RÈGLEMENT' DE
boulanger sera tenu de « l'exposer à la vue de tout le monde »; — 10 livres d'amende (art. 32). Les boulangers devront déclarer au greffe de police qu'ils entendent exercer leur commerce de boulangerie, et feront pareille déclaration six semaines avant de quitter le commerce ; — 50 livres d'amende, confiscation des blés et farines trouvés chez eux (art. 33). Outre les poids et balances vérifiés, chaque boulanger devra avoir sa marque particulière, qu'il déposera au greffe (art. 34). Chaque pain portera cette marque, et le poids en sera indiqué par autant de trous qu'il pèsera de livres (art, 35). Il est défendu à tous boulangers, « d'en continuer la profession s'ils ne sont sains de corps et exempts d'ulcères ». Ils ne peuvent « débiter suif, graisse ou autres denrées de pareille matière » (art. 36). Il leur est défendu de se servir de mauvais blé, de falsifier le pain qui doit être bien façonné et cuit à point ; — 50 livres, puis 100 livres d'amende (art. 37). Ils ne peuvent vendre les dimanches et fêtes passé neuf heures du matin ; — confiscation et amende arbitraire (art. 38).
Pour assurer l'exécution de ce règlement, des commissaires visiteront régulièrement les marchés, les boutiques, condamneront les contrevenants jusqu'à 6 livres d'amende, et, si le cas mérite plus forte punition, déposeront un procès-verbal au greffe de police, pour que le procureur du roi puisse engager les poursuites (art. 39). Enfin, on demandera six sergents de police (quatre pour Brest, deux pour Recouvrance), « avec attribution de gages de 300 livres à chacun pour les mettre à l'avenir à l'abri de toute séduction » (art. 40).
Nous constatons que ce règlement de police s'occupe tout particulièrement du commerce et des approvisionnements. L'alimentation d'une grande ville est en effet, au XVIIIe siècle, un problème difficile, et ce n'est pas trop des efforts réunis
(1) On ne put obtenir plus de quatre sergents payés chacun 200 livres1. Nous verrons au fur et à mesure de cette étude, quelles additions et modifications ont été apportées, un peu au hasard des circonstances, à cet ensemble de règles.
de la communauté et du siège de police pour arriver à le résoudre, en prenant des mesures intéressantes à étudier.
Occupons-nous d'abord de l'approvisionnement en pain, le plus important de tous. En temps ordinaire, le siège de police s'en occupe seul (1). Lorsqu'il y a augmentation anormale du prix du pain, la communauté essaye de le faire baisser.
Le siège de police, nous venons de le voir, doit fixer chaque semaine le prix du pain. En réalité, il ne le fait que deux ou trois fois par an, lorsque le cours des blés varie suffisamment pour modifier celui du pain. De temps à autre on procède à un essai : deux officiers municipaux achètent du blé et du seigle, les font moudre et transformer en pains de différentes qualités, et calculent le prix de vente, en laissant au boulanger un bénéfice net de 25 pour cent'2). Pour établir la taxe du pain, on s'entoure en outre de tous les renseignements utiles, et notamment des taxes des villes voisines, Morlaix, Rennes, Vannes, Lorient'3)... D'ailleurs, bien que l'on ordonne à tous les boulangers d'acheter la pancarte des prix à l'imprimerie Malassis, ils éludent le règlement, et ils se montrent toujours « disposés à profiter de la misère publique '^ », ce qui nécessite de fréquents rappels à l'ordre. On s'aperçoit que le pain est un tiers plus cher à Brest qu'à Rennes, bien que le grain soit moins cher, et l'on rectifie le tarif f5>. Le zèle du siège de police se ralentit bientôt, sans doute à cause des malheurs qu'amène la guerre de Sept-Ans jointe à l'épidémie de 1757-58, et pendant quelques années les taxes du pain se font rares ou même disparaissent. Néanmoins on rappelle aux boulangers le règlement de 1754 '6\
(1) Cf. Letaconnoux, Les subsistances et le commerce des grains en Bretagne au XVIIIe siècle, p. 106.
(2) Arch. du Finistère, B. 2370. Résultats de l'essai du 7 décembre 1754, et fixation du prix du pain (voir oe prix au tableau, fin du chapitre).
(3) Arch. mun. de Brest, HH. liasses 1 et 2. Nous trouvons même à HH. 3, n° 10 les résultats d'un essai du 25 janvier 1752 qui nous paraissent avoir été envoyés d'Hennebont à Brest.
(4) Arch. du Finistère, B. 2370, 22 mars 1755.
(5) Arch. du Finistère, B. 2370, 31 mai 1755.
(6) Arch. du Finistère, B. 2*371, fol. 10.