ÉGOUTS
propose de construire un cloaque à ses frais dans le quartier Keravel, à condition qu'il dispose à son profit des fumiers qu'on y jettera ; sa proposition est acceptée {1).
Il existait de ces dépôts d'immondices un peu partout dans la ville ; les habitants, qui les ont d'abord supportés, semblent peu à peu exiger plus de bien-être : en 1781 ils demandent et obtiennent la suppression des deux cloaques de la place Médisance W ; en 1785 la communauté supprime celui du quai f3>. Ils constituaient en effet de médiocres ornements dans ces endroits très fréquentés.
Il y avait, près des remparts de la ville, une vaste dépression, à la fois cloaque et repaire de malfaiteurs, en contre-bas de quatorze mètres par rapport aux rues avoisinantes f4>. On appelait cet endroit le Pont-de-Terre. En dehors du danger causé par la présence de nombreux malandrins, les passants couraient le risque de tomber de la rue dans ce précipice, surtout la nuit. La communauté s'occupa maintes fois de les préserver en élevant le long des rues en bordure des murs ou des haies. Ce fut au cours du XVIIIe siècle une cause de dépenses assez considérables. En 1764-65 on commença ces travaux '5), et l'on eut à payer l'année suivante la somme relativement considérable de 6.489 livres à laquelle s'ajoutèrent 970 livres en 1767. En 1768 on s'occupa de paver la chaussée au pied du mur nouvellement construit afin d'en assurer la conservation'6); cela coûte 1.173 livres. Le Pontde-Terre ne nécessita plus désormais que des dépenses d'entretien/7). Il devait rester pendant plus de cinquante ans
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 101.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 84.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 38.
(4) Cette dépression, comblée depuis 1837, forme aujourd'hui la place La Tour-d'Auvergne et ses environs. Cf. Flkury, La place La Tour-d'Auvergne (Bull, de la Soc. acad. de Brest, 1864-1865, p. 80 à 90).
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 21, passim.
(6) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 169.
(7) Dans son état au vrai de 1784 la communauté représente comme absolument nécessaire la clôture complète du Pont-de-Terre. Elle évalue la dépense à 33.627 livres, somme naturellement introuvable.
encore le refuge, presque inaccessible à la police, des mendiants, des vagabonds et du rebut des filles publiques fl).
Bien que l'entretien des pavés nous semble aujourd'hui inséparable de celui des rues, il n'en était pas ainsi à Brest autrefois : la ville se chargeait seulement du pavage des places publiques, les particuliers étant obligés de faire paver à leurs frais la portion de rue située en face de leur propriété <2).
On fait exception, cependant, de 1765 à 1770, en faveur de la Grand'Rue : là se fait presque tout le commerce, aussi le pavé s'y use-t-il très vite. C'est pourquoi la communauté en entreprend la réfection complète à ses frais. Opération coûteuse, sans cesse arrêtée par le manque d'argent W. Les habitants du reste de la ville voudraient jouir du même avantage que ceux de la Grand'Rue ; l'intendant, de son côté, pense que tout le pavage doit être à la charge de la communauté. Mais celle-ci défend ses deniers avec d'autant plus d'énergie qu'elle n'en a guère dans sa caisse. Elle répond d'abord que, endettée de plus de 80.000 livres, elle ne peut soulager le public, et qu'elle continuera à paver les places seulement^4) (12 décembre 1771). L'intendant revient plusieurs fois à la charge, et pendant deux ans elle lui fait toujours la même réponse : le pavage général serait nécessaire, mais la ville n'a pas d'argent*5). Cependant elle est bien obligée de faire établir un devis général qu'elle adresse à l'intendant le 27 septembre 1774 ; les rues majeures auraient de chaque côté une largeur d'une toise pavée, le milieu de la chaussée serait en blocage ; les autres rues seraient en blocage seulement^. Un arrêt du Conseil du 9 janvier 1776 ordonne que ce devis soit suivi, aux frais de la. ville tf). Un an encore la communauté fait la sourde oreille. Puis le 15 mars 1777 elle adresse
(1) Rapport du maire au Conseil municipal, le 1er mai 1830, cité par Fleury, art. cit., p. 85.
(2) Arch. mun. de Brest, DD. 2, n° 17. Arch. du Finistère, C. 41.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 120.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 127.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 154, 156, 168, 194 (de 1771 à 1773).
(7) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 122.