‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 71 sur 120 · ÉGLISES · texte numérisé non relu

ÉGLISES

l'église, dit le corps municipal, et ne la rendirent à la communauté en 1742, moyennant 50.000 livres, que parce qu'il y fallait faire trop de réparations M. » Celle de Saint-Sauveur datait de 1679 et avait été reconstruite entre 1719 et 1749 ; elle venait en 1750 d'être érigée en paroisse <2).

En cette même année, la communauté demandait à l'intendant de fixer la somme à prélever sur les octrois pour l'achèvement des deux églises, et celui-ci allouait par an 4.000 livres à l'église Saint-Louis et 500 livres à l'église Saint- Sauveur (3). Jusqu'en 1765, en dehors de ces subventions régulières, la communauté ne vient en aide qu'une seule fois aux marguilliers de Saint-Louis, alors endettés, et paye pour eux les 960 livres que coûte le pavage du bas de l'église M.

Bientôt celle-ci est reconnue insuffisante pour la population croissante de la ville. En construire une seconde serait bien trop coûteux : on agrandira l'église Saint-Louis en y ajoutant une chapelle construite sur le terrain du roi ; on espère que celui-ci fera cadeau de sa terre, mais lorsqu'on apprend qu'il la faudra payer, on décide d'attendre (&). Cependant le monument est en piteux état ; une délibération de la communauté, du 7 mars 1767, nous apprend que les bas-côtés manques sont à refaire, que la charpente, mal protégée par un toit provisoire, est pourrie, que les cloches, suspendues à cette charpente, pourraient tomber (aussi ne les sonne-t-on plus, même en cas d'incendie), enfin que le clocher est inachevé ; c'est pourquoi la communauté demande h consacrer 4.000 1. par an à l'église <6). L'arrêt du Conseil du 16 mai 1769 l'autorise à dépenser 40.000 livres, à raison de 2.000 livres par an pendant vingt ans, pour l'église Saint-Louis (pour le clocher et les bas-côtés en particulier), et 10.000 livres, à raison de 2.000 livres par an pendant cinq ans, pour l'église Saint-Sau-

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 125.

(2) Cf. Levot, op. cit., t. I, p. 341.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 148, et BB. 18, fol. 22.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 99 et 112.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 41 et 62.

(6) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 125.

veurW. La communauté ne put payer entièrement la subvention accordée à l'église Saint-Sauveur, à laquelle fut fait un seul versement de 3.000 livres en 1771 ; par contre, si nous additionnons toutes les sommes payées pour l'église Saint- Louis, nous trouvons, de 1771 à 1788, un total de 53.732 livres. Le supplément de dépenses provient surtout des nombreux travaux de consolidation que nécessita la tour de Saint-Louis : il fallut reprendre une partie de l'édifice en sous-œuvre (2K Aussi comprenons-nous que la communauté, aux prises avec tant de difficultés financières, se soit refusée en 1781 à venir encore en aide à la fabrique de Saint-Louis, qui voulait faire construire un perron et établir un jeu d'orgues f3>. Les marguilliers présentent cependant une nouvelle requête, et la communauté, qui persiste à refuser le jeu d'orgues, finit par accorder son concours pour la construction du perron, à condition que les officiers municipaux vérifieront l'emploi de leurs subsides f/'). Le perron est construit en 1780-88, mais la municipalité, aussi obstinée à défendre ses deniers que le sont les marguilliers à les solliciter, refuse encore en 1788 et 1789 de contribuer à l'achat des orgues, ainsi que d'une balustrade, d'une horloge et d'autres ornements pour Saint- Sauveur (5).

En résumé, de 1751 à 1765, les églises coûtent à la communauté une somme annuelle de 4.500 livres ; de 1766 à 1770 elles ne lui coûtent rien ; Saint- Sauveur reçoit 3.000 livres en 1771 et rien ensuite ; Saint-Louis reçoit de 1771 à 1788 un total de 53.732 livres, soit en moyenne 3.000 livres par an. Gomme la caisse municipale, au cours de cette période, est souvent vide, notre moyenne ne signifie pas grand'chose : la somme totale est répartie sur huit des dix-huit années que

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 40; CC. 128, n<> 178.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 35, 72, 139.

