‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 69 sur 120 · PAVAGE · texte numérisé non relu

PAVAGE

à l'intendant un tableau faisant connaître l'état de ses llnances, pour justifier de l'impossibilité où elle se trouve de se charger d'une telle dépense. « Dans cette position la communauté se voit forcée d'abandonner entièrement l'exécution de l'arrêt du Conseil pour réclamer celle des arrêts et règlements du Parlement... suivant lesquels chaque propriétaire est obligé de paver jusqu'au ruisseau &). «

Cette opposition de la communauté retarde encore les travaux de pavage, bien qu'on en commence une partie avant de connaître le jugement de l'intendant. Celui-ci ne se presse d'ailleurs pas de répondre, et en 1783 la communauté prend une nouvelle délibération pour obliger les habitants de la Grand'Rue à refaire à leurs frais le pavage que la ville avait payé pour eux en 1765. Ils peuvent d'autant moins s'y refuser, dit-elle, que le premier pavage ne leur a rien coûté, qu'on leur a fait un égoût « dans lequel se déchargent les latrines de leurs maisons, avantages dont les autres propriétaires sont privés »; et si la rue est plus fréquentée, si les pavés s'y usent vite, les commerçants, par contre, y font plus d'affaires et les loyers y sont plus élevés fr). Malgré toutes ces bonnes raisons, l'intendant répond enfin le 13 septembre 1783 que la ville payera le pavage en question. Décision qui demeure vaine : la communauté persiste dans son refus (3), et elle finit par obtenir gain de cause ; le 8 août 1784 l'intendant remet le pavé des rues à la charge des propriétaires <4).

En 1787 la communauté se départit de cette règle en faveur des marguilliers de l'église Saint-Louis, et se charge du pavage auprès du presbytère et du cimetière ; l'intendant l'approuve f5> ; par contre il refuse d'étendre le même avantage à la Congrégation des artisans qui avait obtenu de la communauté le payement du pavage environnant sa chapelle (•).

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 144.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 14.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 132.

(6) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 152.

Durant la période que nous étudions, la communauté dépense pour le pavage en moyenne 2.000 livres par an. La somme la plus forte, 13.556 livres, correspond au pavage de la Grand'Rue, payé en 1768. En dehors de cette anomalie, il y a plutôt progression dans les dépenses ; la moyenne des quatre dernières années est de 5.000 livres, et la dépense de la dernière année, 1788, se monte à 6.973 livres.

La ville n'a pas seulement à entretenir ses rues, ses quais et ses places publiques ; il lui faut consacrer tous les ans des sommes assez élevées à mettre en bon état les grands chemins de la banlieue'1). C'est une charge supportable quand il ne s'agit que de travaux d'entretien, mais lorsqu'elle doit refaire à neuf une assez grande longueur de chemin, la communauté se trouve à court d'argent, comme nous l'avons déjà vu maintes fois. Elle ne s'est pas occupée de sa banlieue entre 1709 et 1747. A cette époque, après un abandon aussi prolongé, il faut naturellement consacrer une grosse somme au chemin de Brest à Landerneau : le devis des travaux monte à 21.000 livres'2). L'entrepreneur avance lentement ; le 1er octobre 1748 le chemin qui devrait être terminé n'est pas au quart fait ; l'entrepreneur, qui n'a pas encore reçu d'argent, demande un acompte et obtient 3.000 livres '3\ demandes fréquemment renouvelées au cours des travaux qui durent jusqu'en 1753 1*). De nouveaux travaux assez considérables nécessitent en 1760 une dépense de 12.900 livres. Ensuite il suffit pendant une quinzaine d'années d'entretenir les chemins ainsi refaits ; cela n'empêche d'ailleurs pas les entrepreneurs de répéter souvent leurs demandes d'argent, auxquelles la communauté ne satisfait qu'à grand'peine <5).

En 1774, nouvelle grosse réparation qui élève la dépense à 18.000 livres, suivies de 5.600 livres en 1.775. Cet effort consi-

(1) Arch. du Finistère, C. 2.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 16.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 55.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 17, passim.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 166, BB. 22, passim.

