‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 85 sur 120 · FOURNITURES AUX CASERNES · texte numérisé non relu

FOURNITURES AUX CASERNES

possède une à Recouvrance, et, vers 1750, il y en a une en construction au Château. Elles sont bien loin de suffire au logement des troupes, surtout en temps de guerre, et, malgré son désir d'éviter aux habitants une surcharge insupportable, la communauté est bien forcée de loger chez eux de nombreux soldats. La guerre de Sept-Ans oblige le gouvernement à concentrer à Brest des forces imposantes. En février 1756 il y a déjà un grand nombre de matelots chez l'habitant, on annonce des troupes, et la communauté demande à la commission intermédiaire de faire évacuer pour les loger, des maisons qui ont déjà servi de casernes*1).

Peu après, elle se plaint que la partie déjà construite de la caserne du Château soit insuffisante pour le régiment de Brie, dont trois compagnies iront chez l'habitant déjà accablé de quantité d'autres troupes, et elle demande l'achèvement du corps de caserne commencé G). C'est vers cette époque que la communauté dépense 11.264 livres pour acheter quatre-vingts lits destinés à l'île d'Ouessant <3). Comme ces lits sont encore à Brest en septembre 1757, elle les prête à l'hôpital qui y couchera les blessés ; on s'attend en effet à une attaque des Anglais contre Brest <4). Mais, trois semaines après, elle reprend ses lits, car on annonce des troupes, et d'un moment à l'autre les habitants devront leur fournir de la paille et de la balle fraîches et des draps blancs. En même temps la communauté se charge de menues réparations aux ustensiles des casernes, ce qui lui coûte 919 1. 5 s. (5>.

Plusieurs fois encore, au cours des années 1758 et 1759, la communauté est obligée de loger des troupes chez les habitants : les capitaines de la milice bourgeoise sont chargés d'en régler la répartition, et pour y arriver ils se servent des rôles qu'ils ont déjà dressés en vue de la capitation <6).

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 63.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 66.

(3) Voir plus haut, chap. VI, p. 271.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 107

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 109.

(6) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 59.

Bien que les habitants soient légèrement rétribués, puisque, par ordonnance du 17 novembre 1759, la commission intermédiaire leur a accordé deux sols par jour et par homme '*), la charge est si lourde dans une ville de guerre comme Brest que les ouvriers y échappent en allant loger dans les villages voisins. D'autre part, si les soldats sont casernes, les habitants doivent leur fournir des lits, et bien qu'on leur en paye le loyer à raison de 12 1. 10 s. oar an '~\ cela ne laisse pas que d'être fort gênant pour les pauvres gens qui se voient obligés de coucher par terre.

C'est pourquoi la communauté cherche à alléger ce fardeau en fournissant aux casernes de nombreux objets de literie et achète de ses deniers vingt milliers de paille à 15 livres le millier <$. A chaque départ de régiment elle nomme des commissaires pour vérifier l'état dans lequel sont laissées les fournitures^. Ces fournitures et les casernes sont bien loin de suffire ; malgré la bonne volonté du corps municipal, en décembre 1762 les habitants se plaignent encore de loger onze compagnies du régiment de Beauvais. Comme elles sont destinées au service du port de guerre, le duc d'Aiguillon les fait loger dans les casernes de la marine rft>.

La guerre de Sept-Ans terminée, une partie des troupes qui encombraient Brest quitte la ville. Mais à ce moment la négligence du maire Féburier ajoute aux ennuis du logement un retard considérable dans le payement des allocations que les habitants attendent avec impatience (<5). En vain la communauté réclame à plusieurs reprises les comptes que Féburier doit rendre de sa gestion : sorti de charge, il oppose à toutes ces demandes une inertie coupable. Les malheureux habitants

(1) Caron. op. cit., p. 46; Dupuy, op. cit., p. 205. Les hommes couchent deux à deux. Pour loger un adjudant, qui couche seul, on reçoit 4 sols par jour.

(2) Caron, op. cit., p. 61; Dupuy, op. cit., p. 218 : Le commerce des fripiers est florissant. Ils louent des lits à ceux qui n'en ont pas pour les soldats.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 73 et 79.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 55.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 128.

