‹ La Municipalité Lyonnaise: Sous l'Ancien RégimeChapitre 3 sur 32 · ENTRE · texte numérisé non relu

ENTRE

Quoi qu'il en soit, dès l’année 1208, le mouvement communal commence à se dessiner, et il a eu pour point de départ une série de faits se rattachant tous à des questions d’impôts.

Retracer toutes les luttes opiniâtres qui éclatèrent entre les deux partis serait chose fastidieuse. Notre but étant d'arriver le plus rapidement à l'installation définitive de l'autorité municipale à Lyon, nous ne noterons que les grands événements se rattachant directement à notre question.

L'autorité des citoyens prend de jour en jour plus d'importance, et deux faits, préparatoires à la dernière période des grandes luttes, sont à signaler : l'affaire du sénéchal Gaudemar, et le concile tenu à Lyon sous la présidence d’Innocent IV.

En l’année 1233, un officier de l’archevêque, le sénéchal Gaudemar, voulut revenir sur certaines promesses faites aux Lyonnais et imposer à nouveau le vin (1). Des troubles éclatèrent aussitôt, une enquête fut alors ordonnée où les intéressés prouvèrent par témoins qu'ils étaient exempts de ce droit. L’archevèque fut obligé de rapporter cette mesure.

Quelques années plus tard, en 1244, Innocent IV, chassé d'Italie, vint se réfugier à Lyon. Ce pape transfuge tint dans notre ville un grand concile où des questions nombreuses furent agitées, on y excommunia des rois, on déposséda de grands dignitaires ecclésiastiques. Innocent IV prit les citoyens lyonnais sous sa protection, ses chers fils comme il les appelait et il poussa

(1) Cartulaire Municipal, p. 167.

joe

même la complaisance jusqu’à ordonner de les recevoir comme familiers du Saint-Siège toutes les fois que leur présence à Rome serait nécessaire. Ayant certains griefs contre le Chapitre, le pape cherchait secrètement à envenimer une lutte dont il espérait retirer quelques profits. Ce fut un encouragement pour les bourgeoïs qui ne firent qu'accentuer leurs prétentions.

À l'appui moral d’Innocent IV, vinrent encore s'ajouter les exhortations des seigneurs voisins : les ducs de Savoie, les comtes de Nevers, les ducs de Bourgogne, et secrètement la royauté. Fort de tous ces appuis, Lyon n’'attendait plus qu’une occasion pour secouer définitivement son joug : la démission de larchevêque Philippe de Savoie fut le signal (1248-1268).

Durant ce long interrègne, le siège archiépiscopal fut vacant et les vexations du Chapitre reprirent de plus belle. Désormais les revendications de la cité changèrent complètement de caractère. Les questions d'impôts furent mises au second plan, et l’on se plaça exclusivement sur le terrain de la compétence des Chapitres Saint-Jean et Saint-Just, au point de vue de la juridiction temporelle.

Une réunion des citoyens, en l’année 1267 (1), décida de nommer quatre d’entre eux, en leur donnant un mandat général d'agir. Il fut décidé, qu’en ce qui concernait la juridiction, tout serait remis dans l’état où c'était lors de la démission de Philippe de Savoie. Tous les serments postérieurs furent annulés et un délai fut accordé du 4 février à la Pentecôte pour « arranger

(1) Chappe, t. 2, 21.

les prétentions de chacun ». Ajoutons de suite que cet accord demeura sans résultat.

Deux années étaient à peine écoulées qu’un acte arbitraire et maladroit du Chapitre, en 1269, fut le Signal définitif de la lutte sanglante dont nous allons dire quelques mots.

Les officiers du Chapitre firent arrêter au commencement de 1269, un bourgeois du nom de Nicolas Amadoris. Aussitôt l’'émeute éclate avec violence, les bourgeois s’arment, forment des bandes appelées pennonages, chacune dirigée par un chef; on met la ville en état de défense, les chaînes sont tendues dans les rues et dans la Saône, et l’on s'empare des clefs de la ville et de l’une des tours du pont dela Saône.

La situation menaçait de devenir très grave quand l’archevèque de Vienne finit par réussir à faire signer une trève de 28 jours, le 27 juin 1269 (1) entre d’une part, les Chapitres de Saint-Jean et de Saint-Justet d'autre part les citoyens. Les hostilités étaient suspendues, les chaines des rivières détendues, les prisonniers relâchés. Soixante citoyens jurèrent d'observer ladite trève, se rendirent cautions pour le reste de la ville et nommèrent pour procureurs, chargés de négocier, les notables suivants : Jean de Forez, Guillaume le Blanc, Etienne Flourens, Mathieu de Feurs, Jean Liotard.

La paix fut de courte durée, quelques mois après les hostilités reprirent avec plus de fureur. Les bourgeois, enrégimentés passèrent le pont de Saône, surprirent la garnison du Chapitre de Saint-Jean, s’emparèrent du

(1) Cart. Municipal, 379.

cloître, massacrèrent la plus grande partie de ses défenseurs et poursuivirent les survivants jusqu’à Saint-Just, couvent fortifié qui servit d'asile suprême aux deux Chapitres. Un assaut fut donné mais il échoua. Alors, pour ne pas perdre les avantages gagnés, les Lyonnais construisirent un fort sur le Gourguillon (à l’emplacement où se trouve actuellement la Chambre des Notaires) et empêchèrent les assiégés de sortir du couvent de Saint-Just. L'église appela à son secours tous ses vassaux ; les bourgeois se réorganisèrent sous le commandement de Humbert de la Tour, reprirent Saint- Jean et le fort du Gourguillon d'où ils avaient été repoussés, et vinrent, par deux fois encore, échouer sous les murs de Saint-Just. Malgré une sanglante mais indécise bataille, malgré un assaut furieux donné au mois de novembre, les chanoines ne purent être délogés. Alors, pour se venger des atrocités commises par ces derniers qui avaient fait ravager tous les bords de la Saône jusqu’à Neuville par leurs partisans, les citoyens de Lyon (et nous entendons sous cette dénomination l’ensemble des bourgeois et du peuple et non le bas-peuple comme on l’a prétendu) firent une incursion sur les terres de l’Église et saccagèrent Ecully, Couzon (1).

(1) Cart. Municipal, page 303 et s. — Il est à remarquer que certains auteurs ont prétendu voir dans cette marche sur Ecully et Couzon, une marche de la populace lyonnaise, et que les bourgeois auraient été étrangers à ce mouvement. C'est une erreur. Les dépositions des témoins de ces scènes nous donnent des noms de gens très notables. C'est ainsi que nous avons pu relever parmi les organisateurs des massacres d’Ecully, les noms suivants : Josserand

Page 1