‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 7 sur 120 · LE COMMERCE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE

Fondée en 1687, reconstruite et agrandie en 1764, souvent subventionnée, elle ne fit jamais de brillantes affaires (*).

Pas de tanneries (nous ne rencontrons qu'un seul tanneur); pas de papeteries ; quelques imprimeries qui tirent leur importance de la marine ; quelques ateliers de fabrication des cartes à jouer ; quelques fours à chaux, alimentés par le calcaire de l'île Ronde, un des rares gisements de la région <2) ; quelques essais de brasserie avec culture de houblon (3).

Le commerce a plus d'importance à Brest que l'industrie, sans cependant en avoir beaucoup. C'est que « Brest est un port de marine royale, où le commerce est interdit pour les colonies...; on n'y connaît d'autre commerce que celui qu'occasionne la consommation particulière des habitants <4). »

C'est ce que confirment les tableaux où nous avons reproduit, à titre d'exemple, les mouvements du port de commerce de Brest en janvier et en juin 1782. Les aliments solides arrivaient à Brest presque exclusivement par terre; nous constatons que par mer on y apportait surtout du vin; et presque toujours celui-ci venait de Bordeaux. Nous ne serons donc pas étonnés de voir les marchands de vin en gros au nombre des négociants les plus importants de Brest. Les noms de ceux du XVIIe siècle sont ceux qu'on retrouve au premier rang de la bourgeoisie au XVIIIe (5). En 1750 nous les rencontrons parmi les contribuables les plus fortement

(1) Bourde de la Rogerie, op. cit., p. clxxxv.

Cf. Henri Sée, Les classes rurales en Bretagne du XVIe siècle à la Révolution, p. 450. La manufacture de toiles à voiles de Brest fait travailler les forçats, accapare les fils de la région, et ruine les malheureux fabricants des environs.

Malgré sa faiblesse, la manufacture de Brest porte un grave préjudice à la manufacture de Locronan, que l'on accuse en 1754 de produire des toiles défectueuses (Arch. d'IUe-et- Vilaine, C. 1532).

(2) Bourde de la Rogerie, op. cit., p. ccvn.

(3) Bourde de la Rogerie, p. ccx, et Levot, op. cit., t. III, p. 147.

(4) Arch. de l'Amirauté de Brest, B. 4688. Surtout commerce de cabotage, comme le montre la provenance des bateaux.

(5) Cf. Bourde de la Rogerie, op. cit., p. ucxi.

iO SITUATION ÉCONOMIQUE.

capités (de 22 livres à 42 livres); Péburier, par exemple, qui plus tard sera maire, a deux servantes et paye 28 livres de capitation tt).

L'importation des autres marchandises semble bien médiocre à côté de celle du vin; Brest reçoit surtout ses approvisionnements de la province : bois de chauffage de Port-Launay et de Landerneau, grains de Tréguier, Binic et Bréhat. Le commerce avec l'étranger, fort restreint, consiste surtout dans l'importation de matériaux pour les constructions navales : planches de Memel ; planches, brai, fer d'Emden, de Brème ; chanvre de Russie. Tout au plus, pendant la guerre d'Amérique, quelques navires ayant porté des munitions de guerre ou des vivres à nos troupes, reviennent-ils à Brest chargés de tabac de Virginie, de sucre ou de café.

Quant à l'exportation, elle est nulle. Presque tous les navires quittent Brest sur lest ou chargés de fûts vides. Quelques-uns repartent pour un autre port avec une partie des denrées coloniales apportées par eux d'Amérique ; quelques autres se dirigent vers ce pays avec des munitions et des vivres. Un seul, sur plus de cent vingt que nous avons relevés, un navire de 18 tonneaux seulement, s'en va à Bordeaux chargé d'un produit local, Je suif.

Si les commerçants de Brest s'enrichissent, c'est donc surtout en revendant à leurs concitoyens le vin apporté par mer, ainsi que les étoffes, draps, soieries, toiles. Ils accaparent tout particulièrement ces dernières, en centralisant la production des tisserands ruraux, souvent au détriment des marchés moins importants W.

Ils sont rarement armateurs, ou ne possèdent que de petits navires, comme nous le prouvent nos tableaux (3). ns ajoutent

(1) Arch. mun. de Brest, CC. 64 et 65.

(2) Cf. Levasseur, Histoire des classes ouvrières et de Vindustrie en France, t. II, p. 528.

(3) Le 24 mars 1765, le maire Féburier vend un navire de 30 tonneaux (Arch. de l'Amirauté de Brest, B. 4687).

Page 1