(6) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 55.

se plaignent à l'intendant, et, aux doléances particulières concernant le non-payement du loyer de leurs lits par Féburier, ils ajoutent des doléances générales : la charge du logement est mal répartie puisque les plus riches en sont exempts ; on fait coucher les pauvres gens et leurs enfants sur la paille, pendant que leurs lits sont aux casernes où ils se perdent. La communauté ne répond rien à ces dernières plaintes, mais elle met tous ses soins à régler les comptes de Féburier. C'est une bien longue affaire ; commencée en 1765, elle nécessite un échange de correspondance, de mémoires, de requêtes, entre l'ancien maire, la communauté, la commission intermédiaire et l'intendant, et la solution définitive n'intervient qu'en 1774 (1h

Il est bien naturel que cette affaire ait rendu plus difficile le logement des troupes ; la communauté ne sait plus où s'adresser. En août 1765, elle reçoit l'ordre de loger le régiment de Penthièvre : elle recourt à l'arsenal de la marine qui ne peut donner que cent soixante bois de lit, quatre milliers de laine et crin, et une quantité suffisante de mauvaises couvertures. La communauté trouve trop coûteux de fournir le reste, mais les habitants, qui ont déjà beaucoup de soldats chez eux, ne peuvent plus rien donner ; elle renvoie au commandant son ordre de logement qu'elle ne peut exécuter (2).

L'année suivante elle loge le régiment de Berry au séminaire de la marine et demande des fournitures aux habitants^). Dans le grenier de ce séminaire, la communauté a remisé des lits lui appartenant; elle en prête en 1767 une soixantaine, demandés pour leurs recrues, aux régiments de Dauphiné et de Vermandois, toujours dans le but de soulager les habitants.

Malheureusement pour ceux-ci, la situation spéciale de

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 55, 144, l(>i; BB. 22, fol. 119 et 144; BB. 35, copie de lettres, fol. 32 et 38; EE. 53 et 54. En 1772, le conseiller Gillart., qui doit passer à Bennes, est chargé de voir les commissaires des Etats pour en finir.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 45.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 74.

Brest, où sont si nombreux les employés de la marine, crée en ce qui concerne le logement des troupes des difficultés de même ordre que celles que nous avons déjà rencontrées à propos de la capitation ; le nombre des habitants exempts de logement au titre de la marine est si considérable que le fardeau écrase le reste de la population. En 1771, il y a à Brest beaucoup de troupes et surtout d'officiers; ces derniers sont si difficiles que personne ne veut les loger ; chacun s'esquive en essayant de prouver qu'il a des attaches avec l'arsenal. La communauté est obligée de déclarer qu'il y a « cas de foule », et que tout le monde logera, exempt ou non. Pris d'un beau zèle, et pour éviter les récriminations, les officiers municipaux décident môme que chacun d'eux logera un officier ou des soldats (l).

Toutes les difficultés s'aplanissent d'ailleurs pour quelques années, car la paix paraît solidement établie et les troupes peu à peu s'éloignent de Brest. Elles vont recommencer aux approches de la guerre d'Amérique, pendant laquelle les régiments viennent à Brest plus nombreux que jamais <V. La communauté commence par refuser d'installer un hôpital pour les galeux, que lui demande le commissaire des guerres, « cet objet ne pouvant être de sa compétence ni à sa charge ^3). » Mais elle ne peut que s'incliner devant les demandes régulières de logement ; elle fera la répartition entre les habitants des soldats appartenant aux régiments de Normandie et d'Auxonne- Artillerie (*), et celle des nombreuses troupes qui arrivent sans cesse. Mais elle a toujours soin de réserver ses droits, et si, sur la demande du commissaire des

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 87.

(2) Il y a dans le Château trois corps de casernes. Les soldats de trois bataillons y sont assez mal logés à cause de l'humidité et du manque d'air. A Recouvrance il y a des casernes pour deux bataillons. Elles ont tous les défauts possibles. Outre ces casernes, les Etats louent dans Brest des maisons pour un bataillon. Pendant la guerre on peut placer chez l'habitant un bataillon à Brest et un à Recouvrance (chaque bataillon comprend 600 hommes). (Bibl. mun. de Brest, Fonds Langeron, cart. II, mémoire de 1776, p. 59 et 60).

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 23. fol. 147.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 185.

Page 1