‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 94 sur 120 · TAXES DU PAIN · texte numérisé non relu

TAXES DU PAIN

et Ton continue à les surveiller d'assez près. Ainsi, ayant appris que le munitionnaire de la marine va vendre des grains qui lui restent et qui sont peut-être avariés, on craint que les boulangers ne les achètent, « ce qui pourrait occasionner une maladie d'autant plus effrayante que les coliques d'entrailles qui ont été presque générales en cette ville depuis deux mois n'ont été causées, dit-on, que par l'effet des mauvaises farines », le siège de police défend le 6 décembre 1763 d'en acheter^).

Il faut parfois employer des moyens coercitifs pour approvisionner la ville. Le 11 février 1764, le procureur du roi étant allé au marché, n'y a trouvé que deux ou trois boulangers ayant à vendre chacun sept à huit pains, car les boulangers forains, trouvant là taxe trop basse, ne veulent plus venir vendre leur pain à Brest. Pour « arrêter le cours d'une pareille sédition dans sa source », le procureur ordonne aux boulangers forains de Jdoat-ar-Guéven d'apporter leur pain. Sur leur refus, il se rend chez eux et fait porter au marché le pain qu'il y trouve, pour apaiser le murmure du public. Chacun des récalcitrants est puni de vingt-quatre sols d'amende, et tous doivent indiquer leur nom et leur demeure, et déposer leur marque, pour qu'ils ne puissent récidiver f2). Les boulangers, d'ailleurs, discutent la taxe lorsqu'elle ne leur convient pas. Le 21 juin 1766, ils adressent au siège de police une requête tendant à élever le prix du pain, vu celui du blé. Ils menacent d'abandonner leur état ; cependant le procureur-syndic fait maintenir le tarif, en qualifiant leur demande de « nouvelle preuve de cupidité 0) ». Toutefois, pour plus de justice, on donne peu après au receveur des droits de coutume l'ordre de communiquer à la police, après chaque marché, le prix des grains, afin de mieux régler celui du pain W.

(1) Arch. du Finistère, B. 2372, fol. 16.

(2) Arch. du Finistère, B. 2372, fol. 22.

(3) Arch. du Finistère, B. 2373, fol. 17.

(4) Arch. du Finistère, B. 2373 bis, fol. 10.

En juin 1772 se produit dans la région de Brest une augmentation subite du prix des grains ; cela provient de la disette qui règne dans les évêchés de Vannes et de Quimper, dont les habitants sont venus se fournir dans le Léon. « Si l'humanité doit nous porter à les secourir, l'ordre public ne veut cependant pas que l'abondance qui doit régner dans nos marchés en souffre », dit le procureur du roi. Et, pour ramener cette abondance, on augmente de 3 deniers par livre le prix du pain, tout en redoublant de vigilance pour réprimer la cupidité des boulangers, « qui se manifeste le plus souvent dans les temps de calamité (1). »

Pendant la guerre d'Amérique, il faut les surveiller de plus près encore. Aussi l'on interdit la fabrication du pain de fantaisie, qui permet d'éluder les taxes, et l'on fixe les poids que pourront avoir les pains de chaque variété f2>. Le siège de police défend en outre de vendre plus cher aux Espagnols, nombreux à Brest, et nos alliés, qu'aux habitants. Il ordonne tout particulièrement aux boulangers et bouchers d'observer les taxes Oî. -

En 1782, une crise extrêmement grave se produit, le pain atteint un prix inusité et inabordable pour les pauvres gens. Le siège de police suit avec intérêt les lluctuations du marché et modifie la taxe aussi souvent qu'il le peut ; mais, comme nous le verrons bientôt, c'est à la communauté qu'il appartient de prendre des mesures énergiques pour produire dans les prix la baisse que nous constatons le 13 juillet 1782 f4>.

Ceci nous amène à examiner le rôle joué par la municipalité dans l'approvisionnement de la ville en pain. Nous avons vu en étudiant le budget des dépenses de la ville que la communauté avait racheté le four banal, de 1747 à 1753, ce qui avait rendu libre l'exercice de la profession de boulanger. La communauté considérait l'établissement d'une maîtrise de boulangers comme le complément nécessaire du rachat du

(1) Arch. du Finistère, B. 2374, fol. 25.

(2) Arch. du Finistère, B. 2379, fol. 30.

(3) Arch. du Finistère, B. 2380, fol. 95.

(4) Voir le tableau à la fin du chapitre.

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