‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 8 sur 120 · LES CORSAIRES · texte numérisé non relu

LES CORSAIRES

parfois à leur commerce des fonctions quelque peu rémunératrices : par exemple, un Jourdain, négociant à Recouvrance, est vice-consul de Danemark &î.

Aux profits d'un commerce régulier, les négociants ajoutaient les bénéfices provenant de la course; non pas qu'il y eût à Brest beaucoup de propriétaires de navires corsaires, mais parce qu'on y amenait assez souvent des prises dont les marchands brestois achetaient la cargaison.

Ils essayaient naturellement de l'acquérir à vil prix, de là des contestations avec les armateurs <2). Nous en trouvons un écho dans la supplique adressée au lieutenant général civil et criminel de l'Amirauté, à Brest, par « nobles gens Victor Gourio, seigneur de la Haute-Maison, et René QUintin », tous deux du port de Binic, armateurs des corsaires le Modéré et le Joson (3K Ils ont, les 22 et 24 mai 1744, fait de compagnie et de moitié deux prises anglaises chargées de riz, le Léopard et VUnion. Les sieurs Jourdain, de Recouvrance, et Lamothe, de Brest, en ont acheté les cargaisons le 10 septembre 1744, mais le second se refuse à prendre livraison de tout le lot qu'il a acheté, et dont il conteste la qualité et la fraîcheur. Les experts lui donnent raison. Les deux armateurs demandent alors une nouvelle adjudication, et, le 21 novembre de la même année, Jourdain acquiert les cinq cents boucauts de riz restants au prix de 22 1. 5 s. le boucaut.

Naturellement les Brestois essayent aussi quelquefois d'armer pour leur propre compte des navires en course. Opération souvent peu fructueuse. Ainsi, la Sauterelle,

(1) Arch. de l'Amirauté de Brest, B. 4686.

(2) Cf. Bourde de la Bogerie, op. cit., p. cvn. D'après des documents de 1748, on amène relativement peu de prises à Brest parce' qu'on « lit dans les yeux des habitants l'avidité de dévorer tout ce qui leur tombe sous la patte » (Arch. de l'Amirauté de Brest, B. 4650).

On amène surtout des navires jersiais surpris sur la côte de Bretagne.

Il nous semble que celte crainte n'existait plus en 1779. En effet, l'état des vacations revenant au lieutenant général de l'Amirauté, pour les prises, en date du 23 avril 1779, indique un total de 30 prises (Arch. mun. de Brest, HH. 23).

(3) Arch. mun. de Brest, HH. 23.

armée à Brest, croise en 1757 au débouché de la Manche et capture sans combats les navires sans défense qu'elle conduit à Saint-Malo, à Brest, au Croisic. Elle se l'ait prendre par les Anglais, croit-on, et le compte final se solde par une perte de 63.862 1. 1 s. 11 d. Les gains des courses précédentes nous permettent de réduire la perte à 7.584 livres. L'armement de ce corsaire a donc été une mauvaise affaire (*).

Il est des courses plus rémunératrices : le négociant Fournier a un navire corsaire, V Ambition, qui, lors de la liquidation générale laite à Brest le 10 juin 1764, rapporte à l'armateur et aux intéressés 186 1. 8 s. 5 d. pour 100 livres de capital engagé ®.

Sous Louis XVI, bien que diminuée par suite de la concurrence que lui font les bâtiments de l'Etat, la course brestoise existe encore. Nous avons pu, dans un carton non encore classé des archives de l'Amirauté, trouver les documents qui concernent l'armement en course du navire la Marquise d'Aubeterre, appartenant au maire Le Guen de Neugel, en 1780-82. L'armateur commence par distribuer un prospectus manuscrit dans lequel il vante les qualités nautiques de son navire et le peu de dépenses à faire pour se mettre en campagne; il prévoit des bénéfices certains et demande des associés.

Le navire est bien petit, objecte l'intendant; mais, comme Le Guen est maire, par grâce spéciale, on lui permet la course. Il engage quatre ofïïciers, six officiers-mariniers et cinquante-trois matelots et novices ; équipage hétéroclite : seuls les novices sont des Bretons; les matelots sont de Malte, de Philadelphie, de Naples, de Gênes, de llaguse... et désertent en assez forte proportion.

Le petit navire fait, en 1780, du 30 mai au 12 juillet, cinq prises vendues 200.410 1. 11 s. 11 d. L'achat du navire, la

(1) Dr Corre, Un corsaire brcstuis sous Louis XV (Bull. Soc. arch. du Finistère, 1895, p. 334).

(2) Dr Corre, Armateurs et marins bretons d'autrefois (Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, t. XVIII, p. 261).

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