(3) La communauté qui avait cette année-là payé 8.704 livres pour les travaux de l'église Saint-Louis, répondit : « Le jeu d'orgues n'est que du luxe, et il est connu que la fabrique a des fonds plus que suffisants pour faire construire le perron. » (Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 79).

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 166; BB. 25, fol. 109.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 180, 182.

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nous considérons, et les versements annuels varient de 2.000 livres (en 1787) à 10.190 livres (en 1786) et même 12.000 livres (en 1775).

Nous ne trouvons à peu près pas de délibérations se rapportant aux cimetières avant 1758. A cette époque on décide la démolition de l'ancien cimetière situé rue Notre-Dame, à Recouvrance, et qui ne sert plus depuis longtemps (D.

La terrible épidémie qui ravagea l'escadre et la ville en 1757-58 a obligé la communauté à se procurer des fossoyeurs supplémentaires ; elle a obtenu le concours des forçats, et ceux-ci lui demandent et obtiennent dix sols de salaire par jour pour 706 journées W. On a dû en même temps chercher un cimetière d'étendue suffisante et l'on a enterré les victimes dans un champ hors de la ville. Deux ans après l'épidémie, le propriétaire du terrain demande qu'on le lui achète pour 2.440 livres, ou qu'on lui en paye la location depuis 1757 et qu'on le remette en état d'être cultivé. La communauté trouve cette dernière proposition indécente et dangereuse, et achète le champ pour 2.440 livres '3). Elle se trouve ainsi en possession d'un cimetière supplémentaire, en dehors de la ville, et suffisant pour longtemps, du moins pour le côté de Brest w.

Le côté de Recouvrance n'a pas cet avantage ; aussi en 1779 le général de la paroisse de Saint-Sauveur décide-t-il d'établir un nouveau cimetière. Mais il veut le mettre à l'intérieur de l'enceinte. La communauté s'élève contre un tel projet, contraire aux ordonnances qui exigent même le transfert hors ville des cimetières déjà établis'5'. Une commission est nommée qui devra se concerter avec les marguilliers de Saint- Sauveur pour trouver une solution plus acceptable. Cette commission formule de sévères critiques à l'adresse du général

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 142.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 149.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 43.

(4) Agrandi à plusieurs reprises, il forme encore aujourd'hui le cimetière de Brest.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 24.

de la paroisse : l'ancien cimetière, dit-elle, a été mal aménagé, il contient beaucoup trop d'arbres qui perdent beaucoup de place ; de plus, un sieur Larzel avait donné un demi-journal de terre pour l'agrandir, le général a préféré affermer ce terrain pour 31 livres par an ; le besoin d'un cimetière nouveau ayant été causé par ces fautes, la communauté ne donnera rien, c'est à la paroisse à s'en pourvoir de ses propres deniers iV>. On revient peu après sur cette décision trop radicale, on se met lentement d'accord sur le choix d'un terrain hors les murs, et la ville débourse le 1er avril 1780, pour sa part, 5.616 livres 3 sols 8 deniers'2).

La dernière délibération que nous rencontrions concernant le cimetière de Recouvrance se rapporte aux enterrements. En 1782 le général de la paroisse de Saint-Sauveur demande « un tombereau et les harnais nécessaires pour transporter les cadavres au nouveau cimetière ». L'hôpital est chargé de satisfaire à cette requête, « les tombereaux existant depuis longtemps l'3). »

L'édit de novembre 1787 sur l'état-civil et la sépulture des non-catholiques ne coûta presque rien à la communauté. Mise en demeure par le procureur du roi de la sénéchaussée de l'appliquer, en mai 1788, elle se borna à fournir à ce magistrat les sept registres nécessaires, et décida d'affecter aux non-catholiques une portion de chacun des cimetières existants (*>.

Au cours des précédents chapitres nous avons vu que la communauté est souvent en procès. Nous ne serons donc pas étonnés de voir qu'elle dépense une assez grosse somme en procédures, consultations, voyages à Rennes et à Paris pour y soutenir ses intérêts. En dehors des 600 livres d'honoraires annuels qu'elle paye à son avocat Bergevin, nous la voyons consacrer aux procès une moyenne de 450 livres par an. Les

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 24. fol. 30.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 24. fol. 43.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 24. fol. 88.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol, 172, 176 et 191.

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