‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 89 sur 120 · LES OFFICIERS · texte numérisé non relu

LES OFFICIERS

ciens, mais la communauté ne peut qu'essayer de leur chercher un dédommagement W.

La communauté, qui vient en 1767 d'abandonner les grades occupés par ses membres, cherche en 1772 à en reprendre une partie ; elle demande que le premier et le second échevin soient respectivement lieutenant-colonel et major de la milice, afin qu'en l'absence du maire ils soient qualifiés pour donner des ordres aux officiers subalternes. En même temps elle demande pour les officiers de la milice un uniforme : habit, veste et culotte de drap blanc, collet noir, boutons de pinsebec surdoré à rebord, épaulette en or suivant le grade et chapeau uni à cocarde blanche et noire '2>. Le duc de Penthièvre refuse d'approuver les nominations d'officiers ainsi proposés, et demande des explications au sujet du nouvel uniforme. Il est nécessaire, dit la communauté, car l'ancien est devenu ridicule ; passé de mode, il n'est plus porté, car il excite les moqueries clés officiers du roi. Quant à la nomination des échevins, la communauté insiste pour qu'elle soit maintenue.

En même temps, la communauté doit donner au gouverneur des explications au sujet de quelques autres nominations d'officiers : on s'est plaint que Raby, Le Guen et Bermond aient obtenu une promotion au détriment d'officiers plus âgés. Oui, répond la communaulé, mais ils appartiennent à de vieilles familles brestoises, tandis que les autres sont à Brest depuis peu f3).

De plus, sur la plainte des autres officiers de la milice, la communauté a annulé la nomination d'un sieur La Vallée,

(1) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 84.

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 138 et 139. Le tout est approuvé par le commandant, comte de Roquefeuil. La communauté, dont les membres n'ont d'autre marque distinctive que leur robe, impossible à porter dans beaucoup de cas, par exemple lors des incendies, demeurent inconnus dans la foule et sont exposés à des humiliations ou des insultes. Ils demandent à porter sur l'épaule gauche un chaperon cramoisi bordé d'hermine pour que chacun les reconnaisse et leur obéisse. Ces diverses demandes d'uniforme ne purent, recevoir de réponse favorable.

(3) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 149.

qu'ils ne trouvent pas de condition assez relevée !ll II faut encore s'expliquer sur ce point. Enfin, en juin 1773, le gouverneur ordonne de choisir le major parmi les officiers de la milice, et de réintégrer La Vallée ; il défend en même temps de nommer un lieutenant-colonel, car la communauté n'a pas acheté cet office <2).

Les miliciens, nous l'avons vu, doivent fournir assez souvent des hommes de garde ou de patrouille. Des règlements militaires ont en outre organisé leur service sur les remparts en temps de guerre, spécifiant exactement quelle place ils devaient occuper f3).

Ils assistent en outre aux nombreuses cérémonies, feux de joie, processions, où se rend le corps municipal. Il faut croire que ce sont de bien médiocres soldats, puisque, certain jour de fête, ils ont perdu quinze baïonnettes, et un autre jour dix-huit fusils sur cent<4). Les officiers ne sont sans doute guère meilleurs, et le commandant de la ville se plaint en outre de l'insuffisance de leur nombre <5). C'est pourquoi, en 1783, la communauté finit par trouver nécessaire de donner à sa milice un règlement précisant les droits et les devoirs de chacun. Voici l'analyse de ce document : 1° Aucun bourgeois ne pourra se dispenser d'accepter le poste qui lui sera offert dans la milice ; — 2° Ceux qui voudront être exemptés présenteront leurs titres ou adresseront une demande au

(1) Nous avons déjà signalé ce chirurgien qui, trouvant indigne de lui le service de simple soldat, accepta volontiers le grade de capitaine. Le cas de La Vallée nous donne un autre exemple de l'orgueil bourgeois; les officiers se plaignent de la nomination de La Vallée : « C'était une mortification pour eux d'avoir pour confrère un confiseur qui dans le principe a servi comme maître d'hôtel, qualité que la communauté ignorait lorsqu'elle l'a nommé... La place d'officier pouvant conduire à tous les emplois de la bourgeoisie, un pareil sujet ne pouvait décemment en occuper une. » (Arch. mun. de Brest. BB. 22, fol. 149 et 154).

(2) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 185 et 108. Il y a encore quelques réclamations les années suivantes : le libraire Derrien se fait exempter à l'exemple de « tous libraires suppôts de l'Université de Paris » (BB. 23, fol. 2). L'aide-major Jonquière se plaint que Raby ait été nommé au grade de major, qu'il convoitait. La communauté répond que Raby a déjà servi treize ans comme officier, alors que le requérant est un nouveau venu fBB. 23, fol. 14).

(3) Arch. mun. de Brest, EE. 17. Règlements de 1758 et 1761.

(4) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 182, et BB. 24. fol. 163.

(5) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 82.

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