Chemins de la banlieue. 253

dérable a sans doute épuisé la caisse de la communauté qui, durant les deux années ultérieures, ne dépense rien pour la banlieue, quitte à payer ensuite des frais d'entretien plus élevés.

En 1783 on apprend que les Etats, par délibération du 29 janvier, ont accordé aux villes de la province une subvention de 200.000 livres pour les aider à entretenir leurs banlieues. Naturellement la communauté de Brest, toujours gênée, demande sa part en faisant remarquer qu'elle a beaucoup dépensé pour ce service ri>. A la fin de 1785 seulement elle est avisée qu'on lui accorde 1.000 livres et que les commissaires des Etats viendront le 22 novembre procéder à l'adjudication du pavé à établir à rentrée de la ville f2). Ce n'est pas une telle subvention qui peut diminuer sensiblement la charge de la ville.

Les dépenses causées par l'entretien de la banlieue s'élèvent en moyenne à 3.250 livres par an entre 1757 et 1788. Si nous laissons de côté les années exceptionnelles où la communauté a dû solder une réfection presque totale, nous constatons que ces dépenses sont en progression croissante : la moyenne pour les cinq années 1761-65 est de 2.400 livres ; pour les cinq années 1778-82 elle passe à 3.500 livres, et à 5.580 livres pour les trois dernières années 1786-88.

Nous avons parlé, en étudiant le budget des recettes, du fonds des lanternes. La ville touchait sur ce fonds une rente annuelle de 2.703 livres qu'elle aurait dû affecter au service de l'éclairage public. Il n'en était rien : elle recevait cette rente sans éclairer ses rues depuis 1701. En 1767i, par ordre du duc d'Aiguillon, il lui fallut acheter deux fanaux qui, placés de chaque côté de la Penfeld, devaient en faciliter le passage '3). Elle borna là ses frais « d'illumination >». Aussi, lorsqu'en 1771 l'intendant demanda un état des dépenses réelles d'éclairage public, la municipalité crut prudent de ne pas

(1) Arch. mun. do Brest, BB. 24, fol. 158.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 60 et 69.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 15.

répondre (*). Une seconde lettre de l'intendant, six mois après la première, lui permit enfin d'obtenir les renseignements demandés. Il fallut encore attendre plusieurs années avant de voir la communauté s'occuper sérieusement de cette question. Enfin, en novembre 1776, sur le désir plusieurs fois exprimé par le comte de Langeron de voir la ville « illuminée », la communauté, considérant que Brest était à cette époque rempli d'étrangers, décida d'inviter les particuliers à faire l'acquisition de réverbères en nombre suffisant pour éclairer les rues. Elle-même en achèterait de trente à quarante pour les places publiques. Elle se chargeait d'entretenir tous les réverbères de la ville en mèches et en huile (2). On commença donc sur ces bases un éclairage rudimentaire. Pour la première année, 1776-1777, la dépense totale s'éleva à 4.061 livres. La seconde année on perfectionna quelque peu le service et l'on dépensa 6.119 livres 3).

Au commencement du troisième hiver, les habitants constatent que les réverbères ne sont plus allumés, et même qu'on ne les a pas, en octobre, replacés dans les rues selon l'usage. L'un des intéressés, le comte du Rozel, qui a fourni un réverbère deux ans auparavant, se plaint de ne plus le revoir. Il s'adresse à l'intendant qui demande à la communauté de fournir des explications. Le comte du Rozel, dit la communauté, n'est pas seul dans ce cas : « Tous les réverbères sont en dépôt à l'hôtel de ville, où ils attendent le moment heureux où les finances permettront aux officiers municipaux de les faire valoir à Futilité publique. » Quand on aura de l'argent, a M. le comte du Rozel peut être assuré qu'il sera le premier à en ressentir les effets <4). » On organise enfin pour cet hiver 1778-79 un service restreint, économique, dont le prix ne monte qu'à 1.516 livres. Les habitants, naturel-

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 92 et 123.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 128, et DD. 2, n° 18.

(3) Quelques particuliers demandent la faveur d'avoir près de leur porte un réverbère entretenu par la communauté. Celle-ci ne le leur accorde pas (Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 176; BB. 24, fol. 4).

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 6.

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