'indiquer les moyens de la décorer, et d'y désigner les lieux convenables à y faire les choses nécessaires, telles que halles et autres endroits publics M. » Le sieur Nicolin présente en 1770 seulement son travail, qui coûte 2.678 livres; il en a fait plusieurs réductions; « M. le Maire est prié d'en faire encadrer une dans la plus grande propreté, et d'y mettre un verre de Bohême, pour la présenter au nom de la communauté à Mgr l'Intendant^). » Et c'est tout ; on place le plan aux archives, mais on ne peut rien entreprendre.
C'est encore de l'extérieur que vient l'initiative de l'établissement du cours Dajot, le projet ayant été formé par M. d'Argens, commandant de la ville, et M. Dajot, directeur des fortifications de Bretagne, d'établir cette magnifique promenade sur les remparts. Le terrain appartient à l'Etat ; l'intendant de la marine aidera « du secours des forçats pour le remuage des terres ». La communauté, sollicitée de contribuer aux travaux, promet 3.000 livres <3). Mais elle ne peut tenir sa promesse aussi vite qu'elle le voudrait, et nous voyons en 1775 qu'on a retardé les travaux de la promenade faute de fonds, parce qu'on construit alors la tour de l'église Saint-Louis W.
Le cours Dajot devait coûter à la communauté plus cher qu'elle ne le prévoyait : le sieur Labiche, qui avait des terrains de ce côté, et qui, comme caution du fermier des octrois Feuillet, devait encore à la ville 6.258 livres, se jugea lésé par l'établissement de la promenade, entassa requêtes sur requêtes, et obtint, en échange de son terrain, la remise de sa dette <5).
Si l'on n'ouvre plus de rues nouvelles, on apporte du moins
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 135.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 84.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 41.
(4) Arch. mun. de Brest, DD. 4.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 60.
rues. 245
aux anciennes quelques perfectionnements : pour la première fois, en 1773, le nom des rues est gravé au coin de chacune d'elles, et l'intendant prie les officiers municipaux d'indiquer à l'entrepreneur chargé de ce travail les noms à inscrire'1). En même temps on décide de numéroter à nouveau les maisons, les anciens numéros se trouvant effacés ou étant devenus inexacts par suite de l'intercalation de constructions nouvelles. Les officiers municipaux se partagent la direction de la besogne ; la dépense s'élève à 399 1.5 s. (2). Il faut, pour les mêmes raisons, recommencer ce numérotage au bout de dix ans <3).
On continue encore à s'occuper d'alignements, et même on fait dresser en 1783 un plan général des rues, que le Conseil approuve le 28 juillet 1786 {tt\ La communauté fait ensuite établir par un ingénieur la liste des maisons à reculer, auxquelles on ne pourra plus faire de grosses réparations. Le plan a été adopté sans observations, mais on s'aperçoit en 1788 qu'il bouleverse toute la rue de la Fontaine, à Recouvrance, et sur ce point au moins il nécessite des modifications *).
Nous ne pouvons pas toujours retrouver dans les comptes du miseur les sommes employées aux travaux des rues, confondus souvent avec ceux des quais, cales et autres ouvrages. Cependant nous sommes en mesure de citer quelques chiffres. En 1766 on paye 6.409 livres pour la nouvelle rue des Sept-Saints allant du quai aux Carmes, 6.489 livres pour le Pont-de-Terre et 7.232 livres pour la Grand'Rue ; cette dépense totale de 20.130 livres est la plus forte que nous rencontrions. Les achats de terrains ou de maisons motivent des dépenses assez élevées : les maisons démolies sur le quai en 1761 coûtent 15.000 livres ; les terrains et maisons pour la nouvelle rue des Sept-Saints sont payés
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 188.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 188; BB. 23, fol. 114.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 92.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 104; BB. 25, fol. 100; DD. 2, n° 13.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 100, 101 et 178,
J 0.550 livres en 1764-65. Mais nous avons affaire ici à des dépenses exceptionnelles. Les années ordinaires, les rues occasionnent une dépense de 3.000 à 4.000 livres, et les achats de terrain coûtent en moyenne 1.000 livres.
A ces dépenses il faudrait ajouter les frais d'enlèvement des boues et fumiers, que nous avons déjà étudiés, et ceux du pavage, qui forment toujours dans nos budgets un article à part.
L'entretien d'une partie des quais et cales est à la charge de la ville. Nous avons vu que la communauté verse une somme annuelle de 1.200 livres, pour cet entretien, à l'ingénieur de la place, et que cette somme n'est nullement employée aux travaux en question. Il faut donc que la communauté s'occupe de les faire exécuter à ses frais.
Il se produit, pour ce chapitre de dépenses, ce que nous avons déjà constaté pour d'autres : on ne fait rien pour les cales et quais entre 1741 et 1762. Aussi les quais sont-ils en très mauvais état. En 1762, il faut commencer les réparations du côté de Brest, et en 1763 du côté de Recouvrance W. Dès lors, tous les ans on effectue des réparations. En effet, les quais de la partie inférieure du cours de la Penfeld, utilisés par le commerce, sont rapidement dégradés ; d'autre part, les cales servent pour l'embarquement de tous ceux que leurs affaires obligent à passer de Brest à Recouvrance et inversement. Il y a donc là une circulation très active, qui cause des travaux presque constants <2). On décide une nouvelle réfection générale en 1775, et elle s'accomplit durant les deux années suivantes <3).
Cependant l'intendant, qui se montre presque toujours le défenseur attentif des deniers municipaux, demande en 1778 des explications au sujet des 1.200 livres payées au génie. Ce
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 120; BB. 21, fol. 5.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 33. Il faut, par exemple, réparer la cale du Bocher, qui est dangereuse et cause des accidents, « tant aux hommes qu'aux bêtes. »
' (3) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 59.