EXEMPTIONS
guerres, elle veut bien lui prêter l'hôtel de ville pour deux jours, c'est en déclarant qu'elle ne le fera que cette seule fois t*4.
Pour éviter le retour d'ennuis semblables à ceux que causa Féburier, la communauté nomme deux commissaires qui assistent au payement du logement, effectué par le correspondant de la commission intermédiaire^).
Pendant toute la durée des hostilités la population de Brest se trouve ainsi constamment surchargée de troupes, et constamment nous retrouvons les mêmes plaintes de la communauté, impuissante à soulager ses malheureux administrés. Il faudrait des casernes, mais on les réclame en vain. A la veille de la Révolution nous trouvons un dernier et inutile écho de ces plaintes : « Il n'est point de ville dans la province où il soit plus difficile qu'à Brest d'établir un logement de troupes chez l'habitant. Il n'est pour ainsi dire aucune maison qui ne soit habitée par des officiers et autres personnes entretenues au service de la marine, et par des particuliers jouissant par leur état de l'exemption du logement des gens de guerre, en sorte qu'il ne reste à assujettir à cette corvée que peu de personnes dont la plus grande partie se trouvent dans la misère, ou dans la plus grande gêne, faute de local. » Il n'y a pas de casernes, et l'on ne peut songer à prendre, pour en tenir lieu, des maisons particulières, car on ne saurait où loger les locataires qui les auraient évacuées. Il faut donc encore une fois loger chez l'habitant, pour six mois, le régiment de Normandie. Pour éviter cependant que les soldats ne donnent la gale à leurs hôtes, comme cela s'est produit précédemment, la communauté préparera un logement spécial pour les galeux13).
Nous le voyons, le logement des gens de guerre constituait pour les habitants de Brest une charge extrêmement lourde, et cette charge était considérablement alourdie par les nom-
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 34.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 36.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 157.
breuses exemptions accordées aux employés de la marine, et qui n'excluaient pas les exemptions dont jouissaient, comme partout ailleurs, la noblesse, le clergé et la partie la plus riche de la bourgeoisie. Un nombre relativement restreint de petites gens supportaient donc presque tout le fardeau, et Ton arrivait à cette situation paradoxale que, dans une ville exposée à recevoir beaucoup de soldats, la proportion des habitants obligés de les loger était moins grande que dans les villes recevant des troupes peu nombreuses.
Disons pourtant, à l'honneur de la communauté, qu'elle répartissait toujours les soldats à loger conformément à la justice, de sorte que personne n'en reçût une seconde fois avant que tout le monde n'eût logé une première fois. De plus, nous voyons la communauté constamment occupée à diminuer les charges des habitants par l'organisation de casernes temporaires auxquelles elle fournit une partie de la literie et des ustensiles nécessaires M.
Les troupes ainsi répandues dans toute la ville nécessitaient, plus que si elles avaient été casernées, un important service d'ordre. Ce service était assuré d'une part par des patrouilles et, d'autre part, au moyen de corps de garde. Un certain nombre de ceux-ci, installés près des fortifications, étaient entretenus par le roi, tandis que la ville était chargée de ceux qui se trouvaient à l'intérieur. Nous avons déjà vu, au cours de notre étude financière, ce que coûtait au budget municipal la fourniture du bois, des chandelles et des ustensiles aux corps de garde, et le loyer des locaux où ils étaient installés. Nous voulons seulement faire ici l'historique de l'établissement d'un nouveau corps de garde sur la place du Champde-Bataille, parce qu'il montre bien avec quelle opiniâtreté la communauté essayait de se soustraire aux charges qu'elle ne jugeait pas obligatoires.
La communauté venait déjà de dépenser 2.000 livres pour
(1) Les ordres de logement forment aux Arch. mun. de Brest, la liasse EE. 51.
service d'ordre. 299
établir un nouveau corps de garde sur le quai de Recouvrance -1), lorsqu'une ordonnance de service du 1er mars 1768 lui prescrivit d'en faire construire un sur le Champ-de-Bataille ou place d'Armes, et de supprimer par contre celui de la rue des Sept-Saints. On n'avait pas encore commencé en 1773 l'exécution de cet ordre. Le commandant de la ville, M. de Béhague, se rend à l'assemblée municipale le 19 octobre, et manifeste quelque étonnement de cette inaction ; on lui en donne les motifs : les finances de la ville sont constamment en mauvais état, et la communauté craint en outre de troubler la tranquillité publique en remaniant la distribution des corps de garde. M. de Béhague insiste, et pour montrer son esprit de conciliation il propose d'acheter le terrain pour le compte du roi, de ne laisser à la ville que les frais de construction, et même de lui faire l'avance de la somme nécessaire en lui donnant des délais pour la rendre. La communauté, qui ne veut pas céder, promet seulement d'étudier la question "$. On l'étudié si longtemps que les autorités militaires s'adressent au roi. En janvier 1775 une lettre de l'intendant apprend à la communauté que le roi « autorise » la ville de Brest à emprunter 14.000 livres pour faire construire le corps de garde en question. C'est un ordre à peine déguisé'3). La communauté nomme deux commissaires pour rédiger une réponse qui est prête une semaine plus tard : la communauté fait savoir à l'intendant qu'il y a déjà un corps de garde près du Champ-de-Bataille et qu'il est par suite superflu d'en établir un second ; d'autre part, le corps de garde projeté coûtera 14.000 livres, soit, au denier vingt, 700 livres de rente, et si Ton considère que la suppression du corps de garde des Sept-Saints, demandée par M. de Béhague, ne donnera qu'une économie de 350 livres par an, on voit que la ville perdra 350 livres de rente. C'est beaucoup trop pour ses deniers tellement épuisés qu'elle ne peut même pas « paver les rues
(1) Arch. raun. de Brest, BB. 22, fol. 3, 8 et 27.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 199.
(3) Arch. mun. de Brest. BB. 23, fol. 52.