LES CABARETS, LE JEU
Nous avons vu que le règlement de 1754 consacre quelques articles à la police des cabarets. Ceux-ci continuent à causer bien des soucis au siège de police, car on joue beaucoup à Brest, et ce n'est pas assez des efforts des juges unis à ceux des autorités militaires et maritimes pour empêcher *e jeu de ruiner les bourgeois et surtout les officiers. Quand on surveille de trop près les cabarets, les habitants prêtent ou louent des chambres aux joueurs, qui « varient leurs assises » pour n'être pas découverts. Il faut cependant prohiber le jeu de « cette vil le où la quantité de jeunes militaires qui y abondent consommeraient au jeu la plus saine partie des fonds que leurs parents leur assignent pour s'entretenir ». On interdit le pharaon, le lansquenet, les dés ; ceux qui donneront asile aux joueurs payeront 1.000 livres d'amende au profit de l'hôpital ; enfin tous les locataires des maisons où l'on joue sont tenus de le déclarer, sans quoi ils sont rendus solidaires des coupables pour le payement de l'amende W. A plusieurs reprises on renouvelle des prescriptions analogues <2). Quelques maisons de jeu sont cependant autorisées; en 1778 on les supprime toutes, et on décide d'en rétablir seulement quatre, tenues par des gens de probité reconnue <3). Mesure trop radicale, sur laquelle il faut revenir : six mois après on permet les jeux de billard, à condition que les cabaretiers ne jouent pas eux-mêmes et ne donnent pas d'autres jeux, et qu'ils ferment pendant les offices religieux et à dix heures du soir. On permet en outre le maintien d'une dizaine d'autres cafés, qui ne pourront recevoir ni gens ivres ni filles de mauvaise vie et seront obligés d'avoir une enseigne. Bientôt après, les propriétaires des cabarets que l'on a fermés adressent au siège de police des requêtes individuelles où ils donnent tous de bonnes raisons en faveur de leur réouverture; la police cède, et l'on revient à l'état antérieur (4). On continue
(1) Arch. du Finistère, B. 2372, fol. 26.
(2) Arch. du Finistère, B. 2377, fol. 5.
(3) Arch. du Finistère, B. 2379, fol. 20.
(4) Arch. du Finistère, B. 2380, fol. 4 et suivants.
à lutter, sans grand succès semble-t-il, contre les jeux de hasard (1K
En même temps qu'elle développe le goût du jeu, l'abondance des troupes à Brest favorise l'industrie des filles de mauvaise vie, contre lesquelles le siège de police sévit à maintes reprises. On les chasse de la ville, on les condamne au fouet, ou les expose sous des écriteaux infamants, on les marque au fer rouge sur l'épaule, et l'on condamne à l'amende ou à la prison ceux qui les hébergent f2). Souvent le commandant de place demande à la police de sévir contre les maisons de débauche; le commandant Moynier, par exemple, signale des maisons clandestines où se passent des scènes scandaleuses, où les soldats se battent la nuit ; il joint à sa lettre une liste de vingt-quatre maisons logeant chacune de quatre à douze filles 'V. Nous avons vu précédemment que le comte de Langeron se chargea d'une partie de la police des mœurs. Tous ces efforts aboutissent à de maigres résultats, malgré de sévères condamnations ,4>.
Le règlement de 1754 contenait un certain nombre de dispositions concernant les individus dangereux, voleurs, vagabonds, toute une population qui vivait en marge de la société et qui était particulièrement nombreuse à Brest. Dispositions peu efficaces, qu'il fallut renouveler et compléter maintes fois.
En 1760, on oblige tous les propriétaires de maisons à remettre en état les portes et serrures des entrées où les malfaiteurs trouvent un refuge ; en même temps on décide de fermer la nuit les escaliers publics^. En novembre 1764,
(1) Arch. du Finistère, B. 2382, fol. 105; B. 2383, passim.
(2) Arch. du Finistère, B. 2422.
(3) Arch. du Finistère, B. 2402.
(4) Arch. du Finistère, B. 2381, fol. 64 ; B. 2382, fol. 103 : deux jeunes gens qui distribuaient dans un bal masqué des exemplaires d'un imprimé inconvenant sont condamnés à demeurer en prison jusqu'au mercredi des Cendres.
(5) Arch. du Finistère, B. 2371, fol. 22. En même temps la communauté se charge de clore les ruelles et culs-de-sacs d'où l'on ne peut déloger les malfaiteurs. Les habitants devront munir ces clôtures de portes fermant à clef (Arch. mun. de Brest, BB. 20, fol. 69).