LES BOULANGERS
four banal, et elle demandait cet établissement dès 1744 W. En 1747 elle se renseignait auprès des municipalités de Rennes et de Nantes pour dresser un projet de statuts réglementant les vingt maîtrises demandées W. Le four banal était aboli avant qu'on n'eût pu obtenir un résultat, et la requête fut renouvelée et développée : en créant des maîtrises de boulangers la communauté a bien espéré quelque argent qui l'aiderait à rembourser les propriétaires du droit de banalité, .mais elle a eu surtout en vue l'intérêt public, car on ne peut guère établir une surveillance rigoureuse sur la vente du pain s'il n'y a pas de maîtrises. A Brest ce sont des femmes qui boulangent. Comme elles sont peu aisées, elles achètent un ou deux boisseaux de blé à la fois, souvent à crédit, et peuvent par leur travail augmenter le salaire de leur mari, occupé aux travaux du roi où l'on gagne peu. Malheureusement, étant obligées d'acheter à des blatiers intermédiaires, elles vendent cher. Si on les poursuit, elles abandonnent le métier, ce qui ne se produirait pas si l'on avait des maîtrises <3). Malgré ces bonnes raisons, la requête de la communauté demeure sans résultat <4), et elle est renouvelée sans plus de succès en 1785 (5>. Il y a dans toutes ces mesures surtout un effort vers la réglementation du prix du pain et vers la surveillance des boulangers. Mais à plusieurs reprises,' lorsque le blé manque presque totalement dans la région, la municipalité s'occupe d'approvisionner la ville, à ses frais. En mars 1752 il y a disette à Brest, le boisseau de blé de 120 livres pesant vaut 15 livres, ce qui augmente d'un tiers le prix moyen du pain. Il n'y a pas assez de pain chez les boulangers pour nourrir les habitants et les troupes, et la saison s'annonce mauvaise, car des pluies continuelles ont fait pourrir les semences en terre (6>. La communauté se concerte avec le commandant de
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 16, fol. 20.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 11, 15, 19, 44.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 18, fol. 72.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 2 et 7. — Arch. d'Ille-et-Vilaine, C. 51. Lettre de Machault, 13 mars 1752.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 57.
(6) Arch. d'Jlle-et- Vilaine, C. 51.
place et l'intendant de la marine pour prendre les mesures nécessaires. On pense d'abord faire venir du grain d'ailleurs, mais comme ce serait trop long, les magasins de la marine prêteront du grain, à charge pour la communauté de le remplacer en nature. Ce grain sera vendu à raison de 10 livres le boisseau aux pauvres, aux troupes et aux journaliers du port, et la communauté supportera la perte (iK Avec l'approbation de l'intendant de la province on distribue ainsi dans le cours du mois de mars 1.000 boisseaux de blé, aux prix de 10 livres et il 1. 10 s. le boisseau :->. Pour les remplacer dans les magasins de la marine, on achète du blé à Auray, à Quimper, et du seigle en Angleterre, et la marine prôte les navires nécessaires pour les transporter'3). Mais la crise est passée quand la cargaison de seigle arrive ; tout le grain emprunté à la marine étant rendu, la communauté ne sait que faire de ce seigle, qui encombre les magasins du port, et, pour s'en débarrasser, elle se décide en février 1753 à le vendre au marché, au cours ou môme au-dessous '^.
Il ne reste plus qu'à régler les comptes. La communauté a dépensé environ 18.000 livres ; le maire Betbédat a reçu l'argent provenant des grains vendus, mais, malgré plusieurs invitations à rendre ses comptes, il meurt sans l'avoir fait <5). On est en 1757. Les héritiers Betbédat comptent avec le maire Debon, mais celui-ci meurt en 1761 sans avoir rendu à la communauté ce qui lui revient '^ ; en 1766 les héritiers Debon déclarent manquer des pièces nécessaires pour connaître exactement leur dette 'A On oublie ensuite l'affaire pendant plus de vingt ans. Mais en 1790 un ancien membre de la municipalité, Floch de Kerambosquer, pensant que les héritiers Debon doivent avoir payé la plupart de leurs créanciers,
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 18, fol. 66.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 18, fol. 68, 70, 71,
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 18, fol. 70, 74, 82.
(4) Arch. mun. de Brest, BB.- 18, fol. 114.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 73, 02, 98.
(6) Arch. mun. de Brest, -BB. 20, fol. 77.
(7) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 112.