CORPS DE GARDE
et places publiques qui sont dans la plus grande défectuosité possible ». Elle persiste donc dans son refus et profite de l'occasion pour demander à être déchargée de l'entretien de tous les corps de garde (ll Nouvel échange de correspondance, après lequel la communauté, un peu plus conciliante, consentirait à entretenir le corps de garde du Champ-de-Bataille si le roi le faisait construire®. La concession est encore insuffisante, les autorités reviennent à la charge, et la communauté, qui commence à entrevoir le projet de construction d'un palais, en façade sur le Champ-de-Bataille et qui contiendrait l'hôtel de ville, l'auditoire et les prisons, promet d'y réserver une place pour le corps de garde. Mais ses finances ne lui permettent pas pour le moment de réaliser un projet aussi grandiose, dont l'accomplissement « doit résulter des fruits de longues réflexions ». Elle espère d'ailleurs « en la bonté de Sa Majesté, qui a promis de venir au secours des communautés obérées <*}. »
En septembre 1775, une nouvelle tentative de M. de Béhague amène la communauté à consentir à la suppression du corps de garde des Sept-Saints ; elle veut bien louer pour 600 livres une maison sur le Champ-de-Bataille '•*>, mais, par suite de nous ne savons quelles circonstances, ce projet de location n'ayant pu être mis à exécution, le 25 avril 1776 la communauté renouvelle son refus de construire un corps de garde ailleurs que dans l'hôtel de ville tant désiré'5). Enfin, en août 1776, une lettre de l'intendant apporte l'ordre donné par le roi de commencer les travaux ; la communauté ne peut pousser plus loin la résistance et accorde les 14.000 livres nécessaires f6). Mais elle prend encore quelques précautions : les devis et plans dressés par ordre du comte de Langeron font prévoir que la dépense dépassera cette somme, aussi la communauté stipule-t-elle que le roi achètera le terrain, fera
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 53.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 59.
(3) Arch. mun. de Brrest, BB. 23, fol. 64.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 87 et
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 106.
(6) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 118.
construire le corps de garde et le remettra à la ville contre la somme promise et rien au-delà'1). Le 9 août 1777 le corps de garde étant, achevé et les 14.000 livres payées au commissaire des guerres, la communauté en reçoit les titres de propriété (*).
En dehors des diverses charges militaires que nous venons d'examiner, la population brestoise concourait encore au service du roi par sa milice bourgeoise qui coopérait en temps de guerre à la défense de la ville et de ses environs, et qui, en temps de paix, fournissait des patrouilles et des hommes de garde chargés de maintenir Tordre ; rude tâche dans une ville où les marins et les soldats formaient un élément des plus turbulents.
La milice bourgeoise de Brest montrait avec quelque fierté des titres remontant à Henri II, permettant aux mortes-payes, soldats et gens de guerre « de tirer papegaut » pour s'exercer au maniement des armes, contribuer à la défense de la ville et « obvier aux grandes surprises qui nous peuvent survenir (3) ». Ces titres avaient été confirmés par Charles IX et Henri IV M. Le papegaut était peu i\ peu tombé en désuétude, cependant la milice bourgeoise avait continué de vivre, elle s'était organisée, et en 1759 elle comprenait pour chaque côté de la ville une compagnie de grenadiers et quatre compagnies ordinaires. Il y a donc en tout dix compagnies. Le maire est colonel de la milice et commande en outre la première compagnie du côté où il habite et qui prend le nom de compagnie colonelle. Chaque compagnie est pourvue d'un capitaine, d'un lieutenant, d'un sous-lieutenant et d'un enseigne ; cela fait en tout quarante officiers '»>.
Nous avons déjà dit que la communauté avait acquis en 1694 pour 21.390 livres et les 2 sols pour livres (2.139 1.),
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 131, 138, 153.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 169, et Fonds Langeron, carton II.
(3) Arch. mun. de Brest, AA. 1. Saint-Germain-en-Laye, 23 mai 1549.
(4) Arch. mun. de Brest, AA. 1 et 2. Metz, 4 avril 1569. — Paris, octobre 1601.
(5) La milice bourgeoise comprenait 1.5U0 hommes en 1770 (Mémoire de M. de la Bozière, Fonds Langeron, carton VII).
les offices de colonel et de major, huit offices de capitaine et autant de lieutenant'1). Elle avait ainsi le droit de nommer tous les officiers de sa milice, sous réserve de l'approbation du duc de Penthièvre. Elle procédait à une promotion et au remplacement des officiers manquants toutes les fois qu'elle le jugeait nécessaire, et naturellement elle favorisait les bourgeois de sa caste, à qui elle donnait à peu près toutes les places d'officier. Nous voyons, dès la première liste que nous consultons, apparaître des noms que nous avons rencontrés sur nos listes d'officiers municipaux : Martret, Rahier, Fayard, Raby, Bermond, deux Guesnet, Malassis, Debon, Jasme, Blad, Champeraut, Floch, Le Guen, Kerbizodec-Lunven, Lemarié, Legendre... '2>. Nous pouvons faire à chaque nouvelle promotion la môme constatation.
C'est que les grades dans la milice permettent aux bourgeois de jouer au soldat et , de se croire les égaux des nombreux officiers de marine ou de troupe qui tiennent à Brest le haut du pavé. Il faut voir comme les officiers de la milice bourgeoise prennent 'eur rôle au sérieux ! Ils mettent à cela d'autant plus d'ardeur que les vrais officiers les dédaignent ou même les insultent.
Chaque année, au mois de mai, le commandant de la ville et du château passe en revue la milice bourgeoise qui renouvelle ce jour-là le serment de fidélité au roi. On plante sur l'esplanade un mât au haut duquel se trouve « un chapeau de fleurs où pendent six oranges », que les assistants doivent « enlever de belle guerre ». En 1756, la présence du. duc d'Aiguillon donne à la cérémonie un éclat inaccoutumé. Un officier de marine en civil, M. de Quélen, injurie Pierre Lemarié, lieutenant de la milice bourgeoise, chargé du service d'ordre. « Qu'est-ce que ces f... officiers de milice? », dit-il, et « la main partant avec la parole, il applique un coup du bâton qu'il tenait sur le visage dudit Lemarié ». Le commandant, comte de Gonidec, et le duc d'Aiguillon tentent de le calmer, il refuse de s'excuser et ne veut pas accorder de
(1) Arch. mun. de Brest, CC. 127. Etat des charges en 1776.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 18, fol. 13, du 1« mai 